Pas moins de quatorze femmes et trois hommes se sont retrouvés le 23 novembre dernier pour démarrer leur formation de bergers à l'école d'agriculture du Valais !

Un record féminin qui a surpris l'enseignant et maître agriculteur Jean-Luc Moulin, même si la tendance se dessinait déjà l'année précédente. La volée 2014-2015 comptait en effet déjà neuf femmes pour le même nombre d'hommes, alors qu'en 2013-2014, seules sept femmes pour quatorze hommes ont commencé la formation. «Je ne sais pas comment expliquer cet engouement féminin», s'amuse Jean-Luc Moulin, qui souligne que l'activité de berger convient aux deux sexes. «Seule la manipulation des moutons exige beaucoup de force physique. Mais elle peut se révéler difficile également pour certains hommes, selon leur gabarit», poursuit l'enseignant.

La formation continue de bergers en français a été introduite en 2013, en collaboration avec l'association suisse pour le développement de l'agriculture et de l'espace rural (Agridea). Elle se compose de trois modules théoriques de huit jours au total, d'un stage pratique de trois semaines en bergerie et d'un autre de deux mois sur un alpage. «Au terme de leur formation, les bergers doivent être capables de mener un troupeau de 400 à 800 bêtes», indique M. Moulin. Mais conduire un troupeau n'est pas tout. Les futurs bergers doivent maîtriser les caractéristiques et le comportement des moutons, détecter leurs éventuels problèmes de santé et leur donner les premiers soins. Ils doivent aussi reconnaître les différents herbages, les plantes toxiques, acquérir des notions de météorologie, se familiariser avec les dangers de la montagne ou encore avec les grands prédateurs et la conduite de chiens de travail et de protection.

Vaste programme dispensé par une vingtaine d'intervenants et complété par une pratique sur alpage pénible, astreignante, solitaire, à mille lieues de l'image idyllique que beaucoup s'en font. Cela explique sans doute les nombreux abandons en cours de formation. Sur les 39 inscrits des deux premières volées, seuls 14 ont accompli leur formation jusqu'au bout. «Certains participants avaient décidé dès le départ de suivre uniquement la partie théorique. D'autres n'ont pas pu se libérer professionnellement pour accomplir leur stage», explique M. Moulin.

Sage-femme, employé de bureau, infirmier ou encore restaurateur d'art, les personnes intéressées par la formation ont des parcours très divers. «Elles ont entre 20 ans et 58 ans», précise l'enseignant. Parmi elles, Fabienne Bianchi, une Tessinoise de 33 ans qui a achevé sa formation de bergère en juillet 2015. Pour mener à bien ses stages, elle a abandonné sa profession d'infirmière. Depuis, elle travaille dans une ferme biologique du Vallemaggia (TI). Un «aboutissement logique» pour la jeune femme : elle a toujours vécu entourée d'animaux et aspire depuis l'enfance à travailler à l'alpage. Durant son stage, elle a vécu l'intensité et l'exigence du labeur, l'inconfort, la dureté de la solitude, les contraintes de la météo et de la montagne. «J'ai eu des moments de crise, mais avec le recul, je constate que cela m'a fait du bien. Je suis faite pour ça!». Elle lance actuellement un projet avec des handicapés dans la ferme tessinoise qui l'emploie. Une manière de concilier sa nouvelle et son ancienne formation.

Fabienne Bianchi est très satisfaite de la formation continue de l'école d'agriculture du Valais, dispensée «par des professionnels passionnés, ouverts et exigeants». Elle estime toutefois que l'abondante théorie mériterait d'être mieux répartie dans le temps. Elle souhaiterait en revanche aborder quelques activités pratiques supplémentaires : suivre un berger expérimenté sur le terrain durant une journée ou encore apprendre à construire une clôture. La formation suisse de bergers existe également en allemand depuis 2009. Les cours se répartissent entre le site de Viège de l'école d'agriculture du Valais et l'école de Landquart (GR). Les futures bergères y sont également majoritaires.

«Nous non plus, nous n'avons pas d'explication à ce phénomène», déclare Moritz Schwery, enseignant et responsable du site de Viège.

ats/nxp

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Commentaire de JF@ le 27 décembre 2015 à 7:13

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