Histoire de colibri : Laurent lauréat du prix Coal

Laurent Tixador est un artiste qui n’a pas froid aux yeux et qui n’hésite pas à aller vers l’extrême pour expérimenter et réaliser ses projets (traversée de Nantes à Metz à pied et en ligne droite, il fut aussi le premier artiste à parvenir au pôle Nord pour faire flotter parmi les glaciers, un petit iceberg télécommandé !). Il vit et travaille aujourd’hui à Nantes. Amoureux de la nature, cet artiste-architecte souhaite, à travers ses œuvres, apporter une vision plus respectueuse et plus authentique de la notion d’environnement. Ainsi, son travail de création consiste à démontrer que nature et êtres humains peuvent cohabiter sans se nuire.

Le prix Coal Art et Environnement, d’une dotation de 10 000 euros, récompense depuis 2010 le projet d’un artiste touchant à l’écologie. Laurent Tixador en est donc le troisième lauréat. L’objectif est d’inciter les artistes contemporains à s’emparer des grands enjeux sociétaux et environnementaux et de participer à l’émergence d’une nouvelle culture de l’écologie. Le Prix Coal est placé sous le haut patronage du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, et du Centre national des arts plastiques.

Dans le cadre de la nouvelle édition du prix Coal, le thème était l'Adaptation. Pouvez-vous nous expliquer ce projet qui vous a fait lauréat ?

C'est un travail que je mène depuis plusieurs années autour de ce que j'ai appelé des architectures transitoires. C’est un mode de construction qui se dissocie des habitations nomades dont on a l’habitude (yourtes, caravanes, tentes, baraquements etc.) car il n’est pas transporté d’un endroit à un autre par sa population.

L'expérience mise en avant dans ce projet est de concevoir un habitat dans un milieu donné, en ne partant de rien si ce n’est des matériaux naturellement disponibles car offerts par la nature dans ce milieu précis.

Dans ce cas concret, on ne peut compter que sur sa force physique et son ingéniosité. Ces logements fixes ne sont pas destinés à être habités pour une période indéterminée. Ils servent un temps puis sont “rendus” à la nature, d’où ils proviennent. Ainsi chaque création est unique car en totale d’adaptation à un milieu d’accueil; de plus, le respect envers l’environnement est entier.  

Cette démarche demande aussi que l’on puise dans ses connaissances. Chaque nouvelle expérience augmente la capacité  de s'adapter a un nouveau terrain.

Quelles innovations présentent vos Architectures Transitoires en terme de développement durable ?

C’est l’environnement naturel ou non qui définit le style et oblige le corps et l’esprit à s’adapter à ses exigences. Ce projet d’architectures transitoires permet de renouer avec la nature, de l’observer, de communiquer avec elle et surtout de s’y adapter ! Cela me permet  de retrouver une certaine complicité avec mon environnement proche, et de mettre sur le devant de la scène un problème de nos sociétés actuelles : l’homme forge l’environnement selon ses besoins, plus qu’il ne s’y adapte.

L’aspect durable réside dans le fait que cette action est reproductible sans pour autant qu'elle n'impacte le lieu qui a été habité ! Il n’y a pas de stockage de l’œuvre, pas de déchets produits par celle-ci car elle fait partie intégrante du milieu dans lequel elle a été conçue ! C’est une forme d'art qui a une utilité immédiate ! L’œuvre reste visible jusqu’à ce que la nature reprenne ses droits.

Quelles sont les prochaines étapes de ce projet, comment voyez vous la suite de cette aventure ?

Continuer à explorer d’autres milieux, concevoir d’autres formes d’habitations. En ce moment je travaille sur l’installation d’un atelier de mécanique dans les ronces du parc naturel de la Garenne-Lemot à Clisson.

En même temps, je me prépare au projet Milieux, qui rassemblera douze artistes du 26 mai au 30 septembre prochains au domaine de Chamarande, véritable patrimoine culturel de l’Essonne, qui accueille des expositions artistiques toute l’année.

L’exposition aura pour but l’immersion des artistes dans le site de Chamarande. Pour ma part j'envisage de construire un pont. Cette fois-ci l'expérience que je mènerai sera de ne pas avoir d'outillage pour cette réalisation. Je vais commencer par choisir une pierre puis la polir pour obtenir un tranchant. Avec cette pierre je pourrai ensuite couper une branche afin de l'emmancher pour obtenir une hache. A partir de ce premier geste, tout devient possible. J’ai également en tête de construire un barrage pour obtenir une puissance hydraulique suffisante pour actionner une roue. Elle permettra d'actionner une perceuse fabriquée sur place pour assembler les différents éléments du pont avec des chevilles.

Comment associez-vous votre démarche artistique avec l’écologie ?

L’artiste se doit d’être attentif aux matériaux qu’il utilise et au milieu qu’il choisit pour bâtir son œuvre et la réaliser. Pour cela, il faut pouvoir s’approprier un milieu; pas dans le sens “devenir maître” de celui-ci, mais plutôt s’en inspirer, cohabiter avec lui. Traiter un milieu et des matériaux avec respect, c’est être en véritable harmonie avec sa créativité et le fruit de celle-ci : l’œuvre finale.

Chaque œuvre a son discours propre, ce dernier vit et évolue d’œuvre en œuvre. Voici, ici, la notion du durable : la réflexion s’adapte à l’œuvre, celle-ci est éphémère mais ce qu’elle communique reste fort et s’imprègne dans les esprits. En tant qu’artiste, il est important de pouvoir apporter un regard singulier et innovant sur la manière de penser, d’habiter et de partager des espaces naturels et culturels. Grâce à ce genre de démarche, j’offre aux visiteurs l’occasion de percevoir toute la vitalité naturelle qu’offre un milieu donné.

Que pensez-vous des colibris ?

De par ma vie, mes œuvres, mon parcours, mes diverses expéditions ou mes messages, je me sens complètement en accord avec les valeurs portées par les colibris. Moi aussi je souhaite une transition de société ! En tant qu’artiste, le “faire sa part” est vraiment en lien avec mon travail, car je souhaite partagé mon expérience. La créativité permet de transmettre un message, de toucher les gens autrement, et peut réellement être un moteur de changement ! Avec mes architectures transitoires, je suis artiste mais aussi acteur de changement.

(Propos recueillis auprès de Laurent Tixador).

Pour plus d’informations : www.laurenttixador.com
Présentation des œuvres de Laurent Tixador : ici
Plus d'informations sur Coal (coalition pour l’art et le développement durable) : www.projetcoal.org

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