Histoire de Colibri : Catherine, ou la CNV à l'école

Catherine Schmider est formatrice en Communication NonViolente (CNV). Dans son histoire de colibri, elle nous présente la CNV, et nous montre toute la richesse qu’elle pourrait apporter au système éducatif français.

(Propos recueillis par Alexandre Edwardes)


Tout d'abord, c'est quoi la Communication NonViolente ?

La Communication NonViolente (CNV), de Marshall Rosenberg, apporte une compréhension de notre fonctionnement en tant qu’être humain et de ce qui favorise notre épanouissement personnel et collectif. Ce n’est pas simplement une manière de communiquer, ni une réponse à la violence, qu’elle soit physique ou verbale. La CNV nous propose de considérer que nous sommes tous des êtres vivants, avec des besoins communs : physiologiques (manger, boire, dormir…), relationnels (expression, attention, écoute…), d’estime et de réalisation de soi, et de grandes aspirations (beauté, harmonie, paix). La vie collective avec la CNV correspond à la prise en compte des besoins de chacun pour qu’il soit pleinement épanoui. Avec la compréhension que nos émotions nous indiquent si nos besoins sont satisfaits ou non, et que nos comportements, quels qu’ils soient, sont des moyens de prendre soin de la vie en nous, elle amène à un changement de regard sur les comportements et à développer une écoute empathique de chacun. Elle propose un processus de communication qui permet de vivre cette conscience dans nos relations au quotidien. Dans une situation de conflit, elle permet la prise en compte des différents besoins, les siens et ceux de l’autre. Cela enrichit les relations en général, et est vraiment un outil précieux dans le domaine de l’éducation !

D'où vient ton intérêt pour la CNV ?

Les racines les plus profondes de mon intérêt pour l’éducation et la manière de communiquer remontent à mon enfance. Durant cette période, je voyais ma mère avoir les meilleures intentions du monde pour la réussite de ses six enfants, je voyais tout son investissement et son dévouement dans notre éducation, et je savais aussi ma souffrance d’enfant. J’ai beaucoup vécu dans la peur, liée à sa manière d’être dans l’autorité et de dire les choses. J’ai aussi expérimenté qu’une brillante réussite scolaire n’amenait pas forcément à la confiance en soi et au goût pour la vie. Très tôt, j’ai pu mesurer le décalage possible entre les intentions des éducateurs et la réalité vécue par l’enfant.

Dans le milieu professionnel, j’ai exercé en tant que professeur d’éducation physique dans un collège pendant six ans. Sensible à la qualité de ma relation avec les élèves, j’essayais d’instaurer une relation respectueuse de chacun et de proposer autre chose que le fonctionnement autoritaire classique du professeur et que les pratiques pédagogiques habituelles, comme la notation sur la performance. C’était dans un établissement de région parisienne "pas facile" et le résultat était plutôt positif. Mais c’était du tâtonnement expérimental. Par la suite, je me suis formée aux outils de la communication de Jacques Salomé, puis à la sophrologie (qui permet une qualité de relation à soi : comment rester calme, gérer son stress, bien dormir la nuit...), et quand je voyais l’efficacité de ces outils, je me disais : "Pourquoi ne nous apprend-on pas tout cela dans nos formations d’enseignants ?". J’ai continué à m’intéresser aux approches permettant une qualité de relation à soi et aux autres et j’ai découvert la CNV en 2002.

Quel peut être l’apport de la CNV au sein du système éducatif ?

Le souhait de tous les éducateurs est de voir des enfants épanouis et confiants. Or nos habitudes de communication font que nous tenons un discours accusateur et critique : "Tu es vraiment un mauvais élève !", "Tu n'es bon à rien !", Ce qui est paradoxal et va à l’encontre de nos valeurs. Nous n’écoutons pas vraiment : "Mais ce n’est rien, allez, faut prendre sur toi" ; nous réagissons face aux critiques : "Je t’interdis de me parler comme ça !". Malgré les bonnes intentions de chacun, nos habitudes éducatives sont loin de contribuer au plein épanouissement de l’enfant, et sont la source de nombreux maux pour l’enfant, pour l’adulte qu’il devient et également pour la société entière.
Pour ma part, je suis convaincue qu’un enfant, accompagné dans son développement par une éducation consciente et respectueuse, devient un adulte épanoui, respectueux des autres et de la vie, relié à ses talents, et heureux de les mettre au service du monde. À leur tour, ces adultes vont créer, à l’échelle d’une société, des structures, des modes de fonctionnement respectueux de la vie.
Il existe aujourd’hui de nombreux outils, accessibles à tous, permettant de vivre nos relations de manière consciente et respectueuse. La CNV est un de ces moyens. Si on a la conviction que chaque être humain est naturellement enclin à prendre en compte les besoins des autres à partir du moment où les siens sont aussi pris en compte, cela change la manière de vivre la relation d’autorité. On peut lâcher l’autorité basée sur le pouvoir et le système de punitions et récompenses, et vivre une autorité basée sur le respect mutuel. L’enfant développe beaucoup plus la confiance en lui et apprend la coopération en la vivant.

Ma vision est que toute personne reliée à l’éducation de nos enfants puisse avoir accès à ces outils.

Au regard de l’ampleur du projet (qui se déploie progressivement), nous avons choisi comme premier champ d’action l’école, avec pour objectif que la formation à la relation à soi et aux autres soit intégrée à la formation initiale et continue des personnels de l’Éducation Nationale.

Le projet se développe depuis 2008, sur quatre axes :

  • Accompagner des expériences dans les établissements scolaires et les rendre visibles, relier les gens entre eux pour favoriser l’intelligence collective et le soutien mutuel ;
  • Développer des formations CNV prenant en compte les besoins spécifiques des milieux éducatifs ;
  • Faire connaître la CNV sur la scène éducative française, auprès des institutions et dans les médias ;
  • Trouver des financements pour soutenir le projet lui-même et les projets dans les établissements scolaires.


Quelles sont les formations disponibles aujourd’hui en France ?

Nous développons progressivement des formations en CNV, spécifiques pour les différents secteurs éducatifs.
La formation "La CNV au service de l’éducation" est ouverte à toutes les personnes ayant un rôle éducatif, à titre professionnel ou parental. Ce sont les bases de la CNV et leur prise en compte dans la relation éducative, où l’on aborde aussi des thèmes plus spécifiques à l’éducation, comme : prendre soin de soi pour mieux vivre son rôle éducatif, l’estime de soi, les alternatives aux punitions…
Il existe un approfondissement spécifique pour les enseignants "Vivre la CNV dans sa classe". Il couvre l’aspect de la gestion d’une classe, tout en respectant les besoins de chacun. Nous essayons de répondre à des problèmes récurrents dans le milieu éducatif. Par exemple, comment installer une ambiance de classe qui favorise l’apprentissage ? Comment créer un cadre pour mieux se connaître au-delà des apparences ? Comment réguler la vie dans le groupe ? Et aussi les formes de pédagogies plus respectueuses des besoins de l’enfant, qui lui permettent de garder son goût naturel pour apprendre.
Cette année nous avons organisé un premier stage sur les cercles restauratifs, qui permet de proposer une alternative au système punitif.
Nous lançons aussi une formation spécifique pour les chefs d’établissement, permettant de découvrir la CNV et les projets possibles dans les établissements pour favoriser une qualité de climat scolaire, par la prise en compte des besoins de chacun.

Y a-t-il des projets en cours avec l’Éducation Nationale ?
 
En septembre 2011, nous avons répondu à un appel à projet sur la prévention du harcèlement à l’école. Notre projet "Développer le bien vivre ensemble par la CNV pour prévenir le harcèlement" a été retenu ! Cela nous permet de mener une expérience, pendant deux ans, dans dix établissements scolaires dans le Loir-et-Cher.

Notre démarche passe d’abord par la formation des personnels des écoles, pour qu’ils aient les connaissances et les outils nécessaires pour développer le bien vivre ensemble, déjà entre eux, puis avec les élèves. L’ambiance parmi les adultes a en effet un impact sur l’ambiance parmi les élèves, et le comportement des adultes dans la relation avec les enfants a des répercussions sur la manière d’être des enfants ensuite entre eux. Et il nous semble important que les adultes puissent être modélisants par leur manière d’être dans les relations et de gérer les conflits, pour pouvoir le transmettre ensuite aux enfants. Le projet inclut aussi des ateliers pour les parents, car ce que l’enfant vit à la maison a des répercussions sur son comportement à l’école.

Nous intervenons dans les établissements qui nous sollicitent. De plus en plus d’établissements démarrent des projets avec la CNV. Un projet de médiation par les pairs avec la CNV vient de recevoir le prix du public aux journées de l’Innovation de l’Education Nationale.

Quel serait ton message aux personnels éducatifs et aux parents ?

Notre comportement au quotidien a un impact important sur l’épanouissement des enfants et ce sont eux qui vont former la société de demain. Nous avons tous de magnifiques intentions pour eux. Interrogeons-nous si nous les incarnons vraiment dans nos pratiques quotidiennes. Mettons-nous régulièrement à la place de l’enfant : si j’étais enfant, comment aimerais-je que l’adulte agisse avec moi dans cette situation ?
Je suis bien sûr passionnée par la CNV, et touchée quand les personnes qui découvrent la CNV témoignent du bien que ça leur fait, à elles et à ceux qui les entourent, et quand je vois le visage d’un enfant se transformer en fonction de la manière dont on lui parle. Donc, je ne peux qu’avoir l’envie d’inviter chacun à découvrir ce qu’elle apporte pour la relation avec les enfants, et aussi avec les autres et avec soi même !

As-tu un message particulier à faire passer aux enfants ?


Une chose que j’aurais aimé entendre étant enfant : c’est que chaque enfant est unique, merveilleux et plein de talents. Quand les adultes nous jugent et nous disent des mots qui nous blessent, c’est parce qu'ils n’ont pas appris à exprimer leur contrariété autrement. Et donc savoir entendre leur contrariété, sans prendre les paroles pour soi-même.

Merci Catherine !


Quelques liens pour en savoir plus :

- Des formations dans l'éducation, sur le site Colibris

- Site des formateurs et formatrices en CNV : www.cnvformations.fr

- Les formations CNV et éducation, sur le wiki de la CNV

L'espace "Ressources éducation" sur le même wiki de la CNV

- La fiche pratique "Pratiquer la Communication NonViolente dans un groupe", sur le site Colibris

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