Nous vivons dans un monde de violences, à tous les niveaux. Cette violence s'exprime en tout premier lieu par les mots. Nous savons tous combien les mots peuvent faire mal, nous l'avons tous vécu, à des degrés divers : paroles blessantes de parents, amis, professeurs, qui nous collent une étiquette, dont on ne peut se débarasser. La violence des mots créent des blessures invisibles qui ne se referment pas. Nous sommes conditionnés à la parole violente par notre éducation. Est-ce une fatalité ? Non.

Maman de 3 enfants, je n'en pouvais plus des disputes et des conflits à répétition à la maison et j'ai suivi des ateliers afin d'aider à modifier notre façon de communiquer avec nos enfants. J'avoue que j'étais plutôt sceptique au début mais franchement, après avoir testé certaines habiletés apprises au cours de ces ateliers, j'ai été bluffée par le résultat.

J'ai demandé à Isabelle, qui anime ces ateliers dans notre secteur, de répondre à une petite interview.

Pensez-vous que la violence soit une fatalité ?

La violence n'est pas une fatalité, elle peut être empêchée par l'apprentissage que les relations peuvent être « gagnant/gagnant » et non pas toujours, comme on veut nous le faire croire, « gagnant/perdant ». La violence provient souvent de l'incompréhension entre deux personnes et de blessures fondamentales qui poussent à la conclusion que l'autre est un danger et que la vie est un combat. La notion « d'ensemble » n'est alors pas possible.

L'apprentissage de l'accueil, de l'écoute de l'autre mais aussi de la reconnaissance de nos besoins et de ceux des autres, mêmes différents, permet de créer un sentiment de fraternité et de sérénité dans la relation et donc moins de réactions violentes.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent vos ateliers ? Sur quelle méthode s’appuient –ils ?

Ces ateliers reposent sur le travail d'Haim Ginott professeur et psychologue américain d'origine israélienne. Puis deux femmes ayant suivi ces groupes de paroles ont mis en place ces ateliers. Le premier se nomme « Parler pour que les enfants écoutent, Ecouter pour que les enfants parlent », le deuxième « Frères et soeurs sans jalousie ni rivalité ».

« Parler pour que les enfants écoutent, Ecouter pour que les enfants parlent » : ces ateliers permettent de se rendre compte des sentiments que nous créons chez l'autre en fonction de notre communication. Puis ils apportent des outils permettant une meilleure communication, plus valorisante pour l'enfant, c'est à dire qui n'altère pas l'image de soi et plus efficace dans ce que nous souhaitons que les enfants réalisent.

Ces outils nous permettent donc de faire plus de place à l'amour que nous portons à nos enfants plutôt que passer notre énergie à essayer de communiquer maladroitement.

De plus nos enfants apprennent à reconnaître leurs sentiments, à être proche de leurs besoins et actifs dans leur vie.

Pourquoi avez-vous décidé de monter ces ateliers ?

Je cherchais depuis longtemps un moyen de donner une information fondamentale aux parents. Comme le dit Ginott, nos enfants sont comme du ciment frais sur lesquels toute empreinte s'imprime directement. Les empreintes sont créées par les blessures, les dévalorisations, les incompréhensions....Ce que je trouve intéressant dans ces ateliers, au delà de la prise de conscience de notre fonctionnement, ce sont les outils très concrets donnés pour les différents contextes de la vie quotidienne pour réagir autrement. Il ne s'agit pas de nous dire ce qu'il faut faire ou ne pas faire mais de donner les moyens d'avoir « une relation arc en ciel » c'est à dire une relation vivante, équilibrée, aimante, valorisante, structurante....

Qu’est-ce qui décident les parents à suivre ces ateliers ?

Soit les parents sentent qu'il y a un décalage entre l'amour qu'ils portent à leurs enfants et la qualité de relation qu'ils ont avec eux, soit ils se sentent en difficulté avec tel ou tel enfant, soit certains parents sont « des chercheurs » et se sentent interpellés par les thèmes des ateliers.

En quoi est-il important d’apprendre à mieux communiquer avec ses enfants ?

Tout d'abord le premier bénéfice est la joie d'avoir enfin une relation au quotidien en corrélation avec l'amour que nous portons à nos enfants. Ensuite c'est autant de tension et de disputes en moins même si ces outils ne sont pas une baguette magique.

Et puis c'est aussi leur apprendre à communiquer mieux avec leurs frères et soeurs, leurs amis...

Ginott disait que notre responsabilité en tant que parents est « de trouver des façons d'aider nos enfants à devenir humains et forts. »

Comment se déroule un atelier ?

Chaque atelier permet de se rendre compte des conséquences de notre communication habituelle sur l'enfant, puis des propositions sont faites pour un autre fonctionnement. Des mises en situations nous aident à nous familiariser avec ces nouvelles « habiletés » et enfin les parents ont des mises en pratiques à faire entre chaque rencontre.

Quels sont les thèmes abordés ?

Comment aider l'enfant à traverser des sentiments difficiles

Susciter la coopération

Remplacer la punition

Encourager l'autonomie

Compliments et estime de soi.

Aider l'enfant à sortir de rôles

Qu’est-ce que cela apporte à nos enfants ?

Une relation de confiance avec les adultes, la possibilité de connaître une relation gagnant/gagnant c'est à dire une relation où les deux parties sont prises en compte, l'apprentissage qu'ils peuvent être actifs dans la relation, dans la résolution de problèmes. Ils sont aussi plus proches et plus à l'aise avec leurs sentiments.

Est-ce que l’apprentissage de ces nouveaux outils ne déstabilise pas trop notre fonctionnement ?

Il es sûr que nous devons nous familiariser avec les outils proposés. Ils sont plus ou moins proches de notre fonctionnement habituel. Au début, l'étape de prise de conscience de ce que nous faisons est nécessaire, nous avons parfois l'impression de ne plus vouloir faire comme avant mais de ne pas maîtriser encore les nouveaux outils. Un nouvel équilibre est à trouver.

Les qualités de persévérance et d'indulgence nous sont utiles. Comme dans l'apprentissage d'un sport ou d'une langue par exemple, il est nécessaire de pratiquer avant d'arriver à être à l'aise. La mise en pratique régulière permet l'intégration de ces nouveaux outils avec spontanéité et satisfaction dans notre quotidien.

Ne devenons-nous pas des parents trop permissifs ?

Il ne s'agit en aucun cas de laisser faire à nos enfants tout ce qu'ils veulent ou de créer des enfants rois. Tout au contraire, le parent pose les limites clairement sans dévalorisation de l'enfant et ainsi nous leur apprenons à être responsables de leurs actes et à reconnaître que tout acte a une conséquence.

Tous les sentiments peuvent être accueillis mais on doit limiter certaines actions !

Pour conclure, quel message aimeriez-vous transmettre ?

Notre manière d'être en relation avec nos enfants, de les écouter, l'image que nous leur donnons d'eux même... va déterminer leur relation aux autres et au monde. Nous créons donc la société de demain au travers de cette relation. C'est une grande responsabilité !

Donnons-nous les moyens de créer une société où les humains seront capables d'être fraternels.

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Commentaire de Mortier Jacques le 6 mai 2010 à 15:30
Merci Carole et merci Isabelle. Tout à fait d'accord avec cette approche "arc-en-ciel", dans laquelle le trio d'animateurs, dont je suis, accompagne depuis plusieurs années, des jeunes d'aumônerie (de la 6ème à la 2nde) pour les épauler dans la construction de leurs chemins de vies. Progressivement, et en réponse aux souhaits des parents, étonnés par la motivation et l'évolution de leurs enfants, nous nous retrouvons avec les parents pour partager. Quel bonheur pour nous, éducateurs, d'entendre les parents témoigner que les enseignants de leurs enfants, en établissement public, expriment qu'ils discernent les enfants qui viennent à l'aumônerie, aussi bien par leur aisance à s'exprimer, que sur le fond. Merci encore.
Commentaire de MARISKAIA le 4 mai 2010 à 9:16
Merci pour ce témoignage et ces informations. Un bel écho à la question des mots violents.

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