Comment réussir dans nos groupes, qu'un ensemble de solistes, se fondent suffisamment pour jouer ensemble LE PROJET ?


Un précédent blog vous présentait "SPIRA MIRABILIS", cet orchestre de 51 musiciens qui jouent sans chef. Sans aller plus loin, je vous invite à écouter et regarder attentivement cette vidéo et de noter ce que vous observez quand le chef d'orchestre est "absent".

Lien vers la vidéo :Spira Mirabilis Shubert Symphonie n°3

Avez-vous observé des différences ?

Sentez-vous qu'un autre mouvement, un autre esprit est à l'oeuvre ?

Ce groupe de musiciens est à la recherche d'une troisième voie dans laquelle tous les musiciens créent une idée musicale unifiée. Pour rappel, voici leur "table de lois" ou commandements artistiques :

1. jouer sans chef

2. étudier les instruments d'époque

3. prendre des risques

4. ne jouer qu'une fois qu'une seule oeuvre

5. faire du concert une expérience participative

Prenons cette métaphore pour avancer sur la question de notre capacité à oeuvrer collectivement.

Spira Mirabilis évoque : "la raison pour laquelle nous prenons le temps de façonner et de travailler sur  cette "pensée collective", c'est que nous pensons qu'il est digne d'écouter quelque chose qui est le produit des CERVEAUX et des COEURS au travail, par opposition à la pensée d'une seule personne menant un groupe de musiciens.

Cette idée nécessite un engagement individuel et collectif pour aller vers une oeuvre commune qui existe certes, sur la partition, mais qui se joue au-delà, dans une zone non explorée. Cela demande du courage pour entrer dans un choeur non guidé par un chef d'orchestre, vécu comme "l'esprit" et le tempo du groupe, qui saurait et sentirait ce qui est juste pour l'ensemble.

Si tel un artiste, chaque acteur d'un collectif, entre dans sa totalité, cerveau, coeur et corps. Si chacun, pour exercer son action va au-delà de sa compétence "connue" et entre dans sa sensibilité, son écoute et son ouverture à l'autre et à l'ensemble. A cet instant, le groupe franchit un espace, il devient pleinement vivant et l'ego se range au bénéfice de la création et de l'oeuvre.

Les musiciens de "Spira Mirabilis" partagent leur expérience par ces mots : nous sommes "le morceau d'un grand puzzle, comme une image de nous à un certain stade de notre maturation et de croissance. Partager cette image, c'est partager notre vision : être musiciens dans la manière la plus engagée et passionnée".

Avez-vous observé la vidéo ci-dessus ? l'élan vital de chaque musicien, les corps qui bougent, les yeux qui observent, l'écoute individuelle et globale ?

Le besoin :

- connaître son talent d'artiste 

- oser sortir du connu pour entrer dans l'inconnu

- une attention et une écoute des autres

- un réajustement dans l'instant pour être ensemble

- une adaptabilité hors ego pour jouer l'oeuvre du collectif 

Le cadeau :

- une stimulation du vivant qui expérimente la nouveauté

- une croissance continue de chaque artiste sur tous les plans de l'être

- une inspiration autorisée et en mouvement

- une expérience de groupe hautement démocratique

- la joie d'être au service d'un projet novateur et collectif

C'est la voie du coeur reliée à la pensée. Ici, la conscience du groupe est vécue au bénéfice du projet. Le chemin parcouru ensemble devient l'essentiel, le concert est le cadeau offert, il n'est pas l'objectif à atteindre. C'est un renversement ...

"Nous ne sommes pas un orchestre, nous sommes un projet, 

c'est le processus d'apprentissage qui compte, le concert n'est qu'un bonus."

La spirale logarithmique fut souvent utilisée par l'homme, notamment dans les constructions architecturales, tels certains clochers, jardins, paysages, allées de châteaux ou belvédères, 

dans lesquels la forme en ouverture confère à l'édifice une dimension d'infini.



Ces musiciens partagent avec le public les raisons pour lesquelles ce groupe existe, sa raison d'être. Et en les partageant, il est ouvert et il reçoit le public, lui-même impliqué comme partie active de son expérience.

C'est le moment où l'artiste entre dans un autre niveau d'écoute, il entre dans le choeur et son coeur s'ouvre, il devient l'orchestre, il devient l'ensemble. Dans le coeur humain existe le tempo, le rythme et l'équilibre du donner et du recevoir. En ouvrant cet espace, le groupe de musiciens entre dans la conscience organique où chaque cellule n'est pas plus importante que l'ensemble, elle l'est autant que le violon est indispensable à son archet pour créer.

A ce niveau, une autre réalité apparaît, le chef d'orchestre est un élément subtil à l'intérieur de chacun, il n'a plus besoin d'être à l'extérieur, il est intégré en chacun. C'est l'équilibre et la sagesse innée qui réside en chaque être. Elle est à retrouver, à laisser émerger ...

Ici la critique n'a plus sa place, l'encouragement et l'enthousiasme l'ont remplacée. C'est un monde nouveau, celui de l'artiste inter-indépendant, la forme est dépassée, l'ego n'est plus que l'instrument au service de la musique.

Nous quittons la cacophonie et passons à la symphonie, à l'écoute globale. 

Et si nous expérimentions ce chemin dans les collectifs, les groupes et les organisations ?

L'idée n'est pas de changer le monde, c'est déjà de changer son monde intérieur, le décloisonner et expérimenter ce mouvement d'ouverture, d'accueil, cette qualité d'écoute à l'autre, au sein du groupe dans lequel nous sommes investis, qu'il soit familial, associatif, organisationnel et/ou citoyen.

Quitter la monotonie et l'uniformité de ce que nous "savons déjà" pour oser l'ouverture vers des communautés vivantes qui s'ouvrent à explorer d'autres voies. Soyons conscients que le risque est de rester coincé dans le passage d'un paradigme à l'autre. De stagner au milieu du gué, ou régresser vers l'individuel gêné par une cacophonie ou chacun fait ce qui lui semble bon, sans écouter l'ensemble. Ou encore, celui de créer de nombreux îlots qui ne communiquent pas, font la même chose sous un autre nom, si les égos restent trop prégnants.

Il s'agira donc de s'éveiller à la conscience d'inter-indépendance pour découvrir peu à peu que la conscience individuelle nous a coupé du collectif. En effet, cette dernière est l'art de se couper des autres et de la nature. Ce n'est pas parce que la personne a compris ce qu'est la conscience de groupe qu'elle adopte un comportement de groupe, nous le voyons tous les jours dans nos expériences collectives. En effet, il est nécessaire de passer le barrage de l'individuel afin de quitter le conflit conscient ou inconscient entre le projet d'ensemble et le projet individuel.

Il nous faut donc un troisième niveau de vision pour nous impliquer plus profondément et lâcher l'ego individuel.

Otto Scharmer, dans son livre "Théorie U" qui vient de sortir en français, nous partage que "c'est par une connexion profonde avec des valeurs et un projet qui les met en action, que l'individu renonce à l'ego pour consentir au collectif. Si "l'appel" ne retentit pas d'un esprit et d'un coeur ouvert, l'engagement tourne facilement à l'obsession et le processus de création se pervertit en volontarisme" avec tous les eccueils que nous connaissons de l'activisme social.

Il nomme ce passage : "de l'égologie à l'écologie"


L'idée force est ici que ce leadership(*) - esprit, coeur et volonté ouvertes - apparaît quand les gens s'accordent en profondeur avec qui ils sont réellement (l'artiste et son instrument) et qu'ils reconnaissent leur responsabilité dans le processus de création (le projet musical) de ce qui compte le plus pour eux, aujourd'hui et à l'avenir (le chemin de croissance infini).

Il ajoute : "Quand les groupes commencent à fonctionner à partir d'un réel potentiel d'avenir, ils accèdent à un autre champ social que celui dont ils ont l'habitude. Cela se manifeste par un changement qualitatif dans la pensée, le dialogue et l'agir collectif. Lorsque ce changement advient, les personnes se connectent à une source de créativité et de connaissances plus profondes et vont au-delà des schémas du passé. Elles accèdent à leur réelle capacité, au potentiel de leur moi authentique. Apparaît alors une transformation du champ social, et l'ensemble des connexions grâce auxquelles les acteurs d'un système donné entrent en relation, dialoguent, pensent et agissent, se trouve transformé."

Comment réussir dans nos groupes qu'un ensemble de solistes se fondent suffisamment pour jouer ensemble ?

C'est le défi passionnant des mois et des années à venir ...

(*) Notons que "leader" signifie ici : tous ceux et celles qui s'engagent à créer du changement et à modeler leur avenir, quelque soit le poste, la fonction qu'ils et qu'elles occupent.


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Commentaire de Buet Jean-Pierre le 11 mars 2012 à 11:26

Commentaire par Buet Jean-PierrehierSupprimer le commentaire

Il ne peut y avoir de réponse partielle et une seule manière de vivre. Une réponse partielle est incomplète et une réponse à une question n'est pas forcément un objectif en soi.  La question est parfois plus importante que la réponses. Dieu existe - t'il ?, Comment devrait être un nouveau monde ? Ces questions ne procèdent pas de l'intellect, elles s'aventurent dans le domaine de l'inconnu et donc toute réponse résultera d'un point de vue, car personne ne connait Dieu s'il existe et si je vous décris le nouveau monde, il sera déjà vieux. Le nouveau monde ne sera nouveau que s'il n'est pas figé dans une organisation avec des lois, des chefs etc. Jean-Pierre

Commentaire de Buet Jean-Pierre le 9 mars 2012 à 18:44

L'orchestre est un, les regards ne plus dirigés vers le chef mais vers les autres, une grande liberté se dégage du groupe et une joie de jouer palpable. Il n'y a pas la crainte ''du coup de baguette'', jouer est ce qui occupe l'instant présent,  la compétition n'a pas place et le résultat n'est pas l'objectif ; même si vous deviez rejouer la même oeuvre j'ai le sentiment que la même magie opérerait. C'est magnifique !

Jean-Pierre

Commentaire de Verdurand le 8 mars 2012 à 14:03

Est ce que cette manière de vivre peut être une réponse partielle ?

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Commentaire de Buet Jean-Pierre le 8 mars 2012 à 11:08

Quand des hommes se réunissent et créent quelque chose de neuf, toute la conscience collective humaine s'enrichit.

Le chef peut et même devrait disparaître dans toutes activités de groupe de toutes natures  mais si à un moment donné il semble nécessaire de faire appel à une compétence individuelle, celui qui assumera ce rôle sera le guide - personne qui montre le chemin et qui renseigne dans son domaine de compétence - et ensuite il rentre dans le rang et éventuellement, si le besoin s'en fait sentir un autre pour une autre compétence prend la place.

Merci d'être,

Jean-Pierre

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