Surprise pour les fêtes ! Elle passait dans les bureaux de Colibris, nous en avons profité pour réaliser cette interview improvisée. C’est au tour de la chanteuse Zaz de nous raconter son histoire de colibri !

Propos recueillis par Gregory David


Comment as-tu connu le mouvement colibris ?

J’ai vu un documentaire musical de Kenny Arkana, une rappeuse marseillaise, où Pierre Rabhi intervenait. Et ça m’a rappelé ma mère qui m’avait donné un journal, en 2001, dans lequel il parlait de son engagement et de sa participation à la campagne présidentielle.

En cherchant à en savoir plus, je me suis rendue compte que Colibris considérait  comme interdépendants et interconnectés tous les domaines de la société (éducation, économie, agriculture, habitat, énergie…), et faisait des propositions pour changer de modèle.

Colibris propose aux individus de reprendre le pouvoir. Le pouvoir de créer, le pouvoir de s’épanouir. Dans une société où le souci est plutôt de consommer plus que d’être, ça prend vraiment tout son sens, et ça m’a parlé !

Je refuse l’idée de société de consommation, où certains s’enrichissent en appauvrissant les autres. Quand tu dis aux gamins que pour avoir une place dans la société, il faut consommer, et qu’ils n’ont pas une tune, il y a de quoi avoir la rage ! Le système se tire une balle dans le pied, en considérant ainsi ses enfants, en les mettant en prison, en maison de correction, alors qu’il a lui-même créé ces enfants.


Tu racontes et tu chantes “La Légende du Colibri”*. C’est quoi, ta goutte d’eau pour éteindre le feu ?

Déjà retrouver mon propre pouvoir : je ne suis pas victime, je suis créatrice de mon histoire, de ma vie !
Personnellement, je suis consciente du monde dans lequel on vit, avec toutes les horreurs qu’il peut y avoir. Mais j’ai envie de nourrir la joie, et faire résonner cette joie dans l’humain. Je ne veux pas nourrir la peur.

Ensuite, par mes textes, sur scène, j’essaie de faire prendre conscience aux gens, de partager avec eux ma propre prise de conscience. A l’adolescence, j’étais fâchée contre la société, et je me suis fabriqué une carapace. Puis je suis revenue à l’essentiel. Et quand tu laisses tomber la carapace, tu as l’impression d’être sans force. Il faut supporter ce moment où tu es fragile, et ce n’est pas facile à dépasser. J’essaie que ça résonne chez les gens, qu’ils se disent “moi aussi je suis comme ça”, et qu’ils reprennent espoir.

Enfin, je me suis toujours dit que si un jour je devenais célèbre, je voulais bien faire des concerts, des albums, être bien payée pour ça, mais Zaz en tant que marque, ça me dérangeait ! J’ai décidé de donner les revenus de mes produits dérivés** (tee-shirts, sacs, badges...) à une cause juste. Et j’ai choisi Colibris !
Quand les gens achètent une tee-shirt, ils participent à leur mesure à changer la société, pas à grossir mon compte en banque. Et ça, j’en suis très fière.

C’est ça ma goutte.

Pour filer la métaphore, c’est quoi pour toi, l’incendie ?


L’ignorance, l’inconscience, le pouvoir personnel, l’avidité, la compétition, la division. Et surtout la destruction de la terre. Quand tu détruis la terre tu te détruis toi-même. Le désordre à l’intérieur de nous engendre le désordre à l’extérieur.
Nous avons perdu le contact avec  la Terre, alors que nous en avons profondément besoin, pour être un humain épanoui ! Moi, tu me verras jamais aussi joyeuse que quand je suis en train de gambader dans la forêt, ou dans la montagne. Je communique parfois plus facilement avec les éléments qu’avec les humains !

Prendre soin de chaque chose, c’est ça la clé. À l’intérieur comme à  l’extérieur de soi.

L’incendie, c’est aussi l’éducation ? Les enfants semblent importants pour toi...

Oui ! C’est vraiment la base ! On devrait plus écouter les enfants. On devrait être vraiment disponible pour eux, les aider à se responsabiliser. C’est comme ça qu’ils peuvent grandir, avancer, s’épanouir. On n’a pas besoin de les éduquer, il suffit de leur donner un cadre, des outils, des valeurs. Même s’ils en ont déjà naturellement, des valeurs !

Ensuite, pour se développer, chaque enfant doit pouvoir prendre son temps, car chacun a son rythme propre. Mais l’école ne prend pas ça en compte, il y a une norme, et on doit s’y plier. C’est comme ça et pas autrement ! Ça crée une échelle de valeur où par exemple un médecin a plus de valeur qu’un paysan. Pourquoi ? C’est la même chose ! Pourquoi accorder plus d’importance à celui qui soigne les humains qu’à celui qui soigne la Terre ? Ces valeurs sont des fausses valeurs.

On n’est pas assez à l’écoute de leurs émotions. Les émotions, c’est hyper important, c’est même l‘essentiel de leur vie : ils rient, ils pleurent… Si les profs ne sont pas formés à gérer ça, il y a un problème, quand même !

C’est bien de connaître l’histoire, les maths... mais si tu ne sais pas pourquoi tu dois apprendre, c’est bête ! Pour faire plaisir aux autres ? À papa et maman qui vont plus t’aimer si tu travailles pas bien ? Du coup ils font des trucs pour les autres, et toute leur vie ils feront des trucs pour les autres. Ça crée des adultes névrosés, tristes, qui vont chercher leur reconnaissance dans le système. À mon sens, ça détruit toute la base de l’individu.


L’école, pour toi, ça n’a pas été épanouissant ?


Carrément pas ! Je l’ai très mal vécu. J’étais pas sage, je tenais pas en place. Moi, le cul sur une chaise, je pouvais pas apprendre, j’avais besoin de faire ! Je ne comprends pas pourquoi on segmente autant les disciplines. Il faut tout mélanger, c’est là que t’apprends ! Tu prends conscience de l’interconnexion des choses. Dans la nature, rien n’est séparé, tout sert dans tout. Si tu apprends comme ça, tu te rends même pas compte que t’es en train d’apprendre, parce que ça te plaît !

J’ai vraiment l’impression qu’on veut faire des petits soldats de l’économie, qui sortent de l’école pour consommer. On ne fait pas attention aux êtres.


Ton rêve pour une société idéale ?


Savoir être présent et écouter. On ne sait pas écouter. Avant, je voulais absolument sauver le monde : un ami avait un problème, il fallait que je lui trouve une solution. J’étais persuadée d’avoir la meilleure réponse ! Maintenant j’ai compris que le simple fait de raconter son problème, ça résonne, on se sent écouté, accueilli, et souvent ça suffit !

Et encore une fois, pour moi, c’est l’enfant avant tout. Nous avons une grande responsabilité envers eux. Nous avons le devoir d’être exemplaires. Car nos comportements comptent plus que ce qu’on leur raconte ! C’est donc sur nous-mêmes qu’il faut travailler.

Travailler sur soi, c’est réfléchir à : N’es-tu pas en train de vivre le rêve de quelqu’un d’autre ? T’as pas à ressembler à quelqu’un. Profiter de l’expérience des autres c’est très important, mais tu dois développer toi ton truc à toi. C’est comme ça que tu vas être épanoui, que tu vas rayonner ! Chacun peut trouver son chemin, il n’est pas unique comme on veut nous le faire croire. Si tu sens de l’énergie pour faire quelque chose, vas-y ! Te pose pas de question, n’aie pas peur, fais-toi confiance !

Moi, j’ai jamais douté de mon rêve, même si ça a été dur parfois, j’ai toujours su que ça allait arriver. J’ai parfois douté de moi, mais pas de la vie !

J’ai toujours voulu être médiatiser, même si c’était très dur pour moi. Rentrer dans ce système c’était complètement contradictoire avec ce que j’étais. Mais je voulais le changer, alors fallait bien que je rentre dedans ! Quitte à être jugée par des gens qui me ressemblent et qui ne comprenaient pas... C’est ça qui a été le plus dur. Au début, j’avais moins confiance en moi, j’avais peur du jugement des autres. Comme je suis quelqu’un de très sensible, il suffisait que quelqu’un soit médisant, blessant, et ça m’allait droit au cœur.

Mais maintenant ça va. Je sais qui je suis vraiment. J’exprime de l’amour et, dans ce système-là, ça parait complètement incohérent ! Alors je peux comprendre que les gens me jugent, ou plutôt qu’ils jugent l’image qu’ils perçoivent, parce qu’en fait ils ne me connaissent pas.

Faut accepter ça ! Je continue à faire mon truc, et j’ai plein, plein, plein d’imagination !

Merci Zaz !



* “La Légende du Colibri”, de Denis Korman, est un livre-CD pour les petits et les grands. Découvrez deux titres inédits de ZAZ : "La Légende du Colibri" et "La (R)évolution des colibris". Postface de Pierre Rabhi.
Vous pouvez voir le clip Making of et acheter le livre-CD sur la boutique des colibris.

** Retrouvez les produits dérivés de Zaz sur son site, et contribuez à soutenir Colibris : www.zazofficial.com

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Commentaire de Pauline Gournay le 13 janvier 2014 à 23:25

"savoir écouter" me parle beaucoup. Il y a quelques années, j'ai fait ma première colonie en tant qu'animatrice et j'avais peur que les petits "caïds" me fassent des misères. Et bien non, au contraire, je discutais avec eux et je les écoutais. Le respect ne se gagne pas à force d'autorité mais par une communication respectueuse, un échange apaisé, un sourire et de la compréhension.

Commentaire de JF@ le 21 décembre 2013 à 14:41

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