« Ce n'est plus qu'un labour », peste Jean-Luc Bazin devant son champ piétiné, retourné par endroits !

Cet éleveur est installé depuis vingt-huit ans au Gast, petite commune déléguée de Noues-de-Sienne, près de Vire (Calvados). Des sangliers se permettent des incursions nocturnes sur ses terres et causent de gros dégâts. « Depuis deux ans, ça ne fait qu'empirer. Sur 70 hectares, j'en ai déjà perdu quinze. Les prairies sont inexploitables. » Les clôtures n'arrêtent pas ces bêtes aux manières indélicates. « Nos terres sont dans le même état, s'agace Martine Marie, autre agricultrice désemparée. On voit les cochons tous les jours. Une vingtaine, voire une trentaine ! Ce n'est plus possible de continuer comme ça. »

Les réserves d'herbe, déjà mises en péril par des étés secs, sont en plus amputées par les sangliers. Les cultivateurs s'inquiètent déjà pour le maïs, dont raffole leur bête noire. Romain Dodard fait les comptes : « Ça commence dès les semis. Les sangliers mangent les graines. Ensuite, les cochons couchent le maïs et le mangent encore. J'ai perdu trois hectares l'année dernière. Et quand l'ensileuse vient, elle ramasse les maïs détruits, nécrosés, qui polluent le maïs sain. » Ces éleveurs ont un point commun : tous travaillent non loin d'un parc forestier privé, devenu un havre de paix pour sangliers. Son propriétaire refuse la chasse sur son domaine. Les bêtes prolifèrent et sortent la nuit venue pour s'installer sur les exploitations voisines. Les efforts de l'employé du parc qui tente de colmater les brèches dans l'enceinte de la propriété n'y font rien.

« Tout le monde est à bout : les agriculteurs et les chasseurs », soupire Gilles de Valicourt, le directeur adjoint de la Fédération de chasse du Calvados. L'organisme, chargé de réguler la population de sangliers, indemnise les exploitants pour les dégâts subis sans pour autant pouvoir régler le problème à la source. « Les sangliers se réfugient dans le parc forestier. On essaie de convaincre le propriétaire, mais il ne veut rien entendre. Les chasseurs ne tuent presque aucun sanglier. » Après une battue administrative organisée l'an dernier, seule une petite vingtaine avait été tuée. Trop peu, estiment les agriculteurs. 

« On prône le dialogue. Mais un jour, il se pourrait que l'un de nous tire sur les sangliers dans les champs », prévient un éleveur. Un autre garde espoir, arguant que le fils du propriétaire serait plus favorable à une régulation de la population. Dans ce climat difficile, la préfecture a prolongé d'un mois la chasse au sanglier, jusqu'à fin mars. « S'il n'y a rien de fait, je songe à vendre un tiers de mon cheptel, car je n'aurai plus assez de fourrages pour toutes mes bêtes, menace Jean-Luc Bazin. Et à terme, je pourrais être amené à vendre ma ferme. »

L'éleveur, posté sur un talus, ne force pas son dépit pour la photo, en regardant tour à tour son champ labouré et les petits bois des prairies vallonnées du Gast, hantées par les sangliers.

PINEL

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Commentaire de JF@ le 28 mars 2020 à 7:02
Commentaire de JF@ le 28 mars 2020 à 7:02

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