Coronavirus : la revanche éloquente des faits

Après avoir subi, plus lourdement encore depuis ces quatre dernières décennies, cette abstraction immonde qu’est l’économie hors sol capitaliste, le monde réel prend avec éloquence une incontestable revanche.

Et cela à plus d’un titre.

Par son origine, le virus appuie là où ça faisait déjà très mal au niveau du système capitaliste : la barbarie de la pression sur le vivant. Ce coronavirus, hôte de mammifères sauvages, ne s’est pas transmis par hasard à l’ensemble de l’espèce humaine.

An départ, sans doute, la pression de la faim conduit des êtres humains à fouiller les moindres ressources vivrières encore disponibles gratuitement. Ainsi apparaissent les virus transmissibles par zoonose. Il faut parler au pluriel, car le virus responsable de la pandémie actuelle n’est pas le premier, ni sans doute le dernier, mettant en lumière la pression extrême exercée par l’être humain sur tous les écosystèmes naturels du monde entier.

Souvent, cela n’a pour seule conséquence que de provoquer des disparitions d’espèces sauvages. Mais, dans le cas de la transmission de virus à l’espèce humaine ; c’est la survie de celle-ci qui se trouve à son tour menacée.

Le capitalisme se serait bien accommodé d’une nature qui meurt en silence ; mais, c’est oublier un peu vite les lois de la biologie. La densité de population humaine et son brassage mondiale ont offert une voie royale au déploiement de la pandémie du Covid-19. En moins de trois mois, elle a fait le tour du monde !

Par sa puissance de diffusion, ce fléau sanitaire a ébranlé les systèmes de santé de pays dits riches ; et qui en plus avaient au préalable déjà grandement fragilisés, par des coupes budgétaires sombres.

L’arbitrage en faveur des profits capitalistes au détriment de la préservation de la santé, en retardant la prise de mesures de santé publique suffisamment significatives, a grandement amplifié les effets de la pandémie. Les mesures d’autant plus sévères qui ont dû être prises dans la précipitation ont signé la débâcle de l’action publique relevant de la responsabilité des gouvernements. Navigant à vue et dépourvus de moyens, ceux-ci n’ont plus comme seul recours qu’une rhétorique publique vide de sens.

On constate, non sans effarement, un déclin des moyens mobilisables pour la sécurité civile, en Europe et aux Etats-Unis, particulièrement.

L’économie libérale s’accommode des risques de pollution et de surmenage que provoquent ses activités ; mais se trouve fort dépourvu quand survient une menace extérieure sur laquelle elle manque de prise. Et, il pourrait s’en présenter bien d’autres, à l’avenir…

Le sens des responsabilités et le courage déployés par le personnel soignant et tous les acteurs au service de la société, permet, à celle-ci, de faire face, en dépit de la non-préparation des pouvoirs publics. Parce que les compétences et les forces sont à ce niveau d’efficience au sein de la société, dans une telle situation de face-à-face avec la réalité, le rôle illusoire de l’élite gouvernante apparait au grand jour.

La fracture sociale n’est plus où on l’avait décrite. Les garants des institutions font pâle figure, complètement distraits des enjeux réels, par ceux de la politique politicarde. Juste au moment de prendre des décisions stratégiques pour faire face à la pandémie, les départs de membres du gouvernement à des postes décisionnels clés en matière de santé publique et le maintien insensé du premier tour des élections municipales en sont les preuves accablantes.

Aussi, la question de savoir si les bonnes gens n’ont pas de raisons supplémentaires de quitter la posture du consentement absurde ne se pose même pas. La société civile est en passe d’acquérir un leader chip qu’elle pourrait mettre à profit pour faire avancer des enjeux sociaux et économiques verrouillés par le dogmatisme libéral.

 Dans le choc avec les réalités, la vacance du pouvoir politique, que tout le monde soupçonnait, a été mise à nue. Qui n’a pas conscience que d’autres périls nous attendent à l’avenir, en grande partie, concoctés par l’imbécile arrogance des élites économiques et politiques occidentales.

C’est « la première fois que les pouvoirs publics provoquent une récession en cherchant à résoudre une crise de santé publique », relate un article de The Christian Science Monitor, reproduit dans le Courrier International du 9 avril dernier. C’est la première fois que le système technico-capitaliste se saborde de lui-même.

Les suites politico-économiques ne peuvent être qu’inhabituelles. Suivant l’avenir des crises - celle-ci, mais aussi peut-être de prochaines, - la fin de la mondialisation se profile nettement à l’horizon. « Le retour à l’économie naturelle ne serait pas guidé par les pressions économiques classiques mais par des préoccupations plus fondamentales », commente un article du Foreign Affairs, publié dans le même numéro du Courrier International.

Par un sort de la nature, les sociétés humaines pourraient devoir se résoudre à réactualiser l’opportunité de contribuer à une économie plus « naturelle ».

Le philosophe québécois, Alain Deneault, rappelle que l’économie réelle est celle de la nature. Et qu’il serait temps de s’en ressaisir ; ainsi que de toutes les formes d’économies réelles, c’est-à-dire de mise en relation honnête et sincère entre les êtres vivants.

Par son angle de tir et sa puissance de frappe symbolique, la pandémie mondiale provoquée par le coronavirus est susceptible d’ébranler jusqu’aux fondements d’une culture occidentale froide et utilitariste à outrance.

Il est peut-être largement temps de se résoudre à s’en défaire, en réinvestissant dans une posture humaine plus riche, plus responsable et plus féconde.

Dans une perspective qui ne méprise ni l’engagement dans le concret, ni des aspirations spirituelles plus élevées et plus proprement humaines.

 

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