Syndrome de l'escargot ou de la cabane

Alors que de nombreux Français trépignaient d'impatience à l'idée de retrouver le monde extérieur, d'autres vivent ce moment avec angoisse !

Envie de rester à la maison, de ne pas mettre le pied dehors. Cette sensation est baptisée par certains le "syndrome de la cabane". La psychtothérapeute Hélène Romano, qui préfère le terme de "syndrome de l'escargot", décrypte ce phénomène pour LCI et donne plusieurs conseils afin d'appréhender plus sereinement le déconfinement.

Pourquoi pouvons-nous ressentir ce que certains appellent le "syndrome de la cabane" ?

Hélène Romano : Après des semaines de confinement, certains n'ont plus envie de sortir à nouveau de chez eux comme avant. Nous avons peur de cette nouvelle façon de vivre qui nous attend dehors avec les masques, la distanciation sociale, la queue devant les commerces, l'attente dans les transports... L'autre raison peut être l'inquiétude de retrouver son environnement de travail, soit parce que nous ne nous y sentions déjà pas très bien ou parce que nous nous sommes épanouis avec le télétravail. Enfin, à la maison, nous sommes libérés des pressions sociales auxquelles certaines personnes sont très sensibles.

Et donc, nous préférerions rester dans notre "cabane" ?

Exactement, c'est comme un rejet du monde extérieur. Notre foyer, avec les habitudes que nous nous sommes créées pendant deux mois, est devenu un lieu rassurant, et il s'agit de se protéger de cette nouvelle réalité quelque peu agressive. D'ailleurs, le nom de "syndrome de l'escargot" conviendrait mieux, car nombre de mes patients matérialisent cette sensation par l'envie de se recroqueviller, de rentrer dans une coquille rassurante. Un endroit où on se sent protégé, un refuge.

Quels sont les symptômes de ce syndrome ?

Le spectre de ce que nous pouvons ressentir est assez large. Les personnes deviennent anormalement anxieuses, elles ont peur de sortir, de croiser du monde, et avec le Covid, de tomber malade ou de le transmettre. Nous développons alors des troubles dits d'"hypervigilance", c'est-à-dire que nous sommes plus attentifs, nous pouvons nous astreindre à des rituels obsessionnels de lavage et de désinfection. Il peut y avoir également des difficultés à s'endormir ou le développement de troubles alimentaires.

Comment doit-on réagir si l'on se trouve dans cette situation ?

Le plus important est de ne pas psychiatriser. Nous avons vécu quasiment deux mois en sortant très peu de chez nous et en ne voyant plus nos proches, l'appréhension du déconfinement est donc tout à fait normal. C'est comme un processus de deuil : non, nous ne revivrons pas tout de suite dans le quotidien tel que nous l'avons laissé avant et, tous, nous pouvons ressentir des difficultés à nous projeter dans cette nouvelle réalité post-confinement.

Quels conseils pourriez-vous donner ?

Déjà, arrêtons de nous comparer et de penser que les autres auraient 'réussi' leur confinement, et donc leur déconfinement, car ils ne se ressentent pas les mêmes angoisses que nous. Ensuite, il faut chercher à positiver ce que ce repli forcé nous a apporter : prendre soin de ses proches, de ses voisins, avoir du temps pour soi, attacher de l'importance aux plaisirs simples. Mais si les symptômes d'angoisse et les troubles qui y sont liés se poursuivent, je conseille de se rapprocher d'un spécialiste. Et nous ne devons pas hésiter à en parler à nos amis et à notre famille. Nous ne sommes sans doute pas les seuls à nous poser ces mêmes questions sur notre la vie et l'avenir.

Justement, à propos d'avenir, ne pensez-vous pas que beaucoup de Français chercheront à garder une vie proche de celle de leur "cabane" ?

Effectivement, cette période a permis à beaucoup d'entre nous d'effectuer une forme d'introspection. Des citadins confinés ont réalisé tout le temps qu'ils passaient d'habitude dans les transports. D'autres le peu de temps qu'ils accordaient à leurs enfants ou à leurs loisirs. Enfin, d'autres n'ont plus du tout envie de poursuivre le même emploi. Il y a donc un besoin de changement très fort, un phénomène courant après une telle période et qui a déjà été observé après les attentats du 15 novembre à Paris ou l'explosion d’AZF à Toulouse. Nous réalisons que nous n'avons qu'une seule vie. Je comprends tout à fait ce besoin de changement, de départ pour une autre cabane ou plutôt, comme un escargot, cette envie de se déplacer avec sa coquille sur le dos.

Stanghellini

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Commentaire de JF@ le 17 mai 2020 à 7:46
Commentaire de JF@ le 17 mai 2020 à 7:46

JF@

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