Le wombat, un petit marsupial australien, a une particularité étonnante : il fait des crottes cubiques. Une équipe de biomécaniciens s'est penchée sur ses intestins pour élucider ce mystère !

«J'étudie les fluides à l'intérieur du corps animal, dont le sang, la nourriture transformée et l'urine», explique Patricia Yang, chercheuse en ingénierie mécanique au Georgia Institute of Technology. La nourriture transformée, dites-vous ? À l'intérieur du corps ? C'est bien cela : Patricia Yang est spécialiste du caca. Forme des fèces, hydrodynamique de la défécation, durée de l'émission d'urine selon le poids corporel. La scientifique est de toutes les publications à succès tournant autour de nos basses fonctions, ce qui lui a déjà valu un IgNobel en 2015 pour avoir expliqué que les mammifères vidaient leur vessie en 21 secondes en moyenne (les IgNobel récompensent des travaux «qui font rire d'abord, puis réfléchir»: nous sommes bien dans le thème). Ce dimanche, elle présentait lors du 71e Congrès de la Société américaine de physique, qui se déroulait à Atlanta, des travaux au titre explicite: «Comment les wombats font-ils caca en cube ?».

Ce marsupial australien, qui ressemble à un petit ourson, a en effet une particularité qui le rend unique dans le règne animal: il fait des crottes en forme de cubes. Un design bien utile au vu de ce que l'animal fait de ses étrons: il les empile pour marquer son domaine et communiquer avec ses congénères; plus le tas est haut, mieux le wombat se porte. «Il est donc important que leurs excréments ne roulent pas, et une crotte en forme de cube résout ce problème», notent les auteurs.

Mais cela ne répondait pas au: «Comment ?». Patricia Yanhg et ses collègues se sont donc rapprochés de Scott Carver, zoologiste à l'Université de Tasmanie, qui leur a fourni les intestins de deux wombats renversés par des véhicules. «Dans les 8 derniers pourcents de l'intestin», explique un communiqué de la Société américaine de physique, les fèces passent d'un état liquide à un état solide, devenant des cubes de 2 cm de côté. «Ce changement de forme est dû aux propriétés élastiques de la paroi intestinale. En vidant l'intestin et en le gonflant avec un long ballon, nous avons constaté que la déformation locale varie de 20 % aux coins du cube à 75 % à ses bords», expliquent les auteurs dans l'abstract de leur présentation. En clair, la paroi de l'intestin ne s'étire pas de manière uniforme, ce qui permet la formation de cubes. Les faces du cube correspondent aux endroits où les parois sont le plus rigides, les arrêtes là où elles sont le plus souples.

Non contents d'expliquer cela, les chercheurs vont plus loin : «Nous ne disposons que de deux méthodes pour fabriquer des cubes, explique la chercheuse : nous les moulons, ou nous les découpons.» Les boyaux du wombat, espèrent les chercheurs, recèlent peut-être une troisième voie de fabrication de cubes. Si les cubes sont peu présents dans la nature, ils sont en revanche très couramment utilisés par l'homme qui, comme le wombat, aime empiler des choses. Que ce soit pour construire des trucs (des pyramides par exemple) ou pour les ranger (pensez à une boîte de sucre en morceaux).

Le 13 novembre, dans la revue Nature sustainability, la même équipe et un chercheur du Center for Disease Control and Prevention (situé à Atlanta) livraient une «estimation de la biomasse fécale humaine et animale récupérable à l'échelle mondiale». Conclusions : en 2014, la masse totale des fèces était de 3,9 milliards de tonnes par an, augmentant de plus de 52 millions de tonnes chaque année depuis 2003. Wombat inclus.

ROY

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Commentaire de JF@ le 21 novembre 2018 à 6:16
Commentaire de JF@ le 21 novembre 2018 à 6:13

JF@

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