Le vilain méchant « développement durable »

 

Le vilain méchant « développement durable »

 

Dans les milieux écologistes, il devient de bon ton, presque à la mode, de tirer à boulet rouge sur le développement durable. Le terme très prisé pour le discréditer est « oxymore ». Ce mystérieux terme désigne une expression qui dit une chose et son contraire. A l’instar d’une obscure clarté ou d’un silence éloquent, le développement durable est-il vraiment le contre-sens que certains prétendent qu’il est. Selon eux, durer et se développer ne seraient pas compatible.

 

Le discrédit en question n’est pourtant pas totalement dénué de fondement. Il est clair que la société d’hyperconsommation a flairé « la bonne affaire ». Les hypermarchands ont bien senti le vent tourner. Ils ont compris que pour pouvoir vendre et polluer plus longtemps, il allait falloir superficiellement reverdir les emballages. Certes, le greenwashing bat son plein. Pourquoi ? A cause du « développement » d’une conscience écologique ? Grâce à lui, oui ! Ce développement mérite-t-il de durer ? Oui ! Faut-il le stopper au plus tôt ? Non !

 

Jeter le bébé avec l’eau du bain, voilà une expression barbare qui exprime assez bien une étape intermédiaire sur un chemin de conscience. C’est en partie l’orgueil qui pousse à étaler fièrement une compréhension sommaire d’un phénomène qui nécessiterait pourtant du temps pour en saisir la complexité. Ce mécanisme de rejet primaire pousse à condamner l’usage à cause du mésusage. Si un crime a été commis à l’aide d’une arme blanche, doit-on interdire l’usage des couteaux ? Faut-il bannir le langage parce que certains mots sont blessants ?

 

Les petits malins du marketing et les grands escrocs du capitalisme ont presque réussi à s’approprier l’expression incriminée maintenant. Au nom de quoi devrait-on leur laisser le monopole du développement durable ? Que les greenwashers l’aient dévoyé, qu’ils l’aient vidé de son sens premier n’est pas surprenant. Leur névrose d’accumulation ne peut que les pousser à s’approprier ce qui appartient à tous. Ils ont fait main basse sur les sols, les semences, la faune, les forêts, l’eau… et tant d’autres ressources naturelles exploitées à un rythme où elles ne peuvent pas se renouveler, à l’échelle du temps humain. Allons-nous laisser les dévots de la Croissance nous voler le « développement durable » sous prétexte qu’ils repeignent en vert toutes leurs cochonneries ?

 

Qu’est-ce qui doit se développer, croître ? Rien ? L’agriculture biologique ne mérite-t-elle pas de croître ? La décroissance ne mérite-t-elle pas de se développer ? Dans la négative, le monde sera bientôt un occis mort, à savoir le contraire d’un oxymore : un pléonasme.

 

Les écologistes défendent à juste titre la Nature. Il n’y a pas moins de légitimité à défendre des mots, des concepts, une expression, dans une guerre qui n’est pas que sémantique. Le mot « guerre » vous dérange ? Alors voici un autre oxymore : guerrier pacifique. J’aime les oxymores. Ils choquent les esprits et nous invitent à goûter la complexité des mondes. Sus au simplisme ! Je suis un guerrier pacifique dans le sens ou la non-violence ne saurait se passer du combat. Dans la plus pure tradition gandhienne, je marcherai avec les paysans sans terre en 2012 pour Jan Satyagraha. De même, je marche aujourd’hui avec ma langue. Tel un escargot décroissant, lentement mais sûrement, je bave et je brave les sarcasmes de ceux qui prétendent avec mépris avoir tout compris. Ceux-là mettent au rebut une expression parce qu’il semble plus branché de parler de décroissance ou d’économie soutenable. Indignez-vous, certes ! Mais…

 

Il y a dans la résistance une pulsion potentiellement destructrice. Il appartient à chaque résistant de transcender son penchant belliqueux. Il y a indéniablement une énergie précieuse dans cet élan rebelle mais il faut le nettoyer, l’anoblir pour extraire le diamant de sa gangue. C’est une alchimie personnelle que chacun doit impérativement faire dans le creuset de son âme.

 

Sans ce travail qui rend durable le développement de soi, il y a peu de chance pour que devienne durable le développement du monde.

 

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