Sommet sur le CLIMAT - Sommet sur la FAIM = MÊMES RÉSULTATS ?

Il y a quelques semaines s’est tenu à Rome un Sommet de l’alimentation. Boudé par les pays les plus riches, malgré l’aggravation de la crise alimentaire pour les plus pauvres. Pourquoi cette indifférence ne se retrouverait-elle pas, en réalité, au Sommet sur le climat ?

Damien Millet et Eric Toussaint - 7 décembre 2009

"Par les temps qui courent, les grands sommets internationaux ont ceci de remarquable que les pires craintes s’y confirment : les pays riches montrent ostensiblement leur indifférence sur les questions socio-environnementales malgré les mobilisations des mouvements sociaux et les pays présents se mettent d’accord sur une déclaration de bonnes intentions tout en prenant soin de ne signer ni engagement chiffré contraignant ni agenda trop précis.

Du 16 au 18 novembre, Rome accueillait le sommet de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui devait s’attaquer au problème de la faim, d’autant plus sensible avec la grave crise alimentaire que traverse le monde depuis 2007. (...)
Les causes sont connues.

Une faible partie des aliments produits dans le monde est exportée, l’écrasante majorité de la production étant consommée sur place, mais ce sont les prix sur les marchés d’exportation, fixés principalement aux Etats-Unis (à la Bourse de Chicago, de Minneapolis et de Kansas City), qui déterminent les prix sur les marchés locaux. En conséquence, le prix du riz, du blé ou du maïs à Tombouctou, à Mexico, à Islamabad est directement influencé par l’évolution du cours de ces grains sur les marchés boursiers. Après l’éclatement de la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis (crise des subprimes à l’été 2007), nombre de spéculateurs ont trouvé refuge sur les marchés des matières premières, poussant les cours à la hausse, d’autant qu’une partie croissante de la production est destinée aux funestes agro-carburants.

Devant une telle situation, une large mobilisation de tous les pays semblait aller de soi. Pourtant, seule une soixantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement, essentiellement d’Afrique et d’Amérique latine, ont participé à ce sommet boudé par la totalité des dirigeants du G8, sauf Silvio Berlusconi. Mais la présence de Berlusconi avait une raison bien simple : lui éviter de devoir comparaître devant un tribunal italien ce jour-là… Aux dires même du directeur de la FAO, Jacques Diouf, le sommet fut décevant : « Si nous n’avons pas les dirigeants qui ont autorité sur tous les dossiers, qui peuvent coordonner l’action, (...) je pense que nous passons à côté du problème, nous réduisons la question à sa dimension purement technique, alors qu’elle a une dimension économique, sociale, financière, je dirais même culturelle. » Evidemment l’objectif d’éradication de la faim a été renouvelé, mais aucune date-butoir n’a été fixée pour l’atteindre. Des mots en l’air donc…

Prochaine étape ?

Le climat.

Un réchauffement climatique de grande ampleur est en cours, d’autant plus inquiétant qu’il se produit à une vitesse que l’humanité n’a jamais connue.(...) Face à de tels dérèglements climatiques, des mesures drastiques s’imposent, à commencer par la remise en cause du modèle économique qui a conduit le monde dans cette impasse.

Depuis des décennies, les mesures néolibérales imposées notamment par le FMI et la Banque mondiale ont fragilisé, et souvent irréversiblement détérioré, les écosystèmes.(...)

Le protocole de Kyoto, lancé en 1997, impose une réduction des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère avec des quotas différents suivant les pays. Sitôt entré en fonctions en janvier 2001, le président George W. Bush a retiré la signature des Etats-Unis. Pour sa part, l’Europe a mis en place une « solution » taillée sur mesure pour l’économie capitaliste, en créant un marché des droits à polluer, qui peuvent donc s’acheter ou se vendre. La pollution est devenue une marchandise comme une autre : celui qui paie peut polluer.

Nul n’ignore que se tient actuellement à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat.

L’enjeu est de taille pour préparer l’après-2012, mais les pays riches ne semblent pas vouloir agir à la hauteur de leurs responsabilités historiques. En effet, les populations des pays pauvres, qui sont les premières touchées et n’ont pas les moyens de se prémunir des effets des changements climatiques, ont très peu contribué à l’accumulation de pollution dans l’atmosphère (moins de 20%). Même si les émissions des pays en développement risquent à l’avenir de dépasser celles des pays riches, la responsabilité de ces derniers restera plus élevée pendant encore longtemps.

Des pistes alternatives peuvent être avancées, parmi lesquelles la réorientation des financements vers la mise au point d’alternatives technologiques, des plans de transition à tous les niveaux (global, régional, national, local) vers une société sans combustibles fossiles, etc... (...)

Si ce prochain sommet n’opère pas un tel virage bien réel et radical, le risque est grand que la seule différence de fond entre Rome et Copenhague soit juste une différence… de climat !


Source : http://www.reporterre.net/spip.php?article762

Vues : 60

Commenter

Vous devez être membre de Colibris pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Colibris

Commentaire de Mortier Jacques le 18 décembre 2009 à 18:26
Cette année, j'ai du faire une vingtaine d'interventions sur la faim dans le monde, d'abord en m'appuyant sur la restitution de mon voyage au Mali et au Burkina Faso en décembre 2008, et ensuite en utilisant le remarquable DVD "Semences d'Autonomie", qui peut se commander à l'association "Terre et Humanisme". Je suis toujours surpris de découvrir l'ignorance générale de l'agroécologie comme alternative universelle à l'agriculture chimique, alors que les AMAP se développent et que le compost est connu de beaucoup.
Commentaire de MARISKAIA le 11 décembre 2009 à 13:09
"Réhabiliter la souveraineté alimentaire des populations": Une action qui n'intéresse manifestement aucun des représentants des grandes puissances mondiales... Je continue de m'interroger... cette indifférence fait de la faim; une fatalité!
Ne comptons plus sur les puissants de ce monde!
Travaillons là où nous sommes, là où nous vivons.
Commentaire de Mortier Jacques le 11 décembre 2009 à 9:54
Bonjour. Dans le site "colibri", quelques arguments sur la faim dans le monde :
http://www.colibris-lemouvement.org/index.php/TH/Comprendre/node_732

Activité la plus récente

Événements publiés par Aurélie Jeantet
Il y a 2 heures
ColibrisNath a commenté le groupe Colibris Paris de freecécile.
"Bonjour Carma recherche un Service civique ou stagiaire chargé de la coordination des…"
Il y a 11 heures
GAWELIK Katy a publié un statut
"Voici un échantillon de mes recettes de Tartes fines Vegan ! ->…"
Il y a 13 heures
Billet de JF@
Il y a 16 heures

© 2019   Créé par cyril colibris.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation