Au siège pour l’Europe et le Moyen-Orient de Monsanto, à Morges, l’ambiance est décontractée en cette fin juin. Loin des vives tensions qui ont secoué le site, en mai dernier, lors de la traditionnelle «Marche contre Monsanto», quand la police tenait la foule à distance, derrière des barrières en métal !

Le temps d’un après-midi, le siège vaudois du géant mondial des semences et des biotechnologies agricoles, racheté l’an dernier par le chimiste Bayer pour 59 milliards d’euros, nous a ouvert ses portes. L’occasion de découvrir de l’intérieur l’une des multinationales les plus controversées du monde, à la réputation particulièrement sulfureuse et au monopole critiqué.

Premier constat : à Morges, ni labo ni champs «tests», Monsanto ne possède que des bureaux. Le bâtiment renferme un siège administratif. Cadrée et visiblement bien préparée, la séance de présentation a lieu dans le bureau de la présidente de Monsanto pour l’Europe et le Moyen-Orient, Leticia Gonçalves. Employée de Monsanto depuis 22 ans, elle dirige 3500 personnes, dont les 80 collaborateurs du site morgien, depuis trois ans. Pour l’occasion, elle est accompagnée de Brian Carroll, l’un des responsables communication de Monsanto Europe, venu tout exprès de Bruxelles. La première partie de la conversation se veut une présentation générale de l’entreprise. On y apprend que le géant aux 20'000 employés, présent dans une soixantaine de pays, dépense plus de 6 millions de dollars par jour (!) en recherche et développement. Et que la zone que dirige Leticia Gonçalves représente plus de 12% du chiffre d’affaires 2016 de Monsanto (13,5 milliards de dollars).

Enchaînant sur les futurs grands défis aux airs de quadrature du cercle du mastodonte - comment nourrir une population qui augmente quand les terres cultivables se réduisent comme peau de chagrin, le tout en réduisant ses émissions de CO2 -, Leticia Gonçalves en arrive ensuite plus précisément aux activités du géant américain en Europe. Et prévient d’emblée : sur le Vieux-Continent «les OGM ne sont pas une priorité, cela coûterait trop cher et serait assez compliqué à mettre en œuvre administrativement, reconnaît-elle. C’est dommage, car ils ont fait leurs preuves, aux Etats-Unis ou au Brésil notamment. Mais, pour l’Europe, nous avons d’autres solutions, innovantes et durables.»

La responsable en citera trois. La première vise une utilisation minimum intelligente de l’eau au travers d’outils numériques pour de meilleurs résultats dans la culture du maïs. En partenariat avec l’Université de Milan, elle sera lancée dans six pays d’Europe ces deux prochaines années. Les deux autres se veulent, elles aussi, durables. L’opération de communication est bien huilée, la présentation est claire, les chiffres précis et les arguments convaincants. Pour autant, la question brûle les lèvres: «Pourquoi Monsanto traîne-t-elle donc une si mauvaise réputation ?» Au rictus de Leticia Gonçalves, on comprend que la question revient souvent.

Le tristement célèbre agent orange ne sera pas mentionné, la présidente préférant articuler sa réponse autour de la question sensible des OGM. «On entre dans l’assiette des gens. Or tout ce qui est génétiquement modifié fait peur, a fortiori lorsque l’on ne connaît pas. Mais nous sommes parfaitement conscients des réactions très émotionnelles que la question suscite et nous travaillons à modifier cette perception», explique Leticia Gonçalves, qui se veut rassurante. «Il y a beaucoup de rumeurs et de fantasmes autour de nos activités, mais qui ne reposent sur rien de tangible. Aucune étude scientifique ne qualifie nos produits de dangereux. Prétendre le contraire me fait mal.» Brian Carroll approuve, anecdote à la clé. «La carotte n’est pas orange naturellement. Elle ne l’est qu’après des croisements faits au XVIe siècle en Hollande pour faire plaisir à la famille royale. Et personne n’en fait grand cas.»

L’argument de non-dangerosité pour la santé revient lorsque tombe la question de l’herbicide controversé RoundUp et le glyphosate. «Après l’avoir étudié en détail, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) assure que le produit n’est pas cancérigène et toutes nos études de toxicité arrivent aux mêmes conclusions. L’unique étude qui conclut que le produit est cancérigène a délibérément choisi d’ignorer tous les documents qui disent le contraire.»

TDG

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Commentaire de JF@ le 26 juin 2017 à 6:47
Commentaire de JF@ le 26 juin 2017 à 6:43

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