Le plus souvent, les autorités affectent aux plus pauvres des terrains impropres à toute culture. C'est là que s'installe la première cabane; à côté vient s'en élever une seconde, puis une autre; spontanément, sans aucun plan, surgit une rue; elle en rencontre une autre, c'est le premier croisement; puis les rues se séparent, tournent, se ramifient; ainsi nait un quartier. Comment se procurer les matériaux de construction? Encore un mystère. Sur la tête, sur les épaules, sous les bras sont transportés des morceaux de tôle, de planches, de carrosserie, des cageots, des caisses. Tout est assemblé, plié, formé, collé et cloué. Dans la plupart des cas, ces cabanes ont une dimension presque standard, 2m sur 2, qui permet de loger un lit où toute la famille repose en travers. Faites de bric et de broc, ces architectures sont inventives et fantaisistes. Pas de briques, pas de portes, la plupart du temps pas de vitres. Que survienne, comme cela est régulièrement le cas dans certaines parties du monde , un typhon ou un simple orage violent, tout s'envole, tout disparaît, tout s'abat sur les habitants; quelquefois, des plaques de tôle font 2 ou 300métres avant de blesser cruellement ou de tuer.

L'insécurité imposée aux ruraux déracinés par l'aveuglement et l'égoïsme des plus riches a deux conséquences:

La très grande mobilité forcée de l'habitat.

Les enfants, grandis dans l'insécurité, l'angoisse, la malnutrition, apprennent très rapidement à se débrouiller pour apporter leur contribution à l'approvisionnement de la famille; et, le plus souvent, la seule façon de participer est hors la loi. C'est ainsi que très rapidement se perdent tous les repères aux règlements. On apprend à chaparder, à vendre de la drogue, à devenir receleur, à se prostituer , à tuer pour quelques ressources et pour de la considération. On s'intègre le plus souvent à une bande mafieuse.

Personne ne fait de provisions. D'ailleurs, où les mettre? Où les enfermer à l'abri du vol? On vit dans l'immédiateté, au jour le jour; chaque journée est un obstacle, difficile à vaincre; on ne fait plus de plan, on ne rêve même pas. Les habitants des bidonvilles sont des nomades de la ville, des voyageurs errants dans le labyrinthe chaotique, poussiéreux ou boueux des rues. Ils peuvent disparaître sans laisser de trace, car ils n'ont rien, ils ne sont rien.

Ils vont plus loin, attirés par le mirage d'un emploi, effrayés par une épidémie ou chassés par leur propriétaires pour un loyer de quelques francs impayé. Tout dans leur vie est provisoire, mouvant et précaire, tout existe sans exister; cette incertitude permanente fait que les habitants des bidonvilles sont constamment effrayés, se sentent tout le temps menacés.

Ayant abandonné la misère et la solitude de leur campagne, ils ont fait le voyage jusqu'à la ville dans l'espoir de vivre mieux. L'univers de la ville les engloutit, dès le lendemain de leur arrivée ils ne sont plus capables d'en sortir. Leur principale caractéristique est sans doute l'absence absolue de projet, la vie au quotidien. Leur seul but est de trouver à manger, pour eux et leurs enfants; pas question de prendre le temps de penser à une scolarité sérieuse pour ces derniers, pas le temps de rêver à une ascension sociale, moins encore à des vacances. Les enfants, quand ils vont à l'école, arrêtent leur scolarité vers 7 ou 8 ans; il devient alors temps qu'ils rapportent eux aussi de quoi manger pour eux-mêmes et les autres membres de la famille.

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