A l’occasion d’une promenade dans les contreforts pyrénéens, au pif la vallée luchonnaise du Lis, il n’est pas rare de tomber sur une pancarte informant de la présence d’un riverain discret et insoupçonnable : le desman !

Rien à voir avec le démon, ou un quelconque animal fantastique extirpé d’une légende commingeoise : avec son museau longiligne qui lui vaut le sobriquet de «rat-trompette», ce petit mammifère semi-aquatique endémique du massif pyrénéen existe bel et bien. Or, et c’est bien là le problème, ce talpidé énigmatique est lui aussi menacé de disparition à l’instar d’un tiers des mammifères hexagonaux comme le vison d’Europe, le grand hamster d’Alsace ou de nombreuses espèces de chauve-souris.


Selon des travaux scientifiques rendus publics en décembre, ce petit animal, dont on recense une seule espèce cousine en Russie, a en effet perdu la majeure partie de son territoire en un quart de siècle en France, soit environ 60% de son aire de répartition originelle sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne. Et ce malgré son statut d’espèce protégée octroyé en 1981. «C’est énorme étant donné la petite aire de répartition qu’il occupe à l’échelle mondiale : Pyrénées françaises et espagnoles et quart nord-ouest de la péninsule ibérique, observe à ce propos Mélody Lim, chargée d’études du programme de conservation Life+ Desman. Ce qui est inquiétant, c’est la fragmentation de cette aire de répartition et donc des populations.»

Depuis 2017, le déclin de cet animal insectivore – il se nourrit exclusivement de larves d’éphémères ou de trichoptères – lui vaut d’ailleurs d’être classé dans l’Hexagone parmi les espèces «vulnérables» de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En cause, pêle-mêle : la prédation par les chats ou les exotiques visons d’Amérique ; l’artificialisation de son habitat naturel, les cours d’eau, avec la construction d’aménagements comme les barrages ou la pose de conduits de captage mortels pour les desmans ; et enfin, la pollution des rivières, fatale pour ses proies.


«On constate la dégradation de l‘état de conservation du desman depuis plusieurs années, confirme le mammalogiste Patrick Haffner, de l’unité Patrimoine naturel du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN/OFB/CNRS). C’est d’autant plus dommageable que c’est une espèce endémique et génétiquement originale. D’une part, on est en train de perdre une lignée et, de l’autre, une part de l’histoire de l’évolution de ces animaux proches des taupes et très particuliers dans leur morphologie.» Et le naturaliste d’ajouter : «C’est bien les changements environnementaux qui sont à l’origine de sa régression donc c’est un bon témoin de la dégradation de ces écosystèmes.»

Y a-t-il tout de même une lueur d’espoir pour ce petit animal trop peu connu et télégénique ? Malgré la faible diversité génétique de ses populations d’ouest en est des Pyrénées, soulevée par l’étude de ses crottes, le desman est capable de se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres par jour, voire de se réfugier en altitude en deçà de 2 300 mètres, et de recoloniser de nouveaux affluents – ce que l’on ne soupçonnait pas et ce qui suggère une bonne capacité d’adaptation du petit mammifère à trompe. Une piste pour sa conservation ? Certainement, comme l’étude un peu plus poussée de Galemys pyrenaicus, découvert il y a à peine deux cents ans et dont on sait peu de choses encore sur la reproduction. Objectif : le protéger plus efficacement.

BARDOU

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Commentaire de JF@ le 15 janvier 2020 à 6:43
Commentaire de JF@ le 15 janvier 2020 à 6:14

JF@

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