On a plus parlé de Rafale et d’EPR que de panneaux solaires !

L’Alliance solaire internationale, dont le siège a été inauguré ce lundi à New Delhi en présence de François Hollande, est-elle un cache-sexe pour les centrales à charbon, toujours plus nombreuses, et le projet très contesté de construire la plus grande centrale nucléaire du monde près de Bombay ? La journaliste Bénédicte Manier, auteur de Made in India, Le laboratoire écologique de la planète (éd. Premier Parallèle), distingue la politique du gouvernement tournée vers l’énergie à tout prix et le dynamisme de la société civile qui touve des solutions écologiques aux problèmes du quotidien.

Avec sa forte croissance économique et ses niveaux de pollution record, on a du mal à croire à une Inde « écolo ». Est-ce un leurre ?

Il faut distinguer la politique du gouvernement de ce que fait la société civile. L’Inde est un pays qui se développe de manière accélérée, elle a réalisé sur 3 décennies ce qui a pris deux siècles en Occident. Elle a donc un énorme besoin d’électricité qu’elle essaye de pallier par tous les moyens possibles. Il y a plus de 5.000 grands barrages hydroélectriques dans le pays, avec ce que ça implique en termes de déforestation, et l’Inde produit plus de 60% de son électricité avec des centrales à charbon très polluantes. Il est même prévu de doubler la production de charbon d’ici 5 ans en ouvrant une mine chaque mois. La consommation de pétrole explose aussi avec les générateurs diesel utilisés pour pallier aux coupures d’électricité et le développement des transports. Mais parallèlement à ce rush sur les énergies fossiles, l’Inde mise aussi beaucoup sur les énergies renouvelables : chaque année, elle ajoute 1 gigawatt de capacité solaire, ce qui est supérieur aux investissements américains dans cette énergie par exemple, et s’engage aussi dans l’éolien terrestre et offshore.

L’Inde veut aussi des réacteurs nucléaires, puisqu’Areva est en négociation pour construire une centrale près de Bombay

Ce serait en effet la plus grande centrale nucléaire au monde avec six réacteurs EPR, mais ce projet fait face à beaucoup de contestation car il oblige à des expropriations. Des terres agricoles devraient être confisquées, il y a aura de la déforestation. Il ne faut pas oublier que ce projet concerne une zone immense de 1.000 hectares, qui plus est une zone côtière où la pêche pourrait être aussi menacée. Et surtout, c’est une zone sismique, donc les écologistes indiens disent que c’est très risqué. Mais l’Inde ne pas se passer de nucléaire à l’heure actuelle si elle veut produire l’électricité dont elle a besoin.

La croissance économique reste donc la priorité du gouvernement, même au mépris de l’environnement ?

En arrivant au pouvoir, le gouvernement a prévenu que l’écologie passerait après les besoins industriels du pays et a donné son feu vert à de nombreux projets industriels dont certains étaient gelés pour des raisons environnementales. L’inde a une croissance économique de 7% par an mais cette croissance créé assez peu d’emplois alors que un million de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. Le gouvernement veut donc développer son industrie pour créer des emplois stables.

Vous notez toutefois un rebond écologique du côté des citoyens ?

La société civile prend des initiatives pour pallier les carences écologiques des politiques gouvernementales. Il faut dire qu’il y a urgence en termes de pollution de l’eau et des écosystèmes, de reboisement, puisque l’Inde perd 138 hectares de forêt par jour, de grignotage des terres agricoles par l’expansion des villes. Donc les citoyens réagissent en faisant de la résistance face à des projets d’implantation comme celui de centrale nucléaire, mais aussi en trouvant des solutions positives à des problèmes qu’on pensait insurmontables.

Par exemple ?

Dans le nord du pays, le district d’Alwar est passé de l’état de désert à une région agricole prospère car les habitants ont décidé de recueillir systématiquement l’eau de pluie par un système de canaux et de barrages. Trois mois de mousson ont suffit à renflouer les nappes phréatiques qui étaient quasiment vides, à faire rejaillir des rivières disparues, à irriguer les champs et à reboiser. Des formes d’agriculture respectueuses de l’environnement ont permis de régénérer des écosystèmes et de sauver de la faim des milliers de personnes. Des entrepreneurs sociaux ont aussi trouvé des solutions locales pour purifier l’eau, c’est crucial en Inde où 80% des eaux de surface sont polluées, d’autres ont développé des systèmes solaires pour alimenter les villages en électricité avec des équipements peu coûteux. La société civile et les 3 millions d’ONG indiennes montrent un dynamisme encourageant.

Chauvet

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Commentaire de JF@ le 27 janvier 2016 à 8:23

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