Parfois, laisser la vie trouver un chemin n’a rien de bon !

C’est la conclusion d’une récente étude publiée dans Nature Climate Change par des dizaines de chercheurs internationaux. Grâce à des drones et des prises de vue satellitaire, ils ont constaté que l’Arctique commençait à verdir. Ce qu’ils appellent le phénomène d'”Arctic greening” est selon eux un mauvais signe. Ce n’est un secret pour personne : le réchauffement climatique en cours entraîne progressivement la fonte des glaces accrochées depuis des milliers d’années aux pôles de notre planète. Si, dans ces régions, l’hiver continue d’être rude, long et sans lumière, les températures estivales ne cessent d’augmenter.

Au pôle nord, ces dernières années, l’été est parfois si chaud que d’immenses zones de terre sont débarrassées de glace et de neige. Les multiples épaisseurs de tourbe – une boue formée d’accumulation d’organismes morts fossilisés – du permafrost sont ensoleillées et les quelques plantes qui en dépendent se multiplient. Pendant des milliers d’années, ces dernières se sont adaptées à survivre dans des conditions presque insurmontables jusqu’à ne pouvoir grandir et se reproduire que pendant un mois tous les ans. Aujourd’hui, l’été leur est plus favorable. Des pans entiers de l’Amérique du Nord et du Groenland verdissent : de l’herbe et des buissons poussent sans vergogne.

Si les végétaux et leur capacité à capter du CO2 pour produire de l’oxygène peuvent être bénéfiques, leur développement en Arctique pose problème. La conquête du pôle nord par les plantes pourrait effectivement favoriser le réchauffement climatique. Tout d’abord, dépourvus de neige et de glace, les paysages blancs de l’Arctique ne sont plus capables de réfléchir autant les rayons du soleil et, avec eux, sa chaleur. Ensuite, les buissons qui pullulent forment progressivement une canopée basse qui empêche la neige de toucher le sol l’hiver et retient donc la chaleur. Protégé du froid glacial, le permafrost entame alors son dégel. Sol gelé depuis des millénaires, le permafrost est une boîte de Pandore : il contiendrait deux fois plus de CO2 que notre atmosphère.

Son dégel libérerait ainsi des quantités astronomiques de gaz à effet de serre qui accentueraient donc le réchauffement climatique. Réchauffement qui accélérerait à son tour le processus jusqu’à son dégel complet. Le permafrost étant en partie composé de glace, son dégel contribuerait aussi à la montée des eaux. Une ressource, par ailleurs, indispensable à la croissance des plantes à l’origine de ce cercle vicieux. De plus, le permafrost comporte aussi une grande quantité de biomasse. Son dégel libérerait des plantes dont la germination était restée bloquée depuis des milliers d’années – alimentant, encore une fois, le cercle vicieux. “Quand on voit l’herbe et les buissons à la surface, ce n’est que le sommet de l’iceberg”, souligne Isla Myers-Smith, écologue à l’université d’Édimbourg à Wired.

D’après les chercheurs, une fois la conquête des plantes réussie, un nouvel écosystème pourrait se former. Cependant, ils se demandent encore quelles espèces d’herbivores, petits et grands, viendront s’installer en Arctique. Quel écosystème pré-existant ailleurs en souffrira ? Comment ces animaux interagiront avec les quelques espèces qui vivent encore en Arctique, comme l’ours blanc ? Et qu’en sera-t-il des plus microscopiques êtres vivants, encore inconnus, libérés par le permafrost ? Comme le remarque l’un des chercheurs, Jeffrey Kerby, “à mesure que le permafrost fond, des microbes vont commencer à consommer la biomasse morte qu’il renferme”, se développer et à trouver leur propre chemin jusqu’à nous.

GOUTY

Vues : 61

Les commentaires sont fermés pour ce billet

Commentaire de JF@ le 22 février 2020 à 5:12
Commentaire de JF@ le 22 février 2020 à 5:11

JF@

© 2020   Créé par cyril colibris.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation