Avis aux populations de Loups Ours & Lynx

Les grands prédateurs européens se portent bien !

Alors qu'entre les années 1950 et 1970, les populations de loups, d'ours, de lynx et de gloutons étaient sur le point de disparaître de nos territoires, les politiques mises en place ont permis de les sauver. C'est le constat dressé dans une étude parue dans la revue Science. «Un tiers de l'Europe continentale abrite au moins une espèce de grand carnivore, avec des populations en croissance pour le XXIe siècle», précisent les 76 auteurs issus de 26 pays d'Europe.

Les ours bruns sont les plus nombreux avec environ 17.000 individus, expliquent les chercheurs. Les loups, qui sont 12.000, arrivent en deuxième position. Les scientifiques recensent par ailleurs 9.000 lynx et 1.250 gloutons (un petit mammifère carnivore qui ressemble à un ours) qui sont cantonnés dans les pays au nord du continent. «Il y a deux fois plus de loups en Europe qu'aux États-Unis, alors que la superficie est deux fois moins grande et la densité de population deux fois plus importante», souligne Guillaume Chapron, principal auteur de l'étude et professeur associé au département d'écologie de l'Université suédoise des sciences agricoles (SLU).

La raison de ce succès? Une législation protectrice, une opinion favorable et des pratiques qui ont rendu la cohabitation possible. «D'une certaine manière, ce sont les conséquences des changements de mentalités dans les années 1970, explique le scientifique. C'est à cette époque que sont apparus les premiers mouvements de protection de l'environnement, ce qui a abouti à plusieurs textes: la convention de Berne signée en 1979 qui prévoit la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en l'Europe, suivie quelques années plus tard par la directive habitats de l'Union européenne sur la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage.»

Mais le plus intéressant tient peut-être dans la façon dont les Européens s'y sont pris pour assurer la survie de ces espèces. «Le principal débat autour de la conservation de ces grands carnivores, c'est de savoir s'il existe suffisamment d'espaces pour eux», soulignent les chercheurs. Aux États-Unis, le choix a été fait de réserver des aires sauvages pour ces animaux, des grands parcs nationaux le plus souvent. Le modèle alternatif est celui qui permet aux humains et aux prédateurs de vivre ensemble. «C'est ce modèle de coexistence qui a été choisi par l'Europe. Si nous avions opté pour le système américain, nous n'aurions plus de prédateurs», souligne encore Guillaume Chapron. Les zones protégées sous nos latitudes sont trop réduites pour les abriter.

Paradoxalement, le succès en matière de conservation se conjugue désormais avec une certaine exaspération. Le défi et l'impact économique lié à la conservation des grands carnivores «sont devenus le symbole d'une large opposition entre habitants des villes et habitants de la campagne et entre des personnes ou des groupes ayant des valeurs, des orientations et des intérêts totalement opposés», souligne l'étude. C'est le cas de l'ours et surtout du loup, notamment en France où les effectifs ont fortement augmenté ces dernières années et créent des tensions de plus en plus vives avec les éleveurs. Autrefois exterminés, les grands prédateurs sont de retour dans certaines zones d'élevage. Néanmoins, les problèmes de l'élevage d'ovins ont commencé bien avant que le loup ne revienne sur le territoire français. Après l'affaire du Rainbow Warrior en 1985, la France, en compensation, a dû accepter «de ne pas prendre des mesures pouvant entraver l'importation de moutons néo-zélandais dans l'Union européenne», rappelle le scientifique dans un autre papier publié en mars dernier, toujours dans la revue Science.

Lorsque le loup est revenu au début des années 1990 - non pas réintroduit mais tout seul en passant par les Alpes italiennes -, il n'a pas signé la mort de l'élevage «mais il a rajouté de sérieuses difficultés». Consciente des tensions que posent désormais dans certains pays les grands carnivores, la Commission européenne a décidé de mettre sur pied en juin «une plate-forme d'échange pour contribuer à résoudre les problèmes sociaux» avec des agriculteurs, des défenseurs de l'environnement, des chasseurs et des scientifiques. Ses membres doivent se réunir une fois par an. L'idée de cette plate-forme lors de son inauguration était qu'elle devienne un symbole de la conservation de la nature en Europe. L'avenir dira si ce souhait devient une réalité durable.

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Commentaire de JF@ le 19 décembre 2014 à 10:36

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