La viande de tortue est très recherchée à Mayotte par une partie de la population assez aisée qui l'achète pour une vingtaine d'euros le kilo !

« Par goût de l'interdit mais aussi parce qu'on dit qu'elle a des vertus aphrodisiaques », glisse Franck Charlier, inspecteur de l'environnement pour l'office français de la biodiversité (OFB) et représentant national du syndicat Sne-Fsu. Les braconniers sévissent toute l'année sur la centaine de plages que compte l'île de l'Océan indien. Mais ces derniers jours, le confinement n'a pas amélioré la situation.

Entre le 17 mars et le 26 avril, de très nombreux cadavres de tortues vertes ont été découverts sur différentes plages. « Il n'y a plus d'étals sur le bord des routes, de vendeurs à la sauvette et ça peut être pour les plus pauvres de l'opportunisme », analyse Anil Akbaraly, chef du service environnement au conseil départemental de Mayotte. Deux braconniers ont d'ailleurs été interpellés ce mardi matin en possession de 65 kg de viande de tortue dissimulée dans une glacière.

A Moya, une plage réputée de Petite Terre, où les touristes peuvent en temps normal, en étant accompagnés, observer la ponte des tortues, 29 cadavres de tortues vertes éventrées ont été recensés par l'association Oulanga na nyamba engagée dans la protection de ces animaux marins. « Moya qui est le deuxième lieu de ponte des tortues de Mayotte est généralement assez épargnée par les braconniers, note Mathieu Chassillan, le président de l'association. En un mois, il y a eu plus de tortues tuées sur cette plage qu'en une année. Nous sommes actuellement à un pic après la saison des pluies. Elles sont plus nombreuses à regagner les plages. Il y en 20 chaque soir à Moya ».

Tous les ans, ce sont en moyenne entre 300 et 600 cadavres qui sont découverts sur les rivages de Mayotte. Des chiffres qui ne prennent pas en compte les tortues qui sont transportées pour être découpées plus tard… Début avril, c'est sur la plage d'Angalatsarra, sur Grande Terre, près de la pointe de Saziley, que neuf cadavres de tortues ont été découverts. « Les plages sont actuellement vides et les agents du conseil départemental qui sont en charge de la surveillance ont été confinés (ils ont repris du service le 24 avril), poursuit Franck Charlier. Les braconniers ont donc le champ libre. La découpe est réalisée sur place sans qu'ils soient inquiétés. Sur une centaine de kilos, 60 kg de viande sont prélevés ». Les œufs de celles massacrées avant d'avoir pu pondre sont éparpillés sur le sable. Anil Akbaraly, du conseil départemental, répond : « Le braconnage nous a poussés à déconfiner nos agents qui assurent une présence mais n'ont pas de pouvoir de police ».

Mardi 21 avril, l'association Oulanga na nyamba a adressé une plainte contre X au procureur de la République de Mamoudzou pour destruction d'espèces protégées. Sea Sheperd fera de même dans les jours qui viennent. L'ONG a lancé en 2017 la mission Nyamba - tortue en langue Shimaoré - sur l'île pour protéger les plages. Elle patrouille et fait fuir les braconniers ou essaie de les retenir en attendant que les forces de l'ordre prennent le relais. « En 2019, sur les plages où nous avons patrouillé entre juillet et octobre, il n'y a eu aucun acte de braconnage, se félicite Lamya Essemlali, présidente de Sea Sheperd France. Il y a du gardiennage en temps normal, mais ils comptent les cadavres. Mayotte est l'un des pires endroits au monde pour les tortues ». Et d'ajouter : « On devait y retourner en juillet mais en fonction des vols disponibles on essaiera d'y aller avant ».

Chloé Chérel, substitut du procureur en charge de l'environnement, estime de son côté : « On ne sait pas si ce qu'il s'est passé à Moya est lié au confinement. Plusieurs fois dans une année, nous avons des faits de cette nature. La politique pénale est claire en la matière. Dès qu'un braconnier est interpellé, il est jugé en comparution immédiate et les peines prononcées sont souvent de la prison ferme. Nous avons une dizaine d'affaires par an à la suite d'interpellations en flagrant délit. Sans les auteurs, ce sont des enquêtes compliquées à mener pour les identifier ».

GOINARD

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Commentaire de JF@ le 30 avril 2020 à 7:08
Commentaire de JF@ le 30 avril 2020 à 7:08

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