PSYCHOLOGIES - Décembre 2010 - Autour du sapin des Rabhi.




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Décembre 2010

Autour du sapin des Rabhi

http://www.psychologies.com/Planete/Societe/Articles-et-Dossiers/Au...

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Novembre 2010

J'accélère pour tout ralentir !

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Octobre 2010

Existe-t-il une vie avant la mort ?

http://www.psychologies.com/Planete/Eco-attitude/Ecocitoyen/Articles-et-Dossiers/Existe-t-il-une-vie-avant-la-mort

 



Septembre 2010

Je ne suis ni du Nord ni du Sud.

Pierre Rabhi.


Lorsque l’on est, comme moi, composé de deux cultures, du Nord et du Sud (Pierre Rabhi est français d'origine algérienne), on se construit sur des valeurs qui ne sont pas nécessairement convergentes. Vers 42 ans, je me suis beaucoup questionné sur mon identité. Durant des années, mes préoccupations avaient été tournées vers ma ferme. Allais-je réussir à nourrir ma famille ? Devions-nous rester ou nous en aller ? Nous étions absorbés par notre production agricole, jusqu’à ce que nous réussissions enfin à en vivre. C’est à ce moment-là que mes problèmes d’identité m’ont rattrapé.

La crise s’est d’abord manifestée par une grande fatigue. Toutes mes interrogations, notamment sur la religion, me menaient dans l’impasse.
J’ai eu le réflexe, au début, de me raccrocher à l’une ou l’autre de mes cultures. Mais à quoi ? Aux dépens de quoi d’autre ? Plus je cherchais des repères clairs, plus le doute augmentait, et plus cela m’était douloureux.


J’ai alors découvert Krishnamurti (Jiddu Krishnamurti -1895-1986- philosophe et éducateur d’origine indienne, est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Première et Dernière Liberté (Stock, 2010)). Ce philosophe postulait qu’un changement de société ne pouvait advenir sans un changement profond de l’individu, une mutation de son « vieux cerveau conditionné ». Je découvrais que je ne pourrais pas m’en sortir sans me libérer de mes appartenances. J’ai appris à ne plus être ni du Nord ni du Sud, à ne plus me définir par aucune idéologie, aucun parti ou choix confessionnel, qui me mettraient en opposition avec d’autres.
Nous avons la prétention, avec une capacité de penser limitée, d’appréhender le réel de nature infinie. Or nous pouvons tout juste comprendre un fragment de réalité exiguë, souvent différent de celui de nos semblables. Krishnamurti dessine la voie d’un humanisme qui aboutit à reconnaître l’unité absolue du genre humain. Nous ne pourrons aller vers cet universel sans dépasser nos affirmations identitaires, nos divers conditionnements.


Le débat actuel sur le voile me paraît par exemple symptomatique du chemin à parcourir pour établir un vivre-ensemble satisfaisant pour tous. Je suis bien sûr hostile aux confinements imposés aux femmes. La posture laïque, lorsqu’elle transcende les oppositions religieuses, est souhaitable. Mais la politique a bien d’autres choses à faire que de débattre de ces broutilles. Il est temps de cesser de regarder ce qui nous sépare pour trouver une convergence sur ce qui nous unit et qu’aucun humain ne peut nier. Prendre soin de la Terre comme bien commun, universel, indispensable à la vie de chacun sans exception, est une nécessité bien plus urgente et irrévocable pour l’espèce humaine tout entière.

 

Septembre 2010

 

 

 

Je suis amoureux de la terre.

Pierre Rabhi.

 

L’été est pour moi un moment de plénitude. Je cesse de voyager pour être avec les miens, dans notre ferme ardéchoise. Je suis alors dans le rapport à la terre le plus intense. J’entretiens mon jardin, je l’arrose, je m’occupe de mes arbres. Je reprends ma vie de paysan et m’y consacre presque entièrement. Au printemps, la pluie est revenue. J’ai fait mes petits plants sous une serre et ai repris ainsi, doucement, mon idylle.

 

Quand je suis absorbé dans mes tâches, j’ai l’impression d’être né pour cela. Mes engagements actuels me détournent un peu de mon aspiration première. Je m’étais fait, il y a longtemps déjà, une feuille de route très simple : mener une vie de paysan, de la terre et pour la terre, dans la beauté de la nature. Le fait d’intervenir ailleurs dans des projets de développement m’a transformé en petit thérapeute et en avocat de la terre qui essaie de convaincre d’autres de la défendre, d’en prendre soin. Mais je n’aime rien tant que d’être avec elle dans un rapport direct, tactile, charnel. Je suis, avec mon jardin, dans un rapport amoureux qui mêle tout ce que l’on connaît de l’amour : l’envie de donner et de recevoir dans une mutuelle « énergisation », l’attrait pour le mystère insondable de ce qui l’anime.


Plus je travaille la terre et plus je me rends compte qu’il existe un seuil indépassable dans la compréhension de ce qui s’y accomplit. On peut décrire des phénomènes, développer des savoir-faire, mais ce qu’il y a derrière tout cela, ce qui fait qu’une graine germe ou qu’un arbre pousse, que les fleurs arrivent au moment où elles doivent arriver…, cette intelligence fascinante nous est à jamais inaccessible. C’est ce qui nourrit notre esprit. L’incompréhensible devient langage, nous fait entrer dans un songe. S’il ne s’agissait que de produire des denrées alimentaires pour les mettre sur la table, tout cela n’aurait aucun intérêt pour moi. La vie de paysan est ma voie initiatique. De même que nous nous éloignons, en grandissant, de la fusion avec la terre, nous nous éloignons de la fusion avec nous-même, avec notre propre corps. Si nous étions attentifs à lui, nous nous émerveillerions de la même manière devant le miracle qui s’y déroule.

Nous sommes nous-même nature.
J’en fais l’expérience puissante lorsque je suis dans mon jardin, galvanisé par les éléments. Je sens alors que j’habite un espace très large, plus vaste que ma maison et que les limites de mes plantations.
Je sens l’énergie de la terre en attente d’être fécondée, l’énergie des graines qui germent en son sein, appelant les énergies célestes, soleil, lune, étoiles… Tout est en tout. Et, du contact le plus tangible, le plus concret avec le sol, j’accède à l’universel. Je me sens dans une vastitude immense, conscient à la fois de l’insignifiance de mon petit corps perdu dans le cosmos, mais capable, par mon esprit, d’appréhender l’univers.

 

Juillet 2010



 

Mon contentieux avec la modernité.

Pierre Rabhi.

 

 

Je ne partage pas l’idée selon laquelle l’économie de marché a sorti le monde de la précarité. Je suis témoin du contraire. Dans cette oasis du Sud algérien où j’ai grandi, j’ai vu une petite société pastorale bouleversée par l’arrivée de l’industrie houillère. Mon père, qui faisait chanter l’enclume pour entretenir les outils des cultivateurs, a dû fermer son atelier pour s’abîmer dans les entrailles de la terre. Au Nord comme au Sud, des hommes ont été consignés pour faire grossir un capital financier dont ils n’avaient que des miettes. Ils y ont perdu leur liberté, leur dignité, leurs savoir-faire. J’avais 20 ans quand j’ai réalisé que la modernité n’était qu’une vaste imposture. Je n’ai cessé, depuis, de rechercher les moyens d’échapper au salariat, que je considère, à tort ou à raison, comme facteur d’aliénation.

Je n’ai cessé, depuis, de rechercher les moyens d’échapper au salariat, que je considère, à tort ou à raison, comme facteur d’aliénation. C’est ainsi que je suis devenu un « paysan agroécologiste sans frontières ». Depuis trente ans, j’enseigne en Afrique des techniques que j’ai d’abord expérimentées sur notre ferme ardéchoise. Je rencontre des agriculteurs pris dans le traquenard de la mondialisation. Des hommes à qui l’on a dit : « Le gouvernement compte sur vous pour produire des devises avec des denrées exportables. Vous devez cultiver plus d’arachide, de coton, de café. Il vous faut pour cela des engrais, des semences, des pesticides. » Dans un premier temps, on leur en distribue gratuitement. Cadeau empoisonné. Car, à l'évidence, la terre est dopée et la récolte plus abondante.
Impressionné, le paysan retourne à la coopérative. Cette fois, les produits miracles sont en vente, à un prix indexé sur celui du pétrole qui a servi à produire les engrais. « Tu n’as pas d’argent ? On va te les avancer et on les déduira de la vente de ta récolte. »


Le petit paysan sahélien qui cultivait un lopin familial se retrouve alors propulsé par la loi du marché dans la même arène que le gros producteur des plaines américaines ; endetté, puis insolvable. On a ainsi provoqué une misère de masse, bien au-delà de la pauvreté. Le travail que nous faisons au Burkina Faso, au Maroc, au Mali et, depuis peu, au Bénin et en Roumanie, consiste à affranchir les agriculteurs en leur transmettant des savoir-faire écologiques et en réhabilitant leurs pratiques traditionnelles. Pendant des siècles, on a su travailler la terre sans intrants et sans la crise qui affecte aujourd’hui même les pays dits prospères. Je réfléchis à la création d’un module qui s’appellerait « un hectare, une famille, un habitat ». Demain, on ne pourra plus assurer les retraites, les indemnités de chômage. Il faudra réapprendre à vivre avec un potager, un verger, un clapier, un poulailler, une ruche et des petits ruminants. Retrouver une performance qui ne se fonde pas sur une croissance illusoire mais sur la capacité à satisfaire ses besoins avec les moyens les plus simples.

 

Juin 2010


 

 

 



Pierre Rabhi, paysan philosophe pionnier du retour à la terre.

Paysan, philosophe, homme politique, écrivain, Pierre Rabhi a consacré son existence à la lutte contre la désertification et la malnutrition. Son message : remettre la nature et l’humain au cœur de nos préoccupations.

http://www.psychologies.com/Planete/Eco-attitude/Ecocitoyen/Article...

Cultiver son jardin est un acte politique.
par
Pierre Rabhi.
http://www.psychologies.com/Planete/Eco-attitude/Agir/Articles-et-D...


Fermer le robinet ? Nous n'en sommes plus là...
par Pierre Rabhi.

http://www.psychologies.com/Planete/Eco-attitude/Agir/Articles-et-D...

Pierre Rabhi : "Cultiver la terre pour se nourrir, un acte de résistance".

http://www.psychologies.com/Planete/Eco-attitude/Agir/Articles-et-D...


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