Histoire de colibri : Jérôme, coordinateur du groupe local Paris

Jérome est coordinateur du groupe local Paris, après avoir été longtemps bénévole à l’association Colibris. Il nous livre ici son histoire, du pétrole à la sobriété heureuse.
(Propos recueillis par Cynthia Petit)

Comment as-tu connu le mouvement Colibris ?
En décembre 2009, j'ai lu un article sur Agoravox à propos de Pierre Rabhi. L’article évoquait la notion de “sobriété heureuse” et mentionnait Colibris : cela a tout de suite éveillé ma curiosité. J'ai donc visité le site du mouvement et me suis senti complètement en accord. J'ai été enthousiasmé par l'approche “intégrative” de Colibris, qui aborde les diverses facettes fondamentales d'une société : la souveraineté alimentaire, l’énergie, l’éducation, la gouvernance, l’économie et l’environnement. En outre, j'ai été conquis par la façon dont cette approche concrète - “chacun fait sa part” - s'inscrit dans une perspective spirituelle et un sens du sacré que je partage. J'y ai vraiment trouvé une source d'inspiration pour me mettre en action et contrer les nombreux dysfonctionnements de notre société, dont je venais de prendre conscience. J'ai immédiatement adhéré en signant la Charte pour la Terre et l’Humanisme et en faisant un don régulier.
 
L’aventure s’est poursuivie début 2010 à l’occasion de la sortie du film “Solutions locales pour un désordre global” de Coline Serreau. Colibris, qui était co-producteur, recherchait des bénévoles pour effectuer du travail de modération face à la recrudescence de signalements sur la Carte “Des acteurs près de chez vous” (NDLR : toute personne peut signaler sur la carte des producteurs bio, des commerces, des écoles alternatives... Les demandes sont ensuite validées et éventuellement réécrites). J'ai alors participé à un week-end de formation et j'ai particulièrement apprécié l'ambiance qui alliait efficacité et convivialité !
 
Fin 2012, l’idée de créer un groupe local sur Paris a naturellement émergé. Deux réunions ont été organisées par Marianne pour amorcer la dynamique. Au cours de la seconde, neuf personnes se sont proposées pour animer ce groupe, dont je faisais partie. Ce projet de création d’un groupe était une nouvelle expérience, on partait de rien ! L'équipe de pilotage réunissait des colibris de longue date et des nouveaux arrivants. Cela n'a pas été évident au départ mais l’aventure a pris une bonne tournure. Et au fur et à mesure, chacun a trouvé sa place.
 
Avant de connaître Colibris, étais-tu déjà sensibilisé aux thématiques écologiques et humanistes ?
 
À différents degrés, cette sensibilité est liée à mon éducation. Elle me vient de mes parents, très humanistes et très respectueux de ma personne, de mes choix, de ma façon de voir. Ils ont toujours été bienveillants tout au long de mon apprentissage, sans cependant manquer de me poser de limites. Avec le recul, je trouve que la plupart de leurs choix à mon égard étaient justes.
 
En revanche, pour eux, l’écologie n’était pas une évidence ! Je dirais que cela est lié à leur époque. Ils ont bien adhéré à la culture consumériste, se faisaient plaisir en s’achetant des biens matériels et profitaient de la commodité de faire les courses dans des grandes surfaces sans s'inquiéter de l'impact possible sur l'environnement. Cependant, un basculement s’est opéré à la fin des années 70, à la suite d'une grave maladie de ma mère. Elle a remis en question sa place dans l’ordre des choses… Ce virage a débuté par un changement d’alimentation vers un retour à une nourriture plus saine tant sur le plan diététique que sur son mode de production.
 
J’ai suivi une formation d’ingénieur. Après mes études, j’ai travaillé pour une multinationale de services pétroliers. À l’époque, je croyais encore que le développement occidental contribuait à l’épanouissement des humains et qu'il s’inscrivait bien dans une perspective humaniste. J'étais loin d'avoir mesuré son impact sur l’environnement. Tout au plus étais-je gêné par les jeux pervers que j'entrevoyais, en particulier les inégalités sociales créées par l'industrie pétrolière. À cet égard, je me suis posé de plus en plus de questions sur le sens de mon travail et de ma trajectoire de vie. En 99, je me suis senti mûr pour lâcher prise et faire une pause. La cagnotte constituée pendant les années antérieures m’a permis de vraiment débrayer.
 
À partir de là ma vie est devenue nettement plus passionnante ! Je me suis accordé du temps pour faire ce qui me plaisait et ce qui avait du sens : temps de contempler, temps de pratiquer la musique (en tant que batteur), temps d'étudier les multiples facettes des sciences cognitives. En 2004, j'ai commencé à enseigner les mathématiques.
 
Quelles sont les actions à l’échelle individuelle et collective que tu mets en place pour contribuer à créer un monde plus écologique et humain ?
 
À l’échelle individuelle, je contribue à créer un monde plus écologique et humain en repensant mon alimentation et mes sources d’approvisionnement.
 
Ainsi, je ne mange presque plus de viande. Je me reconnais dans le terme “flexitarien”, c’est-à-dire que je reste amateur de viande mais que je réserve ma consommation aux moments “sociaux”, comme des repas entre amis, et que j'évite toute viande industrielle. Je reste attaché à ma filiation : mon grand-père était boucher. Il élevait ses bêtes en plein air, dans un climat qui leur permettaient au moins de profiter de la vie, et j'ai un bon souvenir de l'accompagner voir ses vaches. Je ne suis pas insensible à la question éthique que pose leur mise à mort mais j'ai trouvé un équilibre qui me convient. Je n'ai pas envie de faire le difficile lors d'un repas en famille et j'avoue que j’apprécie un bon steak de temps en temps ! En cela j'essaye d'incarner la notion de “sobriété heureuse”.
 
Pour ce qui est des légumes, je suis membre d'une AMAP depuis trois ans. C’est ma source principale d’approvisionnement en produits non transformés. Dans le même temps, j'ai réduit drastiquement mes achats dans les grandes surfaces, qui ne représentent plus qu'une part dérisoire de mon budget. Je m'y approvisionne en vinaigre blanc, bicarbonate de soude, mouchoirs en papier…
 
Je pense avoir un mode de vie assez sobre, je ne suis pas un grand matérialiste. En général, j’aime que les choses durent donc je les répare autant que possible. Les biens les plus gros que je possèdent sont ma batterie et mon ordinateur. Ce dernier, par exemple, a 9 ans mais reste très opérationnel grâce à un système d’exploitation (Ubuntu, Crunchbang) et des logiciels libres !
 
À l’échelle collective, je privilégie les activités sans but lucratif. Je travaille essentiellement pour l’Éducation Nationale et je suis bénévole dans différentes associations. Outre mes activités avec Colibris, je suis très impliqué dans mon AMAP.
 
Pour conclure, quels seraient tes prochains projets ou prochaines étapes ?
 
Pour l'instant, cela reste très flou ! Mon travail d'enseignant m'amène à m'intéresser de plus en plus aux questions relatives à la motivation des élèves, à la pédagogie et à l'autorité. J'ai encore du mal à trouver ma place dans ce domaine pourtant fondamental.

Par ailleurs, je consacre une part de mon temps à effectuer une veille des innovations technologiques susceptibles de favoriser l'émergence de “l’utopie”, en particulier dans les domaines de l'énergie, de la communication et des transports.
Ceci dit, j'avoue que je suis d'un tempérament qui a du mal à projeter, j’apprécie de naviguer à vue. Je me retrouve tout à fait dans ces mots de Saint-Exupéry dans Citadelle : “Tu es chenille, tu ne conçois pas ce que tu cherches”.


Merci Jérôme !

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Commentaire de Julia le 31 juillet 2014 à 8:17
Un colibris-chenille, Jérôme , tu es donc un drôle d' oiseau ! Faire comme toi des choix , des choix pour soi ,voilà certainement le début d' une société où l' humain se respecte et dans laquelle le respect pourra circuler. Je te souhaite bonne navigation. Julia

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