UN ÉMERVEILLEMENT PERSONNEL PERMANENT DE L’ENFANCE À AUJOURD’HUI

Reprenant le titre d’un chapitre du « Manifeste pour la terre et l’humanisme » (p56) de Pierre Rabhi, je poursuis ma lecture de Gaston Bachelard « Poétique de la rêverie » (1960)

« Dès qu’un enfant a atteint « l’âge de raison », dès qu’il perd son droit absolu à imaginer le monde, la mère se fait un devoir, comme tous les éducateurs, de lui apprendre à être objectif – objectif à la simple manière où les adultes se croient «objectifs». On le bourre de socialité. On le prépare à sa vie d’homme dans l’idéal des hommes stabilisés. On l’instruit aussi dans l’histoire de sa famille. On lui apprend la plupart des souvenirs de la petite enfance, toute une histoire que l’enfant saura toujours raconter. L’enfance- cette pâte! - est poussée dans la filière pour que l’enfant prenne bien la suite de la vie des autres.

L’enfant entre ainsi dans la zone des conflits familiaux, sociaux, psychologiques. Il devient un homme prématuré. Autant dire que cet homme prématuré est en état d’enfance refoulée.

L’enfant questionné, l’enfant examiné par le psychologue adulte, fort de sa conscience d’animus, ne livre pas sa solitude. La solitude de l’enfant est plus secrète que la solitude de l’homme. C’est souvent tard dans la vie que nous découvrons, en leur profondeur, nos solitudes d’enfant, les solitudes de notre adolescence. C’est dans le dernier quart de la vie qu’on comprend les solitudes du premier quart en répercutant la solitude du vieil âge sur les solitudes oubliées de l’enfance. Seul, très seul, est l’enfant rêveur. Il vit dans le monde de sa rêverie. Sa solitude est moins sociale, moins dressée contre la société, que la solitude de l’homme. L’enfant connaît une rêverie naturelle de solitude, une rêverie qu’il ne faut pas confondre avec celle de l’enfant boudeur. En ses solitudes heureuses, l’enfant rêveur connaît la rêverie cosmique, celle qui nous unit au monde.

A notre avis, c’est dans les souvenirs de cette solitude cosmique que nous devons trouver le noyau d’enfance qui reste au centre de la psyché humaine. C’est là que se nouent au plus près l’imagination et la mémoire. C’est là que l’être de l’enfance noue le réel et l’imaginaire, qu’il vit en toute imagination les images de la réalité. Et toutes ces images de sa solitude cosmique réagissent en profondeur dans l’être de l’enfant ; à l’écart de son être pour les hommes, se crée, sous l’inspiration du monde, un être pour le monde. Voilà l’être de l’enfance cosmique. Les hommes passent, le cosmos reste, un cosmos toujours premier, un cosmos que les plus grands spectacles du monde n’effaceront pas dans tout le cours de la vie. La cosmicité de notre enfance demeure en nous. Elle réapparaît en nos rêveries dans la solitude.

(…) Pour nous aider à pénétrer dans ces limbes de l’antécédent d’être, les rares poètes vont nous apporter des lueurs. Les lueurs ! Lumières sans limites ! "


ACTION 1 sortir de chez soi - marcher jusqu'à un bout de ciel dégagé
ACTION 2 s'arrêter - observer longtemps le ciel - se reposer

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