"Mordue de viande, l'Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja." C'est ainsi qu'est titré un rapport de Greenpeace France publié ce mardi 11 juin !

Sur 48 pages, l'association qui lutte pour la protection de l'environnement explique comment l'Europe, à cause de sa "surconsommation" de produits d'origine animale, provoque la déforestation de certaines régions d'Amérique du Sud. Et ce en important du massivement soja, OGM qui plus est, pour nourrir ses bêtes. 

"Le système d’élevage intensif et la surconsommation de viande, d’œufs et de produits laitiers au sein de l’Union européenne nous a conduits à une situation destructrice pour le climat et la biodiversité", résume Cécile Leuba, chargée de campagne Forêts de l'ONG. Car importer toujours plus est devenu inéluctable pour nourrir les millions de poulets, poules pondeuses, cochons et autres vaches laitières présents sur notre continent, dont la base de la ration quotidienne n'est autre que le soja.

Dans son rapport, l'ONG donne un exemple des plus parlants : selon ses calculs, pour produire 100 grammes de poulet, 109 grammes de soja sont nécessaires. "Aberrant !", écrit Cécile Leuba, alors que l'essor de l'élevage industriel pourrait bien entraîner une augmentation parallèle de la demande mondiale en soja. Une demande qui explose déjà depuis 20 ans. À tel point que l'Union européenne fait aujourd'hui figure de deuxième importateur mondial, avec quelque 33 millions de tonnes de soja importées en moyenne chaque année, dont 87% sont destinés à l’alimentation animale - près de la moitié pour la volaille.

Premier problème soulevé par Greenpeace France : ces millions de tonnes de soja qui s'écoulent dans nos pays sont produites en Amérique du sud. Une région où l'agriculture se fait à grands renforts d’OGM et de pesticides, dont certains sont d’ailleurs interdits en Europe. De quoi pousser la chargée de la campagne Forêts à "dénoncer le deux poids et deux mesures" de l'UE qui prohibe ces produits sur son sol tout en autorisant leur importation. Outre cette hypocrisie, l'ONG veut "montrer aux Européens" que derrière leurs habitudes alimentaires se cache la déforestation. Sur place en effet, les agriculteurs n'hésitent pas à déboiser les terres afin d'y cultiver la précieuse plante. Et donc à détruire des écosystèmes. Le constat est sans appel : des zones entières subissent les dommages collatéraux de notre surconsommation.

Deux zones sont particulièrement touchées : le Gran Chaco et le Cerrado. Moins connues, la première est la plus grande forêt sèche d’Amérique latine quand la deuxième désigne un territoire brésilien fait de savanes et de forêts, qui a déjà perdu 88 millions d’hectares de végétation. À titre de comparaison, c'est l'équivalent de la taille du Venezuela. Ironie de l'histoire, les deux régions ont vu leur (sur)exploitation s'accélérer à la défaveur d'une mesure pourtant pro-environnement.

Et pour cause : en 2006, un moratoire visant à protéger l'Amazonie brésilienne a exclu tous les fournisseurs déboisant des parcelles pour la culture du soja, lesquels se sont rabattus sur d'autres lieux, délocalisant la déforestation sans l'arrêter. Car si le code forestier brésilien de 2012 oblige désormais toute propriété agricole amazonienne à conserver 80% de sa végétation initiale, cette "réserve légale" descend à 20% pour ce qui est du Cerrado. Insuffisant cependant pour le sénateur Flavio Bolsonaro, fils aîné de l'actuel président Jair Bolsonaro. Comme son père, qui place le bétail avant l’écologie, ce proche du lobby agricole entend faire supprimer cette obligation de réserve légale.

Faut-il dès lors rapatrier la production de la plante directement en Europe, où les normes environnementales sont plus strictes ? Impossible, répond Greenpeace. Rien qu'en France, 11.980 km² supplémentaires seraient nécessaires pour produire les 3,5 millions de tonnes de soja importées chaque année (dont 2 millions du Brésil), soit la quasi totalité des terres agricoles du Morbihan, des Côtes d'Armor et du Finistère réunis. Mais comment enrayer le phénomène ? L'ONG ne voit plus qu'une solution : une "transformation du système d'élevage", notamment par la réduction du recours aux protéines animales.

Mais aussi par un changement des habitudes de chacun au quotidien : "En Europe de l'ouest, où la consommation de viande et produits laitiers est quasiment deux fois supérieure à la moyenne mondiale, il faudrait réduire cette consommation d'environ 80% d'ici à 2050."

LCI

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Commentaire de JF@ le 13 juin 2019 à 6:13
Commentaire de JF@ le 13 juin 2019 à 6:13

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