Au secours les cygnes, symboles du lac, ne sont pas vraiment vus d’un bon œil à Berne !

La Commission de l’environnement du Conseil national veut en effet autoriser leur limitation dans certaines zones agricoles ou de loisirs. Au grand dam des défenseurs des animaux, qui volent au secours de cette espèce protégée. Tout est parti d’une motion de l’ancien conseiller aux Etats Paul Niederberger (PDC/NW). A ses yeux, le cygne occasionne des dégâts «considérables» aux cultures agricoles dans de nombreuses régions de Suisse. Et de pointer du doigt ses déjections. «Une fois que l’herbe est souillée, le bétail ne la mange plus, et elle constitue une source de maladies potentielles», souligne-t-il. Et comme il ne craint plus l’homme, le bel oiseau «met en péril les promeneurs, les cyclistes et les enfants qui s’en approchent sans être conscients du danger que représente cet animal aux mouvements certes élégants mais néanmoins susceptible d’attaquer». Rien de moins !

Pour le démocrate-chrétien, il faut sévir. Le problème, c’est que s’il est classé parmi les espèces les moins menacées d’extinction, le cygne est protégé par la législation fédérale. Sans aller jusqu’à la levée de l’interdiction de chasse, Paul Niederberger réclame une simplification des procédures de régulation. Les cantons devraient pouvoir agir de façon préventive, en adressant une demande à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Le Conseil des Etats l’a suivi en septembre dernier. Et cette semaine, la Commission de l’environnement du National a fait de même.

Membre de cette commission, le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS) connaît bien la question. «Dans ma commune (Collombey-Muraz), nous avons deux gouilles avec énormément de cygnes. Ils vont dans les champs, mangent les pousses et traversent la route.» Pour lui, il faut pouvoir agir. «La première chose à faire est d’interdire qu’on les nourrisse. Mais il est difficile de mettre à l’amende les enfants ou les grands-parents. Nous voulons intervenir avant que des dégâts soient constatés. Mais pas tirer tous les cygnes !» Egalement favorable à un assouplissement de la protection du cygne, son collègue Benoît Genecand (PLR/GE) évoque pour sa part une «proposition consensuelle».

C’était sans compter la résistance farouche des Verts, qui ont publié un communiqué des plus musclés. «L’ordonnance sur la chasse fixe les dommages qu’un animal doit causer pour permettre aux cantons de demander une autorisation de tir à l’OFEV, relève Adèle Thorens (Verts/VD). Le comportement du cygne tuberculé ne correspond à aucun des points figurant dans la liste.» François Turrian, directeur romand de Birdlife, renchérit : «On tire sur ces cygnes avec un canon !» Et d’ironiser : «Modifier la législation pour une question d’importance mondiale telle que la présence de quelques fientes sur les pelouses de Suisse centrale est une pure aberration.» Le directeur de Birdlife s’inquiète encore de la tendance à diminuer la protection d’animaux comme le loup ou le lynx. Et puis, à ses yeux, la Confédération aurait d’autres chats à fouetter, en améliorant par exemple la protection des marais.

Le cygne, ennemi public numéro un des amoureux du lac ? Sur les bords du Léman, le débat suscite l’étonnement. «Le public ne se plaint jamais des cygnes, relève Laurent Cavallini, chef des gardes à la Section chasse, pêche et surveillance dans le canton de Vaud. On nous appelle plutôt pour annoncer un oiseau blessé ou pour signaler qu’un nid risque d’être inondé.» Des cygnes dans les champs ? «Je n’en ai pas vu beaucoup ! Ce sont des oiseaux lacustres.» Selon le Vaudois, il faudrait seulement arrêter de les nourrir – ne serait-ce que parce que le pain n’est pas adapté.

«A Genève, nous n’avons aucun problème, renchérit Gottlieb Dändliker, inspecteur de la faune. Parfois, deux ou trois cygnes vont brouter dans un champ au bord du Rhône, mais il n’y a jamais eu de plainte. Si on constatait des dégâts avérés, le problème pourrait être réglé avec des indemnisations.» Dans le passé, des œufs ont été piqués par crainte que l’animal ne pullule, même dans ce canton. Mais, selon Gottlieb Dändliker, l’arrêt de cette pratique n’a rien changé. En fait, l’espèce s’autorégule. «C’est lié au fait que les couples ne se reproduisent que s’ils ont un territoire. Faute de place, beaucoup ne pondent pas et forment les grands groupes de cygnes présents dans la rade.»

TDG

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Commentaire de JF@ le 22 février 2016 à 15:28
Commentaire de JF@ le 21 février 2016 à 9:13

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