6ème «continent de PLASTIQUE» en Arctique

En juillet 2012, Melanie Bergmann, de l’institut Wegener (en Allemagne), et ses collègues du Pole (Laboratory of Polar Ecology, Belgique) ont remonté la côte norvégienne puis fait route vers le nord, avec la mer de Barents à leur droite et la mer de Norvège à leur gauche, jusqu’à longer l’ouest du Spitzberg (archipel du Svalbard), dans le détroit de Fram qui mène à l’océan Arctique !

À bord du navire océanographique Polarstern (de l’institut Wegener), affrété pour une étude sur les mammifères marins et les oiseaux de mer, ces chercheurs ont compté les objets de plastique flottant en surface, depuis le pont du bateau et depuis un hélicoptère. Résultat : 23 déchets vus depuis les airs et 8 depuis le navire le long du trajet de 5.600 km. L’observation pourrait sembler anecdotique mais la faible efficacité de la méthode visuelle conduit à conclure que la quantité réelle est très supérieure. L’équipe vient de publier ces résultats dans la revue Polar Biology. Lors d’une précédente étude, Mélanie Bergmann avait rapporté des observations réalisées sur le fond dans l’océan Arctique. Ces résultats montraient une augmentation du nombre de déchets (dont 57 % de matière plastique) entre 2002 et 2011, passant de 3.635 à 7.710 par kilomètre carré, atteignant ainsi, expliquaient les auteurs, la même densité que celle mesurée dans un canyon sous-marin au large du Portugal.

La pollution par les déchets plastiques, qui a longtemps épargné les hautes latitudes, commencerait donc à y être présente. Les conditions de circulation des courants océaniques font dire aux auteurs qu’il se forme peut-être actuellement dans ces régions une zone de concentration des déchets, comme il en existe déjà cinq dans l’océan mondial : deux dans l’Atlantique (au nord et au sud), deux dans le Pacifique et une dans l’océan Indien. Les auteurs soulignent que, contrairement à une idée répandue, le plastique ne reste pas toujours en surface : la moitié coule jusqu’au fond.

Enfin, l’article scientifique rappelle que de précédentes études ont montré que 88 % des fulmars boréaux (Fulmarus glacialis), des oiseaux passant leur vie en mer, ont du plastique dans leur estomac. Une étude australienne, publiée cette année, aboutissait à la même proportion : neuf oiseaux de mer sur dix ingéreraient des morceaux de plastique. C’est le cas aussi pour 8 % des requins du Groenland (Somniosus microcephalus), qui vivent jusqu’en Arctique, même en hiver. Des comptages plus vastes seraient sans doute une bonne idée.

Dans le communiqué publié par l’institut Wegener, Melanie Bergmann estime qu’il serait « utile de faire réaliser ce genre d’observations par des navires d’opportunité, comme les bateaux commerciaux, les pêcheurs, les plaisanciers ou les garde-côtes ».

Goudet

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Commentaire de JF@ le 25 octobre 2015 à 8:51

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