Jean-Marc Landry, biologiste et éthologue, rêve que deux vieux ennemis deviennent deux frères d’armes : le pastoralisme, méthode d’élevage menacée et le loup, espèce en danger !

En créant la Fondation Jean-Marc Landry qu’il présentera samedi à Montricher, il vient de franchir une nouvelle étape pour réaliser cette ambition. Même si la Suisse n’encourage pas activement le retour du loup, ce dernier est protégé par la Convention de Berne et la Loi sur la chasse (LChP). Il réapparaît progressivement et de façon naturelle depuis 1995. En 2012, une première meute s’est formée dans le canton des Grisons. «Aujourd’hui, on compte une meute dans les Grisons, une meute dans le Valais, une meute dans le Tessin et deux loups dans le canton de Fribourg, rapporte le scientifique, soit une trentaine de loups en Suisse. Trois meutes peuvent produire une quinzaine de jeunes par année.»

Jean-Marc Landry a anticipé les problèmes qui pourraient surgir en lien avec la présence du prédateur. Les activités de la fondation visent à acquérir de nouvelles méthodes de protection des troupeaux afin d’offrir un partage équitable des espaces naturels entre les loups et le pastoralisme. Voilà les cinq moyens qui ont été étudiés :

1) Fixer le grillage au sol 2) Ne pas nourrir le chien de garde à la couchade 3) Le chien doit naître avec le troupeau 4) Les loups ont peur des barrières visuelles 5) Mettre un collier aux moutons qui enverra un stimulus effrayant pour le loup.

Cela fait quatre ans qu’il filme des troupeaux de nuit à l’aide d’une caméra thermique, dans les Alpes-Maritimes et dans le Var, pour y étudier le comportement du loup. Avec les témoignages récoltés auprès des bergers, il a pu déjouer les fausses croyances qui collent à la peau des canidés. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le loup ne saute en général pas par-dessus les enclos. Il s’arrête à la clôture ou passe par-dessous. Sachant que les loups passent dans les coulées des clôtures Ursus, les chercheurs proposent d’adapter les treillis grillagés en y installant un fil supplémentaire sur le bas du grillage. Autre idée reçue : les loups n’attaquent pas par meute de quinze. Le plus souvent, ils sont seuls ou à deux et ne sont pas dangereux pour l’homme. Le troupeau est plus vulnérable à certains moments de la journée, comme le soir, à la «couchade». Il faut donc éviter de nourrir le chien à ce moment-là car il serait en pleine digestion.

Les aboiements de chien et les marquages de territoire (crottes) ne sont pas suffisants pour éloigner le prédateur. Parfois le comportement du chien est agressif (il court après le loup) et parfois il est tolérant (il le renifle). «Il s’agit de revoir la sélection du chien de protection et de repenser son éducation», explique le biologiste. Il faut par exemple que le chien soit né avec le troupeau pour qu’il ressente de l’attachement à son égard. Les trois premiers mois, il doit vivre dans un milieu riche, pour que son cerveau soit stimulé (passage des promeneurs, vélos, radio, bâton de marche…). «Dans les troupeaux que nous étudions, nous réfléchissons également à la construction des groupes de protection. Faut-il mixer les races de chiens ? Le sujet est à l’étude pour le moment», ajoute-t-il. «Nous avons déjà été contactés par les Australiens et les Sud-Africains qui sont très intéressés.»

La Fondation Jean-Marc Landry étudie aussi des méthodes d’effarouchement des loups. Il s’agit d’une étude nocturne pour observer la réaction des loups face aux clôtures traditionnelles ou à de nouveaux effarouchements com­me les Turbo Fladry: fils électriques sur lesquels sont fixés des rubans colorés. Ce procédé de dissuasion est une technique de chasse polonaise des années 1500, qui offre de bons résultat s: une solution pour des petits troupeaux qui n’ont pas de chien car les loups ont peur des barrières visuelles. Jean-Marc Landry teste de nouvelles techniques de protection comme le collier répulsif. Ce dernier permet de mesurer l’état de stress de la brebis et d’envoyer un stimulus effrayant au loup pour lui apprendre à se méfier du bétail. Le scientifique ne veut pas encore révéler son invention, mais il assure que le système sera bon marché pour que les éleveurs puissent s’en fournir à moindre coût.

«Nous avons déjà été contactés par les Australiens et les Sud-Africains qui sont très intéressés. Notre fondation sera présente à l’international.»

TDG

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Commentaire de JF@ le 12 octobre 2016 à 7:26
Commentaire de JF@ le 12 octobre 2016 à 7:25

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