L’épidémie de grippe a fait cet hiver en France environ 9.500 morts, selon un bilan provisoire dévoilé cette semaine !

A l’avenir, c’est plutôt du choléra ou de la dengue que l’on pourrait mourir, et dans des proportions autres. Le risque épidémique est l’un des sujets qui seront abordés lundi et mardi lors d'une grande conférence mondiale à Cannes, à l’occasion des 100 ans de la Fédération Internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, pendant laquelle scientifiques, politiques et associatifs plancheront sur l’impact du réchauffement climatique sur la santé des populations à travers le monde.

Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix-Rouge, nous détaille les liens entre températures et épidémies, et pourquoi il est urgent d'attirer l'attention du public sur cette thématique.

Pourquoi avoir choisi comme thème de cette conférence : « soigner une humanité à +2 °C ? »
Pour plusieurs raisons. La spécificité de la Croix-Rouge est d’être présente sur l’ensemble des continents, et donc de faire face aux conséquences du réchauffement. Pour nous, le plus grand défi du XXIe siècle, c’est le changement climatique et ses effets sur la santé. C’est aussi une urgence humanitaire, car les personnes les plus vulnérables en payent le prix fort. Un individu pauvre, qui vit dans la rue, va à la fois être davantage frappé par les catastrophes climatiques et avoir moins accès à l’information et aux soins.

Est-ce que le risque sanitaire du réchauffement climatique est un sujet qui commence à émerger ?
Malheureusement, on en parle trop peu. C’est l’un des objectifs de cette conférence : alerter et mobiliser l’opinion publique et la communauté scientifique sur cette question. Un rapport de l’OMS datant de février 2018 a montré qu’entre 2030 et 2050, le changement climatique pourraient causer 250.000 décès supplémentaires dus à la malnutrition, au paludisme et d’autres épidémies [38.000 dus à l’exposition à la chaleur des personnes âgées, 48.000 à la diarrhée, 60.000 au paludisme, et 95.000 à la sous-alimentation des enfants]. Si la prise de conscience sur les conséquences commence à peine à émerger, on parle encore moins de l’adaptation nécessaire : comment les populations doivent être informées, éduquées et protégées.

Deux degrés de plus, c’est plutôt optimiste, puisque cela implique que l’accord de Paris soit respecté… Quelles sont les conséquences sanitaires que l’on peut imaginer aujourd’hui d’une augmentation de quelques degrés des température sur la planète ?
Elles vont être considérables et d’autant plus importantes à chaque degré gagné. On peut lister d’abord les enjeux liés aux vagues de chaleur. Un réchauffement de 2 degrés va se traduire en réalité par des canicules plus fréquentes, plus longues et touchant plus de personnes. Le GIEC, dans son dernier rapport, a mesuré que si on passait de 1,5 degré à 2 degrés de plus, le pourcentage de la population mondiale soumis à des vagues de chaleur tous les cinq ans passerait de 14 % à 37 %. Et vivre et dormir avec 30 degrés pendant un mois ou un mois et demi, cela n’a pas les mêmes conséquences que pendant quinze jours. Car ces canicules [on l’a vu en 2003, avec 19.000 morts en un été] accentuent la fragilité, notamment des personnes âgées, des malades chroniques, et donc augmentent leur risque de mourir.

Vous attirez l'attention sur les épidémies. Y a-t-il un risque d’en voir réapparaître, se multiplier ou sortir de leurs aires géographiques actuelles ?
La réapparition de maladies disparues est une chose sur laquelle la communauté scientifique travaille, mais dont on a n'a pas de preuve scientifique pour le moment, notamment sur un éventuel retour de la variode. En revanche, les cas de ces maladies virales risquent d’augmenter et vont intervenir dans des zones élargies. On le voit déjà avec des cas de chikungunya dans le sud de la France, signe que des maladies normalement cantonnées aux territoires d'outre-mer peuvent s’étendre à la métropole. Le changement climatique va favoriser la multiplication des moustiques, car ils aiment la chaleur et l’humidité pour se reproduire. Avec des températures plus élevées et des étendues d’eau stagnante suite à des inondations, par exemple, ils pullulent. Et diffusent ainsi, par leurs piqûres, des maladies virales comme le paludisme ou la dengue.

L’autre problème, c’est que les inondations dégradent les conditions d’hygiène des rescapés. On l’a bien vu ces dernières semaines. Notamment avec le cyclone Idai, au Mozambique, qui a provoqué la contamination des sources d’eau potable. C'est pour cela qu’on voit aujourd’hui une explosion des cas de choléra dans ce pays.

A-t-on déjà une idée de l'augmentation des risques ?
Non, on n’a pas de modélisation ou de chiffre précis du risque épidémique supplémentaire. C’est justement un enjeu de renforcer nos connaissances. Donc de concentrer la recherche sur cette thématique importante. On ne va pas attendre de maîtriser le changement climatique pour s’adapter et protéger la population ! Quand bien même on arriverait à stopper l’augmentation de la température, on sait qu’il y aura des effets pendant encore trente ans sur l’humanité.

Quels types de maladies pourraient pulluler ?
Surtout les maladies vectorielles, portées principalement par les moustiques : la dengue, le paludisme, le virus Zika et le chikungunya. Et les maladies transmises par les eaux souillées : le choléra, la gale, les fièvres typhoïdes…

Dans un contexte où l’homme devient de plus en plus antibiorésistant, faut-il s’en inquiéter ?
C’est en effet un problème majeur dans la prise en charge des infections bactériennes. Néanmoins, les épidémies dont je vous ai parlées sont d’origine virale, donc les antibiotiques sont inutiles. Pour les combattre, il faut miser sur le développement rapide de vaccins efficaces. Ce qu’on n’a pas aujourd’hui, alors que c’est la meilleure réponse.

En attendant ces vaccins, que faire pour éviter ces épidémies ?
De la prévention, pour éviter la propagation des vecteurs de ces maladies. On travaille sur des programmes à La Réunion et en Guyane, où l'on va expliquer aux habitants quels sont les bons réflexes à prendre : éviter d’avoir dans son jardin de l’eau stagnante dans des coupelles, des vases, des verres. Mais aussi bien se protéger : installer des moustiquaires aux fenêtres, mettre des produits répulsifs.

Oihana

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Commentaire de JF@ le 15 avril 2019 à 7:30
Commentaire de JF@ le 15 avril 2019 à 7:30

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