Histoire de colibri : Barnabé, le reporterre

Aujourd'hui journaliste pour Reporterre, le quotidien de l’écologie, et organisateur du Festival du Livre et de la Presse d'Ecologie, Barnabé Binctin, 24 ans, a travaillé six mois dans l’équipe de Colibris. Il porte en lui l’espoir et le désir de changement de toute une génération. Partons à la rencontre d’un jeune colibri plein d’avenir !

Propos recueillis par Alexandre Edwardes

Toutes tes activités tournent autour de l'écologie. D'où te vient cette envie d'y consacrer ton énergie ?
 
Cela fait plusieurs années maintenant que je considère l'écologie comme une façon juste et pertinente de voir le monde. J'ai trouvé un certain nombre de réponses grâce aux idées et aux luttes qui guident la famille des écologistes. Dans les temps actuels, c'est finalement quelque chose de précieux, à un moment où beaucoup de gens se posent des questions auxquelles on apporte toujours les mêmes solutions... qui n'en sont jamais. Et puis la conviction est une valeur précieuse, dès lors qu'elle vous anime, c'est plus facile de se mobiliser !
 
Je crois que le vrai déclic vient de mon année vécue en Inde. L'expérience de dépaysement m'a ouvert l'esprit et fait découvrir un autre rapport à la terre. L'Inde reste un pays à majorité rurale, alors pour moi qui ait toujours vécu dans des villes françaises... L'agriculture indienne est un concentré de problèmes qui ont tous à voir avec l'écologie : la sécheresse, l'accaparement des terres, la disparition des semences potagères... Aujourd'hui, les suicides de paysans sont un fait social qui ravage les campagnes indiennes. Je vivais en ville, certes, mais les enjeux en termes de pollution ou de gestion des déchets y sont également colossaux. C'est un peu tout ça que j'ai pris de plein fouet, en plus des petites choses de la vie quotidienne : un autre rapport aux animaux, une alimentation très souvent végétarienne, et puis une nature à couper le souffle... L'Inde est un pays magnifique, et mon sentiment « écolo » lui doit beaucoup.
 
Il y a eu d'autres voyages, par la suite, au Kenya, puis au Sénégal, qui ont continué de forger ces convictions. Ils ont été un vecteur de prise de conscience des aberrations qu'on fait subir non seulement à la nature en général mais aux hommes, surtout, dans ces pays-là. Je travaillais alors dans le monde du développement, et sur ces problématiques difficiles de rapport « Nord-Sud », je trouve que l'écologie apporte les meilleures réponses. Cela démontre notamment que c'est bien d'un projet global et commun dont nous avons besoin.
 
Comment as-tu rejoint le Mouvement Colibris ?
 
A la fin de mes études, je me suis engagé dans le journalisme citoyen, avec Reporterre, que je considérais comme un excellent espace pour prolonger ces réflexions. C'est comme cela que j'ai eu la chance d'interviewer Pierre Rabhi. C'est un homme important dans le panthéon des penseurs écologistes, alors quand j'ai su qu'il passait sur Paris... Il se trouve que le soir même se tenait le lancement de la (R)évolution des Colibris, c'était en janvier dernier. Et comme j'étais sur place pour faire l'interview, je suis resté. A cette époque, je ne connaissais pas encore l'étendue de ce mouvement, l'impact populaire qu'il pouvait susciter. Ce soir-là, j'ai vu 3000 personnes attendre dehors, un mercredi soir en plein hiver, venant de toute la France. Certains avaient même posé un ou deux jours de congés pour l'événement ! C'était impressionnant. Le soir même, je rentrais et je passais la nuit à raconter cet événement qui me semblait marquant : il y a peu de mouvements de la société civile capable aujourd'hui de rassembler aussi large.
 
Comme j'étais dans les coulisses pendant la soirée, j'ai pu rencontrer plusieurs personnes de l'équipe opérationnelle. Le courant est bien passé et nous sommes restés en contact par la suite. Quelques semaines plus tard, un poste à la communication s’est libéré dans l’équipe opérationnelle et on m’a proposé de venir les rejoindre. Je n'ai pas eu à réfléchir longtemps : l'idée de "faire ma part" était beaucoup trop séduisante ! C'est ainsi que je me suis lancé dans l’aventure pour apporter ma goutte d’eau à la vague Colibris.
 
Justement, quelle était cette goutte d'eau ? De manière générale, qu'apporte un mouvement comme celui des colibris ?
 
Je pense que la grande tâche qui nous attend aujourd’hui est celle de la sensibilisation aux grands enjeux du monde à venir. Le constat scientifique de détérioration est désormais majoritairement admis et malgré quelques climato-sceptiques, l'ensemble de la société finit par être au courant des dangers qui nous menacent. Nous sommes aussi de plus en plus conscient que l’on peut faire autrement sur la question de l’agriculture, de l’énergie, de la finance, de l’éducation, etc. Nous voyons d’ailleurs fleurir un nombre croissant d’alternatives qui imaginent et créent une nouvelle manière de vivre et d’échanger. Cependant, il reste un dernier élément essentiel, celui de la prise de conscience collective "qu’il faut changer". C’est ça le vrai travail de notre génération : celui de l’éducation au changement.
 
Comme dans toute pédagogie, il y a plusieurs manières d'y parvenir. Je pense que les colibris sont un moyen très efficace. D'abord parce que ce mouvement permet de relier plein de porteurs de projets et de donner un sens commun à leur action. On a besoin d'une force collective, d'un élan qui génère la mise en mouvement de la population. Mais surtout, les colibris ont une valeur d'exemple, car ils montrent que c'est possible. Notre système est très conservateur et notre société est d'autant plus méfiante, il est donc crucial de démontrer que d'autres solutions existent. Les colibris font ça très bien, non seulement en mettant en avant mais aussi en encourageant toutes les énergies créatrices qui sont nécessaires pour imaginer et développer un avenir plus respectueux de l’humain et de l’environnement.
 
Aujourd'hui, tu continues d'être un colibri, alors dis-nous comment tu fais ta part ! Quelles sont les actions que tu fais et que tu souhaiterais voir se matérialiser pour créer un monde plus écologique et plus humain ?
 
Sur un plan personnel, je travaille autour de l'information, en cherchant à valoriser d'autres sujets, d'autres réalités, d'autres façons de faire. C'est un défi important que de rendre possible les moyens d'une information libre et indépendante sur l'écologie ! Je suis convaincu que c'est un outil fondamental pour développer la prise de conscience collective qui permettra de construire une société civile forte.
 
De plus, par mon travail avec Reporterre et le Festival du Livre et de la Presse d’Ecologie, j'essaye de contribuer à redonner une image positive à l'écologie. Par exemple, sur Reporterre, nous avons créé une rubrique "Alternatives" qui vise à montrer et raconter tout ce qui se fait déjà autour de la planète pour penser, agir et vivre différemment. Avec le Festival, il y a cette idée de faire un événement joyeux et festif autour du thème de l’écologie. C'est finalement un très beau point commun avec les Colibris : tous trois cherchent à leur manière à ré-enchanter les idées de changement que porte l’écologie ! On a besoin d'optimisme et les temps où l'écologie évoquait le "retour à l’ Âge de la bougie" sont derrière nous. Il y a un aspect générationnel, nos problématiques avancent, même si c'est long... Pour moi l’écologie apporte de l’espoir et des réponses concrètes à un moment où la "crise" paraît trop complexe et sans fin. Ma part est donc la même que celle des colibris : refuser le fatalisme, agir à ma petite échelle dans un domaine particulier, démontrer que des solutions existent et partager avec enthousiasme ces convictions avec mon prochain !

Merci Barnabé !

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