Je viens de terminer un livre MAJEUR ! Il s’intitule « Le dernier qui s’en va éteint la lumière – Essai sur l’extinction de l’humanité » de Paul Jorion.

 

Ce livre est MAJEUR car il explique sans ambages ce qui entraîne l’humanité à sa perte, en analysant les 3 crises auxquelles nous sommes confrontés (écologique, économique, complexité). Il ne laisse pas beaucoup d’espoir, mais ne ferme pas totalement la porte à l’espoir ; son but est de convaincre qu’il ne faut désormais prendre AUCUN retard, ne se trouver AUCUNE excuse, pour se battre contre ce qui nous amène à notre perte : l’économie prédatrice et non régulée, les fausses croyances telles que le technologisme béat, la croyance que notre vie sur terre n’est qu’une partie de notre vie (quasi 100 % des religions). Il ajoute, last but not least (comme on dit), un élément d’une très grande perversité au regard de la croyance que nous mettons dans notre possible volontarisme, à savoir que notre inconscient est d’une puissance bien supérieure à notre conscience, processus démontré par un psychologue américain, Benjamin Libet, dans les années 80.

 

Après ce livre, et quelques autres précédents (JM Jancovici « Dormez tranquille jusqu’en 2100 » ; Naomi Klein « Tout est encore possible » ; Jared Diamond « Effondrement » ; …), la nécessité d’agir devient de plus en plus pressante. Je ne pourrai personnellement pas me cacher longtemps derrière ce qui m’a servi jusque-là de pare-vent, d’excuse pour ne pas me battre contre une certaine inclination personnelle, en considérant que mes 3 actions principales pouvaient suffire : lire pour comprendre, comprendre pour voter juste, et pour partager avec mes proches. J’ai bien peur que ce ne soit pas à la hauteur des enjeux !! Et pourtant, je m’interroge sur ce que je peux faire de mieux ; Sans délaisser mes 3 actions de prédilection (la lecture restant pour moi un acte MAJEUR, qui est extrêmement gratifiant, car à chaque livre, essentiellement des essais, j’ai le sentiment d’avancer dans la compréhension des ressorts de notre monde, qui malgré une très grande complexité, finissent au travers des lectures par s’articuler progressivement vers une lucidité accrue), j’entrevois des pistes, comme échanger avec des intellectuels engagés (tel que Jacques ATTALI, P Rabhi,…) ou avec des personnels politiques nous représentant (comme mon député ou mon sénateur local, ce que j’ai déjà fait en d’autres temps). Il y aurait bien aussi la voie d’un engagement associatif pour faire pression sur nos politiques, mais cela représente une difficulté assez grande pour moi qui ait un caractère plutôt introverti ; mais bon, l’enjeu est tel qu’il faudra bien bouger !

 

On voit bien que cette difficulté d’agir, en ayant conscience de la gravité des enjeux, est grande également pour une multitude de femmes et d’hommes « publics » ; les politiques ont, la plupart du temps, la tête dans le guidon (mais pas toujours, puisque l’on voit de temps à autres des actions sur la durée (du type grands emprunts) ou qui tiennent compte des lanceurs d’alerte (sur le climat entre autres) ; les intellectuels ciblent tel ou tel problème, mais ne sont pas si nombreux à prendre en compte la multitude des processus en cours (outre Paul Jorion, il y a Edgar Morin, J Attali, M Rocard, J Rifkin, et quelques autres), et surtout ont du mal à se départir d’une polarité d’approche (sciences humaines, y compris économique, versus sciences pures et technologie) ou bien sont emprunts d’une appartenance à une religion qui « nolens, volens » les amènent plus ou moins inconsciemment, à relativiser les enjeux (puisqu’il y aura une autre vie ultérieurement). On peut donc se dire que si on ne peut pas s’en remettre à des gens « importants » (par le rôle qu’ils peuvent jouer dans la société et de par leur l’intelligence souvent supérieure à la moyenne), alors nos tentatives individuelles seront bien vaines. Et pourtant, encore une fois, le problème est suffisamment sérieux pour qu’on ne s’en soucie pas, même modestement.

 

Peut-être que le plus grand risque face à une telle situation est de se dire que ce qui nous arrivera relèvera de la fatalité, de croire que d’autres que nous résoudront le problème sans que nous ayons à nous en mêler (ce qui n’est absolument pas gagné !!) et ce qui consisterait laisser des personnes « braquer un pistolet sur notre tempe, en jouant à la roulette russe » ! Ce serait quand même dommage pour nos descendants (surtout de par la forme que notre disparition pourrait prendre, qui pourrait être désagréable). On pourrait aussi  espérer atteindre suffisamment vite le stade de la « singularité », moment dont parlent les transhumanistes, où l’intelligence artificielle nous surpassera pourrait prendre notre relais ; on aurait donc peut-être une « descendance », mais faut-il vraiment espérer que notre espèce humaine disparaisse comme ça !?

 

Malgré tout, je garde une dose non négligeable d’optimisme en ayant à l’esprit cette belle formule : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » (Guillaume 1er d’Orange Nassau) – « Ainsi peut-on agir et persévérer sans espoir : c’est cela à quoi nous sommes condamnés dans un monde défini comme absurde. » « Il faut imaginer Sisyphe heureux » dit Camus. On cherche parfois un sens à notre vie ; pour moi (qui n’ait pas de religion à laquelle me raccrocher) j’essaye de concilier, la nécessité que je crois impérieuse de profiter de la vie, puisque j’en ai une seule, en visant le plus possible ce que les grecs appelaient l’ataraxie (absence de troubles, tranquillité de l’âme résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence), mais en ne m’exonérant pas de ce qui est je crois être de ma responsabilité d’être humain et de parent, et donc de faire en sorte que notre espèce se perpétue, suivant en cela une force « téléonomique » ancrée dans nos gènes (le seul espoir des êtres humains pour survivre et tout d’abord ne pas se suicider (!) et enfin de se reproduire, puisque contrairement aux bactéries, entre autres, notre espèce a « choisi » la sexualité pour se perpétuer en vue d’atteindre une forme d’immortalité (qui dure pour l’instant depuis quelques milliards d’années pour les espèces sexuées prises globalement, et quelques millions d’années pour les hominidés) ; à cette reproduction j’ajoute évidemment, puisque notre évolution nous a dotés d’une certaine intelligence, l’usage que j’essaie de faire de la mienne, aussi modeste soit-elle.

 

 

Face aux 3 crises que souligne Paul Jorion (écologique, économique, complexité) et en prenant compte les fondamentaux lourds qui nous guident (comme le fatalisme, principalement issu de la religion, ou qui procède de la croyance que soi même nous ne pouvons pas grand-chose (et pourtant Pierre Rabhi rappelle souvent la fable du colibri, qui apporte frénétiquement quelques gouttes d’eau pour éteindre un gigantesque incendie, mais est convaincu qu’au moins il apporte sa part de travail), j’entrevois quelques pistes soulevées par mes lectures :

 

  • Dresser un constat lucide, non partisan, sur la situations et les causes premières de cette situation (c’est ce que fait Paul Jorion dans son livre), en recueillant un consensus le plus large de la part d’intellectuels et scientifiques de tous horizons et toutes nationalités, et en le diffusant à l’échelle planétaire, comme les rapports du GIEC le font pour le réchauffement climatique (ces derniers rapports ne pouvant être que vains si on ne prend pas en compte les autres paramètres de la complexité de notre monde actuel
  • Militer pour une laïcisation la plus grande de nos pays, quitte à redéfinir ou amender l’approche française de la laïcité, pour recueillir l’assentiment le plus large des communautés religieuses (représentant la majorité des êtres humains) ; pour cela, il faudra faire admettre qu’on ne peut plus en rester à un communautarisme religieux délétère ou chacun pense avoir raison au-dessus des autres (croyants vs non croyants, monothéismes vs polythéismes, chiites vs sunnites, etc.). Il faut impérativement œuvrer pour convaincre que, tout en laissant l’éventualité d’un monde post-mortem à ceux qui le souhaitent, la première urgence, ne serait-ce que, nonobstant l’éventualité que notre espèce humaine disparaisse, cette disparition risque de se faire de façon douloureuse ; il ne doit pas être impossible de rallier une majorité d’humains pour espérer que nos enfants ne subissent pas les affres de nos non prises de décisions
  • Au regard de l’histoire de l’économie et des difficultés qu’une approche trop libérale de celle-ci a générée, il ne doit pas être impossible de convaincre qu’on ne peut pas laisser 1% de l’humanité posséder ce que les 99% autres possèdent par ailleurs. On sait que ces inégalités ne peuvent être acceptées par cette majorité; même s’il ne faut pas jeter trop rapidement l’opprobre sur le capitalisme (qui n’est pas forcément ultralibéral, qui a permis à une frange très importante de sortir de la misère ; le capitalisme peut, s’il est dirigé de façon sociale-démocrate, faire progresser les sociétés humaines, en ayant conscience de la nécessité de trouver une « croissance » (pas forcément matérielle) durable
  • Faire comprendre qu’il faut regrouper au maximum les êtres humains, en ayant conscience de notre mutuelle interdépendance ; on ne peut pas se barricader hermétiquement (physiquement et moralement) dans chacun de nos pays. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés étant globaux à l’échelle de la planète, leur résolution ne pourra en passer que par une action globale (c’est le sens du GIEC, du traité de non-prolifération nucléaire, de l’action sur la couche d’ozone qui a d’ores et déjà bien commencé à porter ses fruits.
  • L’histoire, et la biologie, nous poussent à nous regrouper. C’est parce que les particules ont tendance à s’assembler dans l’univers que la vie a émergé de l’inerte et l’intelligence ensuite. Deux penchants nous conditionnent en tant qu’êtres intelligents : la tendance à se regrouper pour se protéger mutuellement, avec comme corollaire une liberté limitée ; la recherche sinon de la plus grande liberté possible, au risque de sombrer dans un individualisme délétère (l’homme devenant un « loup pour l’homme », comme l’est le « loup de Wall Street »). La tendance historique (pas seulement volontaire, mais pour une part conduite par une forme de l’inconscient humain, ancré dans nos gènes) de l’humanité est à la constitution d’entités de tailles de plus en plus grandes, tendance ralentie parfois par l’aspiration légitime à une liberté de choix que des formes de gouvernances autoritaires ne permettaient pas. Tribus, villages, villes, états, fédérations, institutions mondiales ; la tendance est explicite. On ne pourra pas résoudre des problèmes dépassant les nations en essayant de le faire au niveau de celles-ci, chaque état qui tenterait de s’y atteler étant aspiré par des forces centrifuges empêchant de projeter le regard au-delà de nos frontières et de notre présent. Cette forme de myopie de nos pays pris individuellement est accentuée par un phénomène que l’on rencontre lorsque l’on conduit à grande vitesse, à savoir un champ de vision qui se referme ; c’est ce que nous apporte comme conséquence négative les technologies de l’information, l’autre visage de ces technologies étant de nous permettre de communiquer avec une très grande facilité, avec très bientôt une possibilité de traduction instantanée de nos échanges sur les réseaux sociaux eu autre canaux de communication ; cette vitesse que nous offres les nouvelles technologies est peut-être également une partie de la solution pour résoudre sans tarder les problèmes auxquels nous sommes confrontés.

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