Le shahtoosh est issu de la toison chaude et courte de l'antilope du Tibet, une espèce rare présente presque exclusivement dans le Changtang, une région du plateau tibétain. La laine de quatre antilopes est nécessaire pour fabriquer une seule écharpe en shahtoosh !

Les antilopes étant des animaux sauvages qui ne peuvent être ni domestiqués ni tondus, la seule façon d'obtenir leur laine implique de les abattre et d'écorcher la peau de leur carcasse. Les trafiquants font ensuite passer la laine brute dans la région du Cachemire, en Inde, où des artisans la tissent et en font de chaudes écharpes.

Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui établit un inventaire mondial sur l'état de conservation des espèces sauvages, la demande mondiale de shahtoosh a engendré la disparition de 90 % de la population d'antilopes du Tibet au cours du siècle dernier. Autrefois un bien apprécié de la dot en Inde, les shahtoosh sont aujourd'hui essentiellement convoités par des Occidentaux, prêts à payer jusqu'à 20 000 dollars (près de 18 000 euros) pour une écharpe de la taille, de la couleur et de la forme de leur choix.

De nombreuses rumeurs ont longtemps couru sur l'origine du shahtoosh. Une légende répandue voulait que cette matière provienne du duvet d'une « oie de Sibérie ». Une autre affirme que l'antilope du Tibet aurait mué naturellement et que ses touffes de poil auraient alors été ramassées par des nomades. Mais les chercheurs ont découvert les dessous du commerce du shahtoosh et ont pu constater le carnage provoqué par le braconnage.

Selon George Schaller, biologiste spécialiste de la conservation qui étudie l'antilope du Tibet depuis les années 1980 dans le cadre de son travail pour l'organisation à but non lucratif Wildlife Conservation Society, la vue d'une antilope en pleine nature a quelque chose d'exaltant. « Les mâles sont d'une incroyable beauté, avec leurs longues cornes fines et leur robe hivernale noir et blanc », décrit-il, ajoutant que le déplacement en groupe des femelles au pelage brun clair et de leurs petits donne l'impression d'une colline en mouvement. Le paysage reculé et sauvage rend ce phénomène d'autant plus saisissant, confie-t-il. « Des milliers de kilomètres carrés sans âme qui vive s'étendent devant vous. »

Alors que le nombre d'antilopes du Tibet avoisinait autrefois le million, elles n'étaient plus que 75 000 dans les années 1990. Grâce à une meilleure protection de leur habitat en Chine et à un plus grand respect de l'inscription de l'animal dans la liste de la CITES, laquelle interdit tout commerce international de l'espèce, ces chiffres sont repartis à la hausse au cours de la première décennie de ce siècle.

Dina Fine Maron

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Commentaire de JF@ le 10 juin 2019 à 5:20
Commentaire de JF@ le 10 juin 2019 à 5:20

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