... Cet après-midi, avec notre association de familles rurales, pour la sortie de Noël on est allés voir Hugo Cabret au ciné de Dinan... un film qui parle de la création (technique, artistique), de l'enfance, de la solitude, du poids du passé et de la possibilité de s'en libérer... toutes questions qui m'intéressent fort, qui s'articulent toutes très bien. Au coeur de cette fiction (qui me semble là vachement bien inspirée), cette idée : aussi vain, exclu ou inutile qu'on puisse se sentir parfois, on a tous une place dans la grande mécanique céleste, la toile de la vie sur cette terre... Tous un rôle à jouer, une part du destin humain, découpée de lumière et d'ombre, nécessaire.

En revenant dans l'autobus, je partageai cela avec les jeunes de mon village, un peu curieux de mon enthousiasme : oui, depuis que je suis petit, tombé dans ce monde terrien avec son absurdité monstrueuse, atroce - nucléaire ou commerciale, ses dysfonctionnements étranges et douloureux (pourquoi tant d'énergie à se battre ou se moquer, à tirer la couverture à soi, etc... ?), il m'a toujours semblé que rien de tout cela n'avait de sens... et de me réfugier, comme les héros d'hugo cabret, dans les livres ou les films, là où le sens paraît (parfois, comment ?)... Et aujourd'hui, cette illumination : toute cette douleur éparpillée, l'Histoire peut encore la guérir et lui donner un sens, oui, dans un formidable Happy End planétaire, où toutes les pièces du puzzle s'assemblerait soudain merveilleusement ! Les happy end après tout ne sont pas faits que pour le cinéma... il n'y a pas de différence de nature entre les fictions que nous écrivons dans les livres et les films, et celles que nous agrégeons ('égrégor') dans le formidable chaudron du réel !

Avez-vous lu ce génial petit livre de Nancy Huston, L'espèce fabulatrice ? C'est un peu ce qu'elle dit aussi en substance... Notre vie dans ce monde, nous l'écrivons nous aussi comme une fiction. Il nous appartient d'envisager son déroulement comme nous l'entendons : nous en sommes à la fois auteur, acteurs, metteurs en scène... Certes, les normes sociales nous posent quelques balises... S'écarter des croyances communes, changer le cours des choses, 'performer' des rôles en décalage avec les normes qu'on nous a confiées, ça demande un effort, une énergie... A mettre en regard aussi avec l'énergie désespérée de tous ceux qui refusent d'y jouer plus aucun rôle et quittent le monde en y laissant leur corps, écrasé là-bas, au bas de l'immeuble... Avons-nous le choix, au fond, de ce à quoi nous parvenons à croire (ou pas), dans l'histoire ?

Il y a cette idée du rapport à la croyance dans le film Thrive, dont j'ai vu qu'il a été question ici il y a quelques jours, et qui m'a impressionné, moi aussi. Ces temps-ci, je remets à plat toutes mes croyances. Ces temps-ci, il me semble de plus en plus rationnel, après tout, d'accepter qu'il puisse y avoir des miracles... que l'amour partagé puisse nous guérir de la lèpre nucléaire, que l'espoir des peuples mis en commun laisse la barbarie loin derrière, et que cette année, l'on puisse voir soudain sans aucune élection la démocratie réelle émerger sur notre planète, en même temps qu'une invraisemblable convivialité et des tas de trucs chouettes. Un vrai film ! Pourquoi pas ? Tu y crois toi, ou pas ?

(On pourrait parler encore de Matrix ou d'Avatar, de Brazil... Faire pour le cinéma le travail que Christian Bobin mène en littérature, d'aller discerner dans les fictions la lumière (dhotel, dostoievski) de l'ombre (cioran, beckett)... mais est-ce bien utile au fond ? est-ce que le discernement ne se fait pas tout seul, selon le contexte et son propre besoin ? Est-ce pas l'ombre qui découpe la lumière, la conscience qui émerge de la douleur ? Est-ce que l'égrégor ne progresse pas inexorablement ?)

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Commentaire de amans le 26 décembre 2011 à 10:45

oh ! pardon j'avais pas vu !

...merci pour ce lien je regarde ça...

(^;

Commentaire de amans le 26 décembre 2011 à 10:43

hello ! ok je suis mieux votre pensée...

(même si apparemment le message est pas fini ? j'ai pas vu les bombinettes contre mes flous de discours ouverts à la pensée marchande... dommage :^)

C'est bien ça donc on n'est pas d'accord sur les mots, et d'accord pour dire que ça nous empêche pas d'aller dans les mêmes directions quand même !

D'accord aussi pour remettre le consensus à plus tard du coup (mais on n'y échappera pas, vous verrez : ces questions ressurgiront dans nos groupes locaux :^) (priorité pour moi aussi), c'est vrai que ça mange toujours tant de temps de causer, certes quand on aime on ne compte pas, mais comme on aime sans compter, on est souvent happé ailleurs au passage et ça arrive oui du coup de se retrouver interrompu au milieu d'une

Commentaire de amans le 25 décembre 2011 à 23:12

Einh, c'est délicat einh (^; ?

... et là ça ouvre sur plein d'autres sujets passionnants : langage, identité, illusion...

Décidément, je ne suis pas d'accord avec vous je crois sur le mot 'réalité'... ce que vous appelez la réalité : ni un concept ni une expérience, on n'y a pas accès mais on n'y échappe pas : une énigme pour moi :^) ... la "réalité-en-soi" dites-vous : c'est kantien ça c'est ça ? c'est encore un truc transcendantal, non, c'est bien ce que je disais ? j'ai jamais réussi à bien rentrer dans ces pensées-là, trop abstrait pour moi... je ne comprends pas la transcendance, ma spiritualité est très matérialiste hihi...Voulez-vous m'éclairer ?

Pour moi la réalité c'est un truc vachement simple, c'est ce que je vis tous les jours - et je vois bien que c'est pas exactement la même chose que le voisin, j'ai rencontré suffisamment de dingues et de paumés pour comprendre que leur réalité à elleux c'était d'autres choses, et pas moins valable que les miennes, suffisamment aussi de gens qui cumulent les oeillères pour réaliser que leur réalité à elleux aussi c'est encore autres choses, qui font plutôt plus peur même des fois, mais pareil ils ont leurs raisons, et ça fait partie du grand jeu !... Avec tout ça je parle plutôt de réalités au pluriel, et quand j'essaye d'en faire un tout je dis le Réel, qui comme en maths, comprend aussi les quantités imaginaires - et ça n'est certes pas un ensemble fini, mais pour moi c'est pas transcendant - c'est juste quelque chose comme "l'ensemble des faits et actes du présent, avec toute la mémoire que tout ça garde du passé et toute la possibilité que tout ça recèle en devenirs"...

Mais notre camarade interné là, je suis désolé mais je n'arrive pas à comprendre ce que ça pourrait être un "celui qu'il est" au fond, qui serait le même si il se prend pour le pape ou pas... réalité physique indépendante de son histoire, son génome peut-être ? (sait-on bien d'ailleurs ce qu'il y a là-dedans d'écrit aussi, et comment ça fait phase avec l'expérience ?)

... j'entends votre méfiance d'une "pensée magique", je l'ai longtemps partagée aussi - je suis encore attentif et critique face à tout ce que je rencontre, einh... mais beaucoup plus ces derniers temps en fait face aux mouvements rationalistes de tout poil, dont les injonctions ("raison garder", "être réaliste" hihi, "ne pas se laisser aller", et finalement très vite "avoir peur du ridicule" "ne pas trop penser par soi-même" et donc "suivre ceux qui savent, obéir, et consommer" ok je caricature mais ya ce mouvement là quand même aussi, non ? j'entends bien que ce n'est pas du tout le vôtre einh) - les injonctions de ce système-là disais-je me semblent relever au fond davantage d'un genre de superstition (et de divers systèmes de domination : masculine, adulte, intellectuelle, bourgeoise...) que des mouvements qu'auparavant rien qu'au style j'aurais jugés plus sectaires (mais comme par hasard parfois plus féminins, plus sensibles, plus joueurs, plus créatifs...)

... Je prends conscience, petit à petit, de ce que le normes sociales les plus communes peuvent porter de délétère, à ces endroits-là je tâche de m'en libérer, de tracer des lignes communes d'émancipation... Et v'la-t-y pas que ces derniers temps, plusieurs de ces lignes parlent d'amour, d'écoute, de partage, voire de co-création ou de miracles lol !

Mais, je ne m'encarte nulle part (pas même aux colibris ?)... je débidouille de mon mieux ma psyché de ses diverses illusions. Je prends garde surtout à la portée politique de mes positions et de mes mouvements... Car pour moi c'est là que nos croyances sont le plus agissantes sur le Réel (il insiste, l'animal :^) : c'est quand on les partage, au quotidien... a forciori dans nos engagements militants...

oh bah, j'ai été réactif dites donc :^)

Commentaire de amans le 25 décembre 2011 à 19:43

Oui le mot est récent... mais le concept est opérant depuis au moins 10 000 ans ! l'exemple donné par votre ami est parlant...

Ce n'est pas pour pinailler einh, pardonnez-moi Laurent :^) mais je ne suis pas d'accord avec la maxime d'ACIM : à l'évidence oui, nos croyances modèlent nos expériences - mais la réalité, pour moi, n'est rien d'autre que l'expérience que j'en ai... Pour donner un exemple simple pris au hasard, si je crois assez fermement que je suis le pape, j'ai de bonnes chances de me retrouver à l'hp : cette réalité là sera vécue non seulement pour moi, mais aussi pour mes proches, le personnel médical, etc... Cet exemple est au niveau individuel : les croyances collectives (valeurs, normes, etc...) ont une influence bien plus grande sur le 'réel' - dans l'acception commune de ces mots einh... la seule réalité qui ne serait pas affectée du tout par les croyances humaines serait une réalité transcendentale peut-être, Dieu, le monde des idées, le nirvana ?... Ok, on peut y avoir accès mais ce n'est quand même pas la toute première étape du chemin, non ? :^)

J'observe en attendant à quel point nos systèmes de croyances (non seulement opinions mais langage, activités, comportements...) sont profonds : pour une bonne part inconscients du moins chez la plupart d'entre nous ; et fondateurs de tout notre rapport au monde, aux autres, etc...

Là où je vous rejoins de nouveau (peut-être ?) c'est que (même en profondeur) on peut y travailler, les faire évoluer, s'en libérer etc... chemin faisant oui !

Commentaire de amans le 23 décembre 2011 à 14:01

hihi, moi aussi je connais ça !

... pleinement d'accord avec vous laurent, sauf peut-être sur ce qu'on entend par 'croyance' - pour moi, j'ai fait évoluer l'emploi de ce mot à la lecture de cette petite bible que vous connaissez surement, les 4 accords toltèques... "ce qui m'est évident", ce n'est justement que mon ensemble de croyances certaines, plus ou moins communes, étayées par l'expérience (: normes collective), au mieux par la science (: relative et de plus en plus pleine de doute)... Savoir = croire très fort, non ? (sauf données triviales au fond ? cogito, etc...)

Ah, connaissance ineffable amour (pascal, novarina...) (^;

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