Benjamin et moi, sommes de plus en plus sollicités sur des difficultés vécues dans les AMAP. Au delà des problèmes d'acquisition foncière, de formation de jeunes paysans, d'accompagnement et de formation d'agriculteurs en reconversion ... nous constatons deux problèmes récurrents:

1- LES FONDAMENTAUX de ce qu'est une AMAP ne sont souvent pas connus et encore moins intégrés. Et c'est plus que gênant, parce que ces fondamentaux constituent le socle fondateur d'une AMAP

2- LA GOUVERNANCE, le mode de fonctionnement entre AMAPIENS (souvent regroupés dans une association 1901) avec le paysan n'est pas équilibré, ni basé sur l'équivalence. Souvent l'un des deux, soit le paysan, soit les AMAPIENS ne respectent pas l'autre.

Nous souhaitons ouvrir cette discussion sur le réseau pour partager, nous enrichir de tous les points de vue, afin de clarifier et de proposer des solutions à sur ces deux sujets majeurs, dont nous voyons que lorsqu'ils ne sont pas traités aboutissent à l'effet inverse de l'intention initiale et originelle de l'AMAP.

Lorsque les fondamentaux ne sont pas ancrés et/ou lorsque la gouvernance n'est pas équilibrée, dynamique et respectueuse, alors naissent des conflits exprimés ou non-dits (souvent non-dits, ce qui est pire car cela "ne se voit pas") et l'énergie qui est dépensée par les uns et les autres va exactement à l'encontre de l'objectif de l'AMAP, l'objectif et l'intention des circuits courts et solidaires, à savoir, le maintien et le développement d'une agriculture maraîchère nourricière, naturelle et saine, de proximité.

Nous avons rencontré des AMAP qui croyaient bien faire et qui contribuaient à "laminer" financièrement le paysan qui n'avait plus de rémunération, parce que les AMAPIENS ne connaissaient pas un des FONDAMENTAUX de l’AMAP, celui du mode de calcul du prix « juste » du panier.

Quelques questions pour avancer dans la discussion :

- comment appeler les consommateurs d’une AMAP autrement ? Ce terme de consommateurs est totalement inapproprié
- quels sont les 3 fondamentaux de l’AMAP, du circuit court et solidaire ?
- comment calculer le prix du panier ?
- faut-il créer une association 1901 ? Pourquoi faire ? Avec qui ? Comment ?

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Réponses à cette discussion

PROPOSITION DE FONDAMENTAUX POUR LES AMAP

L'AMAP est l’Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, dont l'objet principal est de créer un partenariat solidaire entre un producteur et des consommateurs.

Le cadre est le suivant : le paysan pratique des techniques respectueuses du sol, des plantes, de la faune et surtout prend conscience et soin de l’environnement dans lequel il évolue avec ses cultures. Le consommateur achète à l’avance une part de la récolte à venir. Il s’engage pour une saison à récupérer chaque semaine sa part de récolte sous forme d’un panier. La totalité de la récolte est intégralement et équitablement distribuée sur l’ensemble des consommateurs-partenaires. Ainsi ces partenaires-consommateurs assurent la pérennité du paysan car les productions sont « écoulées » à l’avance. Le paysan offre l’accès à la production diversifiée de produits de qualité sur des terres nourricières locales. Il s’engage à produire de manière saine des produits de saison dans le respect du consommateur-mangeur. C’est un réel partenariat dans le respect de l’autre.

Le prix du panier est calculé de façon transparente et juste pour les partenaires-consommateurs. L’ensemble des couts et des amortissements auxquels s’ajoutent la juste rémunération du paysan sont additionnés puis divisés par le nombre de paniers et de semaines de distribution pour fournir le prix du panier.

En pratique :

Chaque semaine le consommateur vient prendre sur le lieu de distribution son panier de légumes frais (ou autre : pain, œuf, volailles en fonction des spécifités du producteur).

Le contrat d’engagement est propre à chaque ferme et dépend du fonctionnement interne de la ferme : contrat sur 6 mois, sur l’année. Pour des raisons pratiques il est recommandé de faire un contrat sur l’année en faisant ainsi correspondre avec les dates de l’exercice de la ferme.

Une agriculture saine : produire sainement n’est pas nécessairement avec le label « bio ». Rappelons que le cahier des charges « bio » autorise des produits chimiques de synthèse : sulfate de cuivre (27,5%) et soufre en poudre (80%). Il est possible de produire sans produit chimique de synthèse, ces quelques millénaires derrières nous le témoigne et aujourd’hui aussi.

C’est une démarche que d’être producteur et de commercialiser sous forme AMAP : tendre vers une production exempte de produits chimiques de synthèse. Cela se fait sur le long terme et nécessite pour le producteur du soutien de la part de ses consommateurs et de l’accompagnement de producteurs expérimentés pour transmettre les savoir faire.

Le cas d’un producteur qui était en conventionnel et fait une reconversion en AMAP, est un changement radical et cela prend du temps pour maitriser les nouvelles pratiques. Il est préférable qu’il aille, à son juste rythme, et accompagné par ses partenaires consommateurs et par des producteurs référents en AMAP, vers des pratiques exemptes de produits chimiques de synthèse.

Nous sommes actuellement dans une situation A, celle que nous voulons est la B. Passer de A à B ne se fait pas du jour au lendemain, il y a le chemin pour y parvenir. De la nourriture chimique nous voulons passer à une agriculture saine et vivante : un claquement de doigt ne suffit pas. Encourager et soutenir un producteur conventionnel ou raisonné pour utiliser de moins en moins de produits chimiques de synthèse, là est la réalité et c’est une belle aventure. L’objectif, c’est d’abord et avant tout, le chemin.

Pourquoi l’AMAP ?

 Se nourrir est un besoin incontournable
 Nous avons besoin de paysans pour nous nourrir, aujourd'hui et demain, localement
 Les paysans doivent avoir la possibilité de produire sainement et d'en vivre
 Construire ensemble la viabilité, la durabilité et la transmissibilité des fermes :
En sortant des contraintes du marché mondial

Les valeurs

 Faire des choix et les traduire en pratiques, ici et maintenant, construire ensemble du commun
 Responsabilisation des acteurs, paysans et consommateurs
 Le lien humain, la solidarité, la confiance
 Engagement réciproque sur la durée, contrats etc.

Humanité et efficacité

 Le concept s'appuie sur le meilleur de l'humain
− Engagement réciproque et solidarité
− Confiance et transparence
− Responsabilité et créativité
 Les résultats positifs en sont immédiatement visibles et mesurables
− Une ferme est maintenue et vit mieux
− Des consommateurs mangent mieux et sain

Une alternative économique

 Un prix correspondant au coût réel des produits et rémunérant correctement le travail des paysans permet
− D'améliorer les conditions de travail et d'embaucher
− D'améliorer l'outil de production
 La suppression des gaspillages dus à la normalisation industrielle
− Rien ne sera jeté, gaspillé, tout sera mangé
− Le paysan a la satisfaction de ne pas jeter, il peut distribuer plus de produits au consommateur

Pour les paysans, des perspectives professionnelles

 Libéré des soucis de commercialisation, le paysan peut se consacrer entièrement à son travail
 Il retrouve la possibilité de pratiquer une agriculture écologique, de choisir librement ses semences
 D'innover et d'expérimenter,
 Le plaisir d'un travail reconnu, d'une dignité et d'une liberté retrouvée

Pour les paysans, des perspectives sociales

 Sortir de l'isolement, élargir le cercle des relations
 Sortir de la concurrence et retrouver l'entraide
 Redevenir un acteur social reconnu pour ces compétences, son rôle dans la société
 Renouer avec la transmission du métier, des savoirs faire, de la terre, « Il y aura un autre paysan après moi, peut être un de mes enfants qui aura vu ses parents heureux dans leur métier»

Santé et environnement

 Une agriculture saine et durable permet
− De garantir à tous une alimentation saine
− De supprimer les diverses pollutions : pesticides et engrais de synthèse, emballages, transports, etc.
− De sauvegarder et redéployer la biodiversité
− De sauvegarder les terres et leur fertilité,
− De sauvegarder les savoirs, compétences et savoirs faire paysans
− De sauvegarder les patrimoines culinaires

Pour le consommateur

 Conserver, retrouver le choix de sa nourriture : savoir où, par qui et comment elle est produite
 Accéder à une alimentation meilleure au goût et pour la santé
 Retrouver le lien avec la nature, les saisons
 Découvrir de nouveaux produits
 Se libérer des besoins artificiels et des frustrations du consumérisme

Le 100% AMAP

 Aboutissement et approfondissement du concept, pari de la confiance
 Responsabilité réciproque totale : « j'ai la responsabilité de te nourrir sainement, tu as la responsabilité de me faire vivre dignement »
 Facilité pour calculer en toute transparence les coûts et les rémunérations
 Facilité de partage de la récolte, pouvoir distribuer l'abondance pour compenser la pénurie
 Facilité d'implication des partenaires dans le projet commun

Pour tous, fierté et bonheur

 De transmettre terres fertiles, semences, savoirs et bonne nourriture à nos descendants
 De participer à une action qui a du sens, à une construction commune
 De partager cette histoire et ce savoir avec les autres comme on partage la récolte
 De recréer des liens, de la cohésion sociale
proposition sur les fondamentaux
Pièces jointes :
UNE ASSOCIATION 1901 : POURQUOI PAS MAIS POURQUOI FAIRE ?

De nombreuses AMAP se sont organisées et structurés en assoc. 1901. Prami celles-ci, de nombreuses difficultés de gouvernance qui se traduisent par des conflits ouverts ou latents. Nous voulons « challengé » - sans parti pris à priori – l’évidence communément admise qu’il faille à tout prix créer une association pour son AMAP. Nous voulons mettre de la clarté sur le sens que cela peut avoir car nous avons vécu de nombreux cas ou nous avons observé que la réunion des "consommateurs" au sein d'une association 1901 n'a pas de sens, que le paysan y soit intégré ou non. Et qu’au contraire, cette structure est inadaptée et conduit à dépenser beaucoup d’énergie (souvent nocive) et en tout cas tout à fait inutile pour le fonctionnement simple d’unensemble de familles qui chacune , contracte avec un paysan.

Une association 1901; POURQUOI PAS mais POURQUOI FAIRE? Pour quelle raison?

Nous avons eu, mon fils Benjamin et moi, le cas à traiter à plusieurs reprises en région parisienne: par exemple, une fois, j'ai travaillé avec le groupe de consommateurs qui était parti pour créer une association 1901. Nous leur avons demandé "Une association, pourquoi faire?"
Il n'y a eu autour du cercle aucun argument, après plus d'une heure de parole: le poids des habitudes en France, les recommandations non fondées sur des faits de tel ou tel site internet, enfin bref, le manque de réflexion en profondeur.

"On le fait parce-ce que "çà se fait comme cela!, çà s'est toujours fait comme çà! On nous a dit de faire comme çà! C'est dit sur le site de X.! L'AMAP du voisin fait comme çà" etc.

Ce sont ces petites phrases, que je connais bien pour les pratiquer, et c'est bien humain (bienvenue au club des êtres humains), qui bien souvent nous empêchent de regarder les choses par nous-mêmes, en profondeur avant de prendre quoi que ce soit pour acquis, de remettre en cause ce qui semble évident.

Or les impacts de la mise en place d'une association 1901 peuvent être néfastes. Ce n'est pas obligé, ce n'est évidemment pas toujours le cas mais notre analyse nous a amené à poser que la mise en place d'une assoc. 1901 n'apportait pas de "plus" et faisait peser sur l'AMAP des risques importants (les faits sur le sujet qui le démontrent, sont maintenant nombreux).

Alors pourquoi s'ajouter des risques dans une aventure déjà pas si simple?

Pour être constructifs, Benjamin et moi, avons proposé un nouveau modèle de gouvernance que nous avons mis en application cette année avec une AMAP dans l’est de Paris. Nous avons aussi présenté ce modèle de gouvernance avec Daniel et Denise Vuillon, lors du colloque international d'URGENCI en janvier 2008, en l'appliquant à l'élection du renouvellement du bureau, qui a été de l'avis de nombreux participants, très concluant dans une situation difficile. (Situation de blocage, conflits latents et non-dits)
Ce nouveau modèle dépasse les habitudes démocratiques du vote à la majorité. Il vise à créer un cercle avec le paysan et ses partenaires "mangeurs" dans le lequel toutes les décisions sont prises par consentement. Une décision est prise si personne ne dit "non". Et si quelqu'un a une objection, celle-ci doit être argumentée. L'argument est alors utilisé par le groupe pour "bonifier/améliorer" la proposition soumise à décision. L'idée derrière la question de l'objection est "On a bien compris l'argument, qu'est-ce que l'on peut amender, mettre en place pour que tu puisses accepter". Jusqu'à ce que l'on trouve une solution acceptable par tous.

Ce type de processus nous permet d'éviter les débats et les jeux de pouvoir générés par nos egos. Il ne s'agit pas critiquer, mais de faire avec, en mettant en place des processus qui nous évite ces effets pervers. Ces processus nous font passer "du débat" à "la coopération", à "la co-création" ENSEMBLE. Plus de rupture unilatérale!

Ce modèle est fondamentalement en ligne avec les principes de base de l'AMAP, à savoir un partenariat entre un paysan et des familles qui prennent la responsabilité de ce qu'ils veulent mettre dans leur assiette.

Afin de joindre le geste à la parole, je propose des formations à ces processus en trois jours: (voir http://www.integraltutoring.info , voir également le groupe ouvert sur facebook « Integral Governance & Tutoring » ) pour que les référents paysans et consommateurs puissent être en mesure de mettre en place dans leur propre AMAP, ce mode de fonctionnement, cette gouvernance équilibrée.

Pour finir, le seul argument que j'ai retenu pour certaines grandes villes, c'est "l'apparente nécessité" pour avoir une salle de distribution en ville (car la ferme est souvent loin du lieu d'habitations des "mangeurs"), d'être "montée en assoc. 1901" pour obtenir une salle.
A cela deux remarques:
1- la plupart du temps, cette information n'est pas vérifiée. Une discussion avec quelques élus me permet de dire que souvent une "association de fait" suffit amplement , ceci d'autant plus que le concept AMAP est maintenant très répandu, que certains élus sont trop contents de contribuer à son développement dans leur propre ville.
2- S'il fallait vraiment une assoc. 1901 pour la salle, face à un règlement aussi strict d'une commune, alors faisons une assoc. 1901 dont le seul objet est d'obtenir une salle. Soyons cohérents.

Enfin et pour vraiment terminer ce long discours, si votre association est déjà montée, nous pouvons travailler ensemble pour "aménager" les choses et introduire ce nouveau mode de gouvernance à partir de ce qui existe et tirer profit des difficultés en cours.

Nous sommes à votre service et à la disposition de tous ceux qui sont intéressés par la résolution des conflits par la mise en place de ce mode de gouvernance. Ceci peut nous faire gagner tellement d'énergie gâchée et éviter l’impuissance
Je me suis trompé de site, c'est le lien suivant qu'il faut regarder pour les formations:
http://www.integralgovernance.info

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