Au gré des cultures et des civilisations, l'idée selon laquelle les organismes seraient faits pour vivre, se reproduire, puis finalement mourir est l'une des plus largement répandues. Elle pourrait toutefois être mise à mal par un cas particulier : celui de l'hydre. On trouve ce petit animal d'eau douce, d'un ou deux centimètres de long, dans le lit des rivières ou des lacs !

Une récente vidéo baptisée " The Animal That Wouldn’t Die", mise en ligne sur le site américain "Aeon", revient sur les travaux réalisés dans ce domaine par deux scientifiques éloignés de plusieurs générations. Cette vidéo élaborée par les deux spécialistes Adam Cole et Robert Krulwich remet notamment en question le concept de "cercle de la vie", ou du moins la manière dont il était appréhendé jusqu'à aujourd'hui. Il pourrait s'agir du premier animal immortel, ou presque. Même une fois coupée en plusieurs morceaux, l'hydre parvient à survivre et à se reproduire grâce à des cellules hors du commun présentes dans la tête de son organisme. Ce cnidaire d'eau douce peut être coupé en plusieurs parties sans jamais mourir, à condition qu'il reste dans l'eau et que sa tête ne soit pas abîmée.

Quel est le secret de la régénération de l'hydre ? Interrogée par Atlantico, Brigitte Galliot, chercheuse à l'Université de Genève (UNIGE), qui étudie le sujet depuis plus de 20 ans, nous en dit plus. "A une extrémité, l'hydre a une tête, d'où partent des tentacules et une bouche. A l'autre extrémité, des disques lui permettent de s'accrocher. C'est un animal carnivore, qui a un système nerveux très actif". La particularité de l'hydre réside dans ses cellules-souches, "actives en permanence". Explications : "La région centrale de l'hydre est peuplée de cellule-souches qui se divisent à un rythme plus ou moins rapide. Elles sont responsables du renouvellement des tissus à n'impote quel moment", explique Brigitte Galliot." Si on la coupe au niveau d'un tentactule, il ne se passera rien. Mais si on la coupe le long de sa colonne corporelle, on va relancer un programme de développement en quelques heures." Des cellules spéciales présentes dans la tête de l'animal propagent des informations dans le reste de l'organisme pour que celui-ci puisse se régénérer. Les parties séparées vont d'abord se rapprocher de manière progressive avant que des tentacules ne se reforment, puis que des corps ne commencent à repousser. Différentes expériences ont été menées sur des hydres coupées en plusieurs parties. Selon les résultats de ces travaux, entre 5 et 20 cellules bien préservées suffisent à l'hydre pour se reformer et engendrer de nouveaux organismes.

Comment est-ce possible ? En 2009, le groupe d'étude dirigé par Brigitte Galliot a éclairci une partie du mystère en mettant en avant le "rôle important de la mort cellulaire" dans le processus de régénération. Quand les cellules meurent, c'est-à-dire quand on coupe l'hydre en deux, elles activent des enzymes qui vont envoyer des signaux aux cellules voisines, ce qui va conduire à leur prolifération, détaille Brigitte Galliot. Les scientifiques ont encore beaucoup de choses à découvrir. Deux processus différents ont été identifiés, à l'oeuvre dans la régénération. Premièrement, "il y a des cellules souches qui maintiennent toujours active leur prolifération et leur capacité de donner des cellules différenciées", rappelle Brigitte Galliot. "Le deuxième mécanisme, qu'on connait mal, concerne la capacité de cet animal à se réorganiser dans l'espace en recréant une morphologie correcte, qui lui permet de fonctionner, avec une tête et un pied " note la chercheuse. L'hydre va ainsi reconstituer un système nerveux ou un système digestif. "C'est comme si votre chambre se rangeait toute seule !"

L'hydre n'est toutefois pas immortelle, enfin pas tout à fait. "Elles sont sensibles aux éléments qui les entourent. Si on met trop de sel dans leur milieu, ça va les tuer. Une hydre, ce n'est pas superman !" plaisante-elle. N'empêche, quand une hydre est placée dans des conditions idéales, elle semble insensible au vieillissement. "Sur quatre années, on ne voit pas tellement de modifications de leurs capacités. On a l'impression qu'elles sont stables", confirme Brigitte Galliot. Le chiffre évoqué de quatre ans n'est toutefois pas leur durée de vie moyenne. Il s'agit simplement de la période la plus longue pendant laquelle des hydres ont été observées par la même personne dans son laboratoire. Elle rapporte que des chercheurs ont fait des projections, "à partir de la capacité des hydres à proliférer." Résultat : ce petit animal serait capable de vivre 1400 ans ! Ce qui sera difficile à prouver...étant donné l'espérance de vie humaine.

atlantico

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Commentaire de JF@ le 1 février 2015 à 8:50

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