Le monde est-il devenu fou ? La vie nous semble dure, injuste. Nous nous enfermons. Nous nous accrochons aux privilèges qui nous restent. Nous nous méfions des autres. Nous nous défendons. Nous nous battons. Mâchoires serrées, fronts plissés, muscles tendus. Nos corps nous en disent long. Nous souffrons. Et nous avons de bonnes raisons. Dans ce monde d’aliénation où tout est opposition, concurrence, combat, dans lequel nous nous sommes coupés de nos semblables, de notre terre-mère et de nos re-pères, nous nous sentons de plus en plus seuls, déchirés et impuissants. 
Notre besoin de (re)confort et de sécurité nous amène à conclure toutes sortes de contrats pour assurer nos biens et nos vies. Mais malgré les sommes astronomiques que nous investissons pour nous sentir un peu plus rassurés, nous sommes de plus en plus inquiets, angoissés, anxieux, déprimés. Nous avons peur de perdre, peur de souffrir, peur d’être seul, peur de tomber malade, peur du chômage, peur de la mort. Nous n’en parlons pas lors de nos rencontres mondaines ou dans nos temples de divertissement. Nous prenons soin de ne pas nous gâcher les plaisirs qui nous restent et sommes prêts à rémunérer abondamment tous ces spécialistes de la peur quand ils nous vendent quelques îlots d’insouciance dans un océan houleux : assureurs, banquiers, industriels, fabricants de gadgets. Quand nous ouvrons les yeux dans nos centres commerciaux ou lors des plages de publicité, nous savons à qui profite notre mal-être. En se laissant prendre par la peur, chacun de nous contribue à garder intact un système qui oppose les ‘nous’ aux autres et qui scinde le monde en deux, trois, …. une infinitude de miettes, toutes séparées les unes des autres, et toutes menacées de disparaître dans une hostilité généralisée. 
L’éparpillement actuel pousse notre espèce à l’autodestruction et la planète aux bords du supportable. Le système que nous avons mis en place ne marche pas car il profite seulement à quelques uns et saigne le reste. Mais nous ne voulons pas de cette réalité et souvent nous montrons du doigt ceux qui la dénoncent. Ne voyons-nous pas que ce que nous repoussons, ce que nous ne voulons pas admettre, nous saute finalement à la figure ? Après avoir profité pendant si longtemps de nos marchés d’exploitation, qui peut encore s’étonner que ces mêmes marchés se retournent à la fin contre nous ? Quand une société a pour seul objectif la croissance économique, quand elle ne sait pas transmettre des valeurs humaines, de partage, quand elle ne donne pas de perspective à sa jeunesse - quoi de surprenant si cette jeunesse en quête de sens cherche ses valeurs ailleurs ? 
Non, ce ne sont pas les autres. Nous sommes tous mis à contribution. Chacun de nous. Nous ne pouvons plus nous cacher derrière les politiques, les étrangers, les puissants, les circonstances sans dévoiler notre propre ignorance. Le plus nous refusons de voir, le plus nous résistons à ce qui est, le plus nous souffrons. Une énergie qui ne circule pas crée des blocages – et ça fait mal. En nous coupant de ce qui nous entoure, en laissant l’autre dehors, en construisant des barrières entre lui et nous, nous interrompons le flux des énergies relationnelles et créons ainsi le mal-être de notre civilisation. Nos corps malades en témoignent. Et si nous écoutions ce qu’ils nous disent ? Si nous prenions enfin au sérieux leurs messages ? Si nous commencions à donner un autre sens à notre existence ? Quand est-ce que nous allons comprendre que le problème, ce n’est pas l’autre mais nous ?! Il ne s’agit pas de chercher un coupable et de nous accuser nous-mêmes au lieu d’accuser les autres, mais de chercher les solutions pour nos problèmes en nous – et non pas en-dehors de nous. 
Quand nous jetons la faute sur quelqu’un d’autre ou sur quelque chose d’extérieur à nous, nous nous rendons impuissants et nous coupons de la possibilité de résoudre le problème. Nous perdons avec notre pouvoir et notre dignité notre humanité, le potentiel qui nous différencie de toutes les autres espèces sur cette terre : la possibilité d’accepter ou de refuser, de dire oui ou non à ce qui arrive – et d’agir en fonction de notre décision. Nous avons toujours le choix. Nous pouvons toujours nous demander où nous nous situons et à quoi nous contribuons : à la séparation ou à l’union, à la guerre ou à la paix ? Soyons conscients qu’au moment où nous crachons à la figure de l’autre, indépendamment de ce qu’il a fait, nous créons de la violence qui créera de la violence. C’est seulement à partir du moment où nous levons la tête pour voir l’humanité de l’autre que les choses peuvent commencer à s’apaiser. 
L’heure n’est plus au combat et à l’opposition. Elle est à l’intégration, à l’échange, au partage et à la détente, à la prise de conscience que dans ce monde de plus en plus secoué par la terreur, les épidémies et les catastrophes naturelles, tout est lié. Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes en laissant dehors une partie de ce qui est notre réalité. Nous avons tous contribué à créer notre monde tel qu’il est. Osons le regard : oui, le monde dans lequel je vis porte mon empreinte. Il est le reflet des attitudes à nous tous. Il nous renvoie notre propre déchirement, notre violence, notre désespoir. Il nous montre à quel point nous sommes en guerre contre nous-mêmes, notre manque d’amour. Comment pourrions-nous contribuer à créer de la paix, du respect et de la bienveillance autour de nous si nous ne connaissons pas la paix intérieure ? Cette paix que nous cherchons en vain à l’extérieur commence à l’intérieur de nous. Tant que nous ne comprenons pas cela, d’autres catastrophes vont venir détruire des vies pour nous rappeler que nous sommes tous liés et que le mal que nous projetons sur l’autre est notre propre incapacité à nous accepter dans notre intégralité.
Trouver la paix a toujours été un des plus grands défis de l’Humain. Ce n’est pas s’accrocher à ses convictions, à ce qui a toujours été comme ça, au j’ai raison, au chez nous, on … , aux on fait et on ne fait pas. Trouver la paix ce n’est pas serrer les poings mais ouvrir les mains et poser ses valises. Admettre son désarroi, sa désorientation, son impuissance, sa colère, sa peur, son trouble, sa tristesse, son je ne sais pas, … pour les regarder en témoin, et non pas en victime. Ce vieux jeu du bourreau, de la victime et du sauveur qui ravage la planète depuis bien longtemps se joue encore entre ceux qui se complaisent dans leur propre impuissance ou profitent de celle des autres. Mais beaucoup commencent à comprendre que le monde ne se divise pas en bons et en méchants. Nous sommes tous capables du meilleur et du pire. A chacun de nous de choisir le côté qu’il nourrit. C’est par ce choix que se révèle notre vrai pouvoir : pas celui de voter pour un parti ou un autre, de faire grève ou pas, de manifester ou pas, mais celui de contribuer à créer notre monde à l’image de ce que nous sommes capables de lui donner. 

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