Pour sauver la planète, l'être humain doit-il se muer en parfait jardinier ?

Les végétaux sont en tout cas nos meilleurs alliés dans la lutte contre le réchauffement climatique. La raison est simple : ils absorbent le CO2, le principal gaz à effet de serre, le stockent à l'intérieur d'eux, mais aussi dans le sol. Ainsi les forêts, tourbières et autres prairies forment d'immenses réservoirs de carbone naturels communément appelé "puits de carbone". Leur préservation, d'une manière générale, constitue l'une des stratégies pour lutter contre le réchauffement climatique.

Si ce phénomène était déjà connu, une étude publiée ce jeudi dans la revue scientifique Nature Communications révèle que les plantes vivant une relation particulière avec certains champignons sont capables de stocker d'énormes quantités de CO2 dans le sol. Il est donc nécessaire de protéger les écosystèmes abritant ce type de relation en priorité, selon les auteurs, issus de l'Université hollandaise de Leiden, de l'Institut international pour l'analyse des systèmes appliqués (IIASA), de l'université estonienne de Tartu et du laboratoire américain Lawrence Livermore. Sur notre planète, presque toutes les plantes vivent en symbiose avec les champignons, un phénomène appelé mycorhize. Cette type de relation 'gagnant-gagnant' se noue le plus souvent grâce à l'interconnexion des racines des plantes et des champignons. Elle permet un échange favorisant la croissance, voire la survie de chacun : la plante fournit du sucre et/ou du carbone au champignon qui lui apporte, en retour, des nutriments, de l'eau ou des minéraux.

Outre un aspect poétique certain, les scientifiques ont depuis longtemps déterminé que cette symbiose permet d'augmenter le potentiel de la végétation à éliminer le CO2 de l'atmosphère et à le stocker dans les sols. "La symbiose mycorhizienne peut prendre plusieurs formes, les trois principales sont la mycorhize arbusculaire, la mycorhize éricoïde et l'ectomycorhize, détaille Nadia Soudzilovskaia, chercheuse à l'Université de Leiden et principale auteure de l'étude, interrogée par L'Express. Mais, en raison de la complexité de ces relations et de la multiplicité des espèces concernées, personne n'avait encore déterminé précisément où ces différentes végétations se situaient, ni leur impact global sur le stockage de CO2 atmosphérique... Jusqu'à maintenant. "Nous avons découvert que la végétation ectomycorhizienne est, de loin, la plus efficace pour stocker le carbone dans le sol", souligne la chercheuse. Pour parvenir à ce résultat, elle a mené avec son équipe une enquête à l'échelle planétaire. "Nous avons ainsi créé des cartes détaillant la répartition des différentes végétations mycorhiziennes dans le monde, ce qui va permettre d'élaborer des stratégies concernant l'utilisation des terres afin de lutter contre l'augmentation du CO2 atmosphérique, et donc contre le réchauffement climatique", explique encore la scientifique.

L'étude montre que les forêts boréales (que l'on trouve principalement au Canada et en Russie) sont presque 100% ectomycorhiziennes, les forêts tempérées possèdent, elles, entre 50 et 80% de plantes ectomycorhiziennes et la majorité des forêts tropicales et subtropicales en abritent jusqu'à 50%. Pour une raison qui reste inexpliquée, les forêts tropicales d'Amérique du Sud, elles, n'en ont presque pas, à part quelques zones en Guyane française. Quant aux prairies et aux terres agricoles, elles ne sont jamais ectomycorhiziennes, précisent les auteurs.

"Le principal problème est qu'en cultivant des cultures dans le monde entier et en utilisant des engrais et autres produits phytosanitaires, l'humanité a endommagé 50 à 75% des écosystèmes terrestres et a diminué le potentiel des végétations ectomycorhiziennes à stocker du carbone dans le sol, ce qui a mécaniquement contribué à l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère, explique Ian McCallum, chercheur à l'IIASA et coauteur de l'étude, également interrogé par L'Express. Or nous avons aussi besoin de ces terres agricoles pour assurer la sécurité alimentaire." La conclusion est simple : non seulement il faut protéger ces écosystèmes en priorité, mais il faut aussi tenter de les restaurer, en particulier dans les terres agricoles abandonnées et les terres arides.

Garcia

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