Le 19 août, des bulldozers israéliens ont commencé à défigurer la vallée de Crémisan, le «poumon vert» de Bethléem, en y déracinant des oliviers millénaires aux premières heures du matin !

Surpris par le bruit, quelques habitants des villages voisins accompagnés de leur curé ont tenté de les en empêcher en improvisant une messe sur le site. Mais les gardes-frontières de l’Etat hébreu (l’équivalent de la gendarmerie) leur ont fait comprendre qu’il ne valait mieux pas. En fait, ils les ont expulsés manu militari au terme d’une bousculade de quelques minutes durant laquelle les Palestiniens du cru ont écopé de quelques coups de crosse.

Il y a quelques années, la construction de la «barrière de sécurité» déchaînait des polémiques internationales et des violences sur le terrain. Sommé de se justifier, le gouvernement d’Ariel Sharon, qui avait initié le projet en 2002 alors que la deuxième Intifada battait son plein et que les attentats suicide terrorisaient l’Etat hébreu, affirmait «avoir été contraint d’en arriver à cette solution-là pour défendre sa population civile contre des tueurs sanguinaires». Quant à l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat, elle dénoncait une «politique israélienne d’apartheid visant à enfermer notre population dans des bantoustans (territoires attribués à des citoyens de seconde classe, à l'instar des Noirs pendant l'apartheid en Afrique du Sud)».

Treize ans plus tard, l’ouvrage, bien que déclaré illégal en 2004 par la Cour internationale de justice, est toujours en place. Il est achevé aux deux tiers et tout porte à croire qu’il ne disparaîtra pas de sitôt, puisque les travaux s'accélèrent. Même s’il reçoivent régulièrement la visite des consuls généraux européens en poste à Jérusalem ainsi que des délégations de l’Union européenne venues leur apporter leur soutien, les agriculteurs palestiniens de Beit Jala et des villages voisins ne disposent pas de beaucoup de moyens pour ralentir la progression du mur. Faute de mieux, ils organisent chaque vendredi une messe de protestation au milieu des oliviers en attendant les décisions de la justice israélienne.

En janvier dernier, la Cour suprême d’Israël a par exemple donné raison aux habitants de Battir, un village palestinien apprécié des archéologues pour ses systèmes d’agriculture en terrasse et d’irrigation, vieux de deux mille ans : ils refusaient de voir défigurer ce site unique par une muraille bétonnée de huit mètres de hauteur. La justice a ordonné au ministère de la Défense de dévier le parcours du chantier. Trois mois plus tard, au terme d’une bataille juridique de dix ans, les habitants de Beit Jala et des autres villages palestiniens jouxtant Bethléem ont également cru obtenir gain de cause, lorsque la même Cour a ordonné la sauvegarde de la vallée de Crémisan. Or Israël n’a jamais renoncé à ce parcours-là. Parce qu'aux yeux de ses responsables, sa sécurité vaut beaucoup plus que 200 hectares de vignobles et d'oliveraies palestiniens, fussent-ils bibliques.

A l’origine, le plan prévoyait que la «barrière de sécurité» écraserait tout sur son passage, afin de protéger Gilo, un «nouveau quartier juif» de Jérusalem érigé sur des terres palestiniennes confisquées peu après la guerre des Six jours (juin 1967), ainsi que d’autres colonies. Dans ce cadre, les agriculteurs palestiniens auraient été coupés de leur couvent et du monastère salésiens, deux institutions centenaires qui font partie de leur vie quotidienne et constituent leur principal moyen de subsistance. Les nonnes se seraient retrouvées du côté palestinien du mur et les moines, du côté israélien. Avec leurs vignes mais sans leurs ouvriers confinés en face.

Soutenu par le Vatican, par les plus hautes autorités ecclésiastiques en poste à Jérusalem, et par des ONG chrétiennes, les Palestiniens de Beit Jala et des environs n’ont jamais baissé les bras, obligeant le ministère israélien de la Défense à proposer des solutions alternatives qui ont toutes été rejetées par la Cour suprême au terme d’une procédure de dix ans. Mais le 6 juillet dernier, la Haute Cour a revu son jugement et estimé que les travaux pouvaient reprendre. Une autorisation qu’Israël s’est empressé d’utiliser à partir de la semaine dernière en profitant du calme de l'été. Et du désintérêt général.

BEHAR

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Commentaire de JF@ le 24 août 2015 à 7:47

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