La pratique qui consiste à capturer des oiseaux à l’aide de tiges enduites de colle est jugée barbare par la Ligue de protection des oiseaux, qui souhaite la faire interdire !

Le téléobjectif de leur caméra braqué sur la cime des arbres, les enquêteurs de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) planquent derrière les pins noirs pour « piéger les piégeurs ». Leur cible, les chasseurs à la glu. En un mois et demi d'observation, ils ont déjà collecté un impressionnant catalogue d'images écœurantes envoyées au ministère de l'Ecologie et à la Commission européenne pour que la France interdise cette pratique traditionnelle.

« La méthode est barbare. Plus les oiseaux se débattent, plus ils se retrouvent collés! dénonce Yves Verilhac, le directeur de la LPO. Et contrairement à ce que prétendent les chasseurs, ils piègent indistinctement tout type d'oiseaux, y compris des espèces protégées », affirme-t-il. La glu n'est autorisée que pour capturer vivants merles et grives, dans cinq départements du Sud-Est (Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse, Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence). Les autres espèces doivent être relâchées. Mais sur les images de la LPO, pinsons, rouges-gorges, fauvettes, mésanges bleues se font aussi piéger. Certains sont retrouvés morts au pied des dispositifs. « Quand ils détachent des proies qui ne les intéressent pas, ils les balancent sans ménagement et sans les nettoyer. Les oiseaux aux ailes encollées finissent par mourir de faim à proximité », déplore Yves Verilhac.

Ce vendredi, au petit matin, la garrigue sent bon le thym. Sous le ciel encore rose s'élève un concert de sifflements de grives entrecoupé des tchaks-tchaks plus graves des merles. « Rien de bucolique, commente Yves Verilhac. Ce chant est celui d'oiseaux en cage, qu'on a gardé dans l'obscurité pendant des mois. Ils servent d'appât. » Ces « appelants » sont disposés dans plusieurs cages sur le site de piégeage, chantent à tue-tête en retrouvant le grand air et attirent ainsi leurs congénères qui sont abattus au fusil à faible distance. Six mille piégeurs sont recensés dans les cinq départements du Sud-Est. Les sites sont nombreux et parfois très bien aménagés. Chaque chasseur dispose de sa cabane, certains y ont installé des tapis, d'autres des radiateurs. A chaque fois, on trouve un spray d'acétone ou du white-spirit utilisé comme dissolvant pour décoller les oiseaux.

Tout autour de ce site - dont nous avons accepté de ne pas donner la localisation précise à la demande de la LPO -, la forêt est « jardinée » : des supports permettent de déposer les cages; des crochets sont vissés dans les arbres pour poser les « verguettes », ces tiges recouvertes de colle forte; et des jeux de poulie complexes permettent de monter et descendre les « cimeaux », longues perches qui dépassent de la cime pour que les oiseaux s'y posent. En fin de matinée, nous croisons un chasseur en bottes de caoutchouc qui remballe ses affaires. En nous apercevant, il tente de dissimuler deux grives mortes. « La glu ne marche pas trop aujourd'hui », prétend-il. Quelques mètres en contrebas, nous en rencontrons un autre, pas franchement accueillant : « Ne restez pas là, on tire à balle réelle. » Lui aussi assure n'avoir rien attrapé ce jour. Mais Yves Verilhac remarque des plumes engluées de fauvette « une espèce protégée », signale-t-il, avant d'ajouter en soupirant : « Regardez, ce sont des plumes de la queue. Sans elle, cette fauvette est condamnée. »


Eric Camoin, le président de l'Association nationale de défense des chasses traditionnelles à la grive, rappelle que cette tradition est présente dans le Sud-Est « depuis des générations » : « Quand les associations disent que les oiseaux s'épuisent, stressent, c'est complètement bidon ! s'agace-t-il. Nous sommes à l'affût et détachons les oiseaux en moins de 20 secondes. S'il s'agit d'une espèce non autorisée, on la laisse s'envoler. »

Peut-être pour les chasseurs les plus intègres. La pratique semble en tout cas difficile à contrôler. Cinquante agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), déjà en charge de nombreuses autres missions, surveillent le secteur. Parfois, il arrive cependant qu'ils parviennent à relever des infractions. C'est le cas de ce piégeur du Var, pris la main dans le sac l'an passé. Il sera jugé le mois prochain à Draguignan pour avoir collé et tué un faucon crécerelle.

Au niveau européen, la directive oiseaux interdit le piégeage à la glu depuis 1979. Mais des dérogations sont possibles. La France autorise ainsi, dans cinq départements de Paca (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse), l’utilisation de « gluaux » pour la capture « sélective » des grives et des merles noirs en « quantité judicieuse ». Pour la saison 2019, qui dure du 1er octobre au 15 décembre, l’Etat en a autorisé 42 500. Dans une réponse à des parlementaires réclamant l’interdiction, l’exécutif rappelle que c’est deux fois moins que l’an passé, les chasseurs n’ayant pas du tout atteint le quota fixé en 2018.

Torgemen

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Commentaire de JF@ le 25 novembre 2019 à 5:10
Commentaire de JF@ le 25 novembre 2019 à 5:10

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