Quand le nucléaire donne le cafard

Une équipe de chercheurs d’une université texane a publié mardi 3 mars une étude, dans laquelle elle explique être parvenue à diriger à distance des blattes – ou cafards, c’est son nom européen – grâce à un système d’électrodes implantées sur leurs antennes !

L’objectif ? Transformer ces insectes en « jouets » télécommandés, afin de les envoyer en éclaireur dans des endroits hors d’atteinte pour de simples humains : centrales nucléaires endommagées, bâtiments renversés à cause d’un séisme, mines effondrées, etc. Le dispositif est plutôt simple : les chercheurs ont planté des fils électriques sur les antennes des cafards et leurs cerques [les organes sensoriels situés dans l’abdomen de l’insecte qui leur permettent de se repérer dans leur environnement], reliés à une batterie collée sur leur dos. En plus de la batterie, on trouve dans le « sac à dos » de l’insecte un émetteur-récepteur sans fil connecté à un micro-contrôleur.

Question fonctionnement, ce n’est pas bien compliqué non plus. SmartPlanet explique, à l’occasion d’une étude similaire menée en 2012, que les cerques des cafards servent en temps normal à détecter les mouvements d’un prédateur en approche (une paire de chaussure, par exemple). A l’aide d’impulsions électriques, on fait croire à l’insecte qu’un prédateur le prend en chasse : le cafard avance. « Quant aux fils reliés aux antennes, expose SmartPlanet, ils servent de rênes électroniques, injectant de petites charges électriques dans le tissu neural du cafard, ce qui lui fait croire que ses antennes sont en contact avec un obstacle physique, le poussant à aller dans la direction opposée. » Mais, outre la difficulté d’installer une caméra sur le dos de l’insecte – en plus de tout l’attirail déjà présent –, intervient le problème de la durée du stratagème : les chercheurs ont noté que les cafards avaient la faculté de se « conditionner » aux stimuli électriques. En clair, au bout d’un certain temps, les insectes comprennent la supercherie et ne répondent plus aux commandes.

En dépit de ce problème technique, l’intérêt d’utiliser des cafards en cas de catastrophe nucléaire est loin d’être absurde. Hervé Guyot, entomologiste à l’OPIE (Office pour les insectes et leur environnement) joint par Rue89, explique pourquoi ce sont les insectes les mieux adaptés à ce genre de mission : « Les insectes en général résistent grâce à leur cuticule [leur carapace], qui leur permet de mieux parer les radiations. Les blattes sont des insectes extrêmement vieux, qui datent de la préhistoire et qui ont su résister à de nombreux changements de leur milieu naturel. »

Si tous les insectes possèdent une carapace protectrice, pourquoi ne pas utiliser un autre insecte, peut-être moins repoussant ? Hervé Guyot justifie ce choix : « On aurait pu utiliser des bousiers, seulement ils sont plus hémisphériques – et donc moins capables de se faufiler dans les fissures – et plus lents. On n’aurait pas eu le même rendement qu’avec la blatte. La blatte américaine, c’est un bon compromis : elle a une capacité de reproduction énorme et une taille adaptée – contrairement à la blatte mexicaine, par exemple, qui est beaucoup plus grosse. » En effet, un cafard adulte peut pondre jusqu’à une centaine d’œufs tous les quinze jours, et ça pendant quatre ou cinq mois, selon l’entomologiste.

Outre sa forme plate qui lui permet de se faufiler à peu près n’importe où, la blatte américaine est également omnivore, « réactive et extrêmement rapide », et d’une robustesse à faire pâlir le cuir de nos chaussures. L’outil d’exploration idéal en terrain accidenté est tout trouvé.

Beigbeder

http://rsif.royalsocietypublishing.org/content/12/105/20141363#page

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Commentaire de JF@ le 8 mars 2015 à 7:36

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