Société civile immobilière des bois

Face aux coupes rases et aux chasseurs, des citoyens se mobilisent pour sauver la forêt et ceux qu'elles abritent !

Plusieurs initiatives ont émergé ces dernières semaines pour acheter des parcelles de forêts privées, comme dans le Vercors ou en Haute-Savoie. Le but affiché : Préserver la biodiversité et y interdire la chasse. "La sylviculture (l'exploitation économique des forêts) tend aujourd'hui vers quelque chose d'industriel, avec un souci de rentabilité, néfaste pour l'environnement. On en oublie l'écosystème et la microbiologie des sols. Sauf qu'on ne peut pas accepter de couper un chêne centenaire pour faire du granulé!", déplore auprès de L'Express David Roche, président de l'association Forêt Vivante.

Cette association est en passe d'acheter des parcelles de 10 hectares dans le massif des Aravis, en Haute-Savoie. "L'objectif est clairement d'y instaurer une sylviculture douce et responsable, et aussi d'y interdire la chasse", résume cet habitant impliqué, qui n'a "rien d'un forestier". Une fois la vente réalisée, attendue en mars prochain, les parcelles seront gérées via un groupement forestier citoyen, une sorte de "Société civile immobilière des bois", résume David Roche, où chacun peut devenir copropriétaire, et dont la gestion des ressources naturelles sera suivie de près par un comité d'experts scientifiques.


Dans le Vercors, une initiative similaire s'est déjà montrée fructueuse: l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) va conclure à la fin du mois l'achat d'un domaine forestier de 500 hectares, qui accueille des loups, des aigles, ou encore des insectes rares. Ce territoire sera transformé en réserve naturelle, afin de laisser la nature en "libre évolution", hors d'atteinte de tout fusil de chasse, souligne l'association sur son site: "La gestion est la non gestion. L'objectif est de reconstituer des îlots de nature préservée, des zones de quiétude pour la faune et de naturalité pour la végétation". Ainsi, sur ces terrains, pas de cueillette, pas de déforestation et surtout pas de chasse.

Car tout l'enjeu se trouve bien ici: faire barrage aux chasseurs, dont les pratiques sont vivement contestées par les défenseurs de la cause animale. "L'objectif est clairement d'interdire la chasse sur nos parcelles", martèle David Roche. "On n'est pas anti-chasse, on ne s'inscrit pas dans ce débat-là, mais par contre on est contre certaines méthodes abusives, comme la chasse à courre ou la chasse à la glu. Mais comme on n'arrive pas à se faire entendre ni par l'Etat ni par les chasseurs, eh bien on va se faire notre coin de tranquillité en rachetant la forêt, où il n'y aura pas de chasse", insiste-t-il. Selon la présidente de l'Aspas, Madline Reynaud, les chasseurs auraient d'ailleurs fait pression pour empêcher son acquisition dans le Vercors. "Les chasseurs n'aiment pas qu'on les prive d'un de leurs 'terrains de jeu'", soutient-elle à France Bleu Drôme.


Outre ces associations, des particuliers se mobilisent aussi, à leur façon, pour préserver la faune en empêchant la chasse sur leurs terres. C'est le cas - très médiatique - de Luc Besson: le cinéaste abrite dans son domaine forestier de La Trinité-des-Laitiers, dans l'Orne, une centaine de cerfs. Le réalisateur de Léon et du Cinquième élément, qui se dit "attaché au caractère sacré de la vie sauvage", refuse de chasser ces cerfs.

L'affaire a désormais pris un tournant judiciaire : Luc Besson est poursuivi en justice par la Fédération de chasse de l'Orne, qui lui réclame plus de 120 000 euros pour couvrir les indemnités versées par la Fédération aux agriculteurs dont les cultures ont été endommagées par ses cerfs. "En plein débat sur le drame de l'écologie et de la biodiversité qui touche toute la planète, les chasseurs de l'Orne me demandent de tuer les cerfs qui passent devant chez moi ! Dois-je mettre mes enfants au balcon pour l'occasion ? Ces gens-là sont à contresens de l'histoire", a estimé dans les colonnes du Parisien le célèbre cinéaste.

Les récents projets de rachat de forêt n'auraient d'ailleurs pas été possibles sans la mobilisation de citoyens. L'association Forêt Vivante, tout comme l'Aspas, ont lancé des appels au financement participatif pour parvenir à obtenir les fonds nécessaires aux achats de parcelles. L'Aspas est ainsi parvenue à récolter plus de 2,3 millions d'euros, dont 900 000 ont été collectés sur Internet grâce à des milliers de donateurs. Sa campagne a notamment été soutenue et médiatisée par le journaliste Hugo Clément.

De son côté, l'association Forêt Vivante a récolté à ce jour près de 12 000 euros sur les 22 500 espérés grâce à une cagnotte en ligne. "La forêt est un bien commun et on ne veut pas qu'elle soit privatisée par de grosses structures financières. Avec la cagnotte, tout le monde a la possibilité de s'impliquer et de participer à ce projet", soutient David Roche.

BELIN

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Commentaire de JF@ le 23 novembre 2019 à 6:53
Commentaire de JF@ le 23 novembre 2019 à 6:53

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