Sans la fin de non-recevoir de la Commission européenne à une initiative citoyenne – baptisée stop vivisection –, de nombreux labos auraient été obligés de repenser tous leurs protocoles. Les singes, chiens, rats, et autres animaux d’expérimentation auraient été relâchés, les éprouvettes remisées, les chercheurs mis au repos forcé !

« Pour le moment, l’expérimentation animale reste importante pour protéger la santé des citoyens et des animaux, et pour préserver l’environnement », avait commenté la Commission, s’engageant tout de même à agir pour limiter l’usage de l’expérimentation animale dans l’UE. En attendant, plusieurs chercheurs français se lancent dans une opération de reconquête de l’opinion. Réunis au CNRS mardi après la publication d’une revue sur le sujet, certains ont tenu à dépassionner ce débat : « De mon point de vue, la recherche sur l’animal est morale. Elle procède de la quête du progrès qui anime l’homme dans sa volonté de comprendre le monde », souligne Catherine Jessus, directrice de l’INSB (Institut des sciences biologiques) du CNRS.

Pas besoin d’aller plus loin dans la discussion pour hérisser les « anti », protecteurs de la cause animale. « De mon point de vue, si une souffrance est appliquée, elle est injustifiable, répond Audrey Jougla, auteure de l’enquête Profession : Animal de laboratoire à paraître le 23 septembre. « C’est le principe même qui me dérange : prendre des cobayes non consentants par définition. Expérimenter sur autrui me gêne moralement. C’est une pratique violente. » Pour les scientifiques, qui assimilent l’anthropomorphisme à un égarement, il est nécessaire de rappeler que les tests effectués sur certains animaux ne relèvent pas d’un choix. « Comment étudier la cognition si vous ne travaillez pas sur le singe ? » questionne François Clarac, spécialiste du système nerveux. « On travaille sur les singes parce que ce sont les seuls animaux en dehors de l’homme qui ont une épilepsie photosensible. Voilà », s’agace Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe. Argument jugé un peu léger par les « antis » puisque ces cas de force majeure seraient largement minoritaires. « Bien souvent, il existe des méthodes alternatives auxquels les chercheurs ne sont pas formés », poursuit Audrey Jougla sans entrer dans les détails.

Elle dénonce aussi les subventions spécifiques attribuées pour les recherches sur l’animal. Mais aussi le besoin de publications des chercheurs, la concurrence entre labos qui ne mettent pas en commun leurs recherches, voire des cas de maltraitance. Des accusations difficiles à entendre pour les chercheurs tenus de respecter un cadre juridique très développé en Europe. « Le niveau de précautions exigé dans les laboratoires existe nulle part ailleurs, poursuit Catherine Jessus. Les chercheurs sont tenus de le respecter. Il n’y en a pas un qui ne se pose pas la question de savoir si l’acte qu’il effectue est vraiment nécessaire. Cette prise de conscience a lieu », assure la biologiste. Un scientifique n’a évidemment pas le droit de faire souffrir un animal pour le plaisir.

« Mais dans la corrida, la chasse, ou en gastronomie quand on ébouillante un homard, c’est moins évident », peste encore Georges Chapouthier. Si cela peut le rassurer, ces pratiques ont aussi leurs farouches opposants.

Scotto

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Commentaire de JF@ le 19 septembre 2015 à 8:08

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