« Feu vert » pour les braconniers

De même que la légalisation des drogues est parfois présentée comme la meilleure parade aux trafics clandestins, l’autorisation de la chasse aux grands carnivores est considérée, par certains gouvernements, comme le moyen le plus sûr de lutter contre le braconnage !

Cette approche est notamment en vigueur dans les pays scandinaves, Suède, Norvège et Finlande. Elle est aussi préconisée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui, dans un « manifeste pour la conservation des grands carnivores en Europe », estime que « la chasse légalisée et bien régulée, à des niveaux soutenables, peut être un outil utile », en particulier en faisant « diminuer la chasse illégale ».

Cette hypothèse n’a pourtant jamais été étayée par des travaux scientifiques. Or, elle est en réalité erronée, d’après une étude publiée, mercredi 11 mai, dans les Proceedings of the Royal Society of London B, une revue éditée par l’Académie des sciences britannique. Ses auteurs, Guillaume Chapron (Université suédoise des sciences agricoles) et Adrian Treves (Université du Wisconsin), ont passé au crible l’évolution des populations de loups gris (Canis lupus) dans les deux Etats américains du Wisconsin et du Michigan, entre 1995 et 2012. Au cours de cette période, le statut du canidé a changé à six reprises dans ces deux Etats, au fil de décisions de justice contradictoires, qui l’ont tour à tour déclaré espèce protégée, non protégée, de nouveau protégée… Cette bataille juridique s’est traduite par des années durant lesquelles des abattages étaient autorisés, et d’autres où ils étaient prohibés. Ce qui, pour les chercheurs, constitue une expérimentation grandeur nature, sur le terrain, de l’impact de la libéralisation de la chasse.

Il apparaît que le taux annuel de croissance des populations de loups est plus faible lorsque les tirs de prélèvement sont permis, indépendamment du nombre d’animaux légalement abattus (entre moins de cinq et plus de quarante selon les années et les Etats). Certes, le nombre de canidés a continué d’augmenter, dans le Wisconsin (815 têtes dénombrées en 2012) comme dans le Michigan (587). Mais cette progression a été plus lente que ne l’aurait voulu la dynamique démographique naturelle. Pour les chercheurs, ce ralentissement démontre que les années de légalisation de la chasse se sont accompagnées d’une hausse du braconnage. « Nos résultats vont à l’opposé de l’hypothèse selon laquelle les braconniers ne tueront pas illégalement un animal sauvage s’il y a une alternative légale, comme des tirs effectués par le gouvernement ou des saisons de chasse, résume Guillaume Chapron.»

« Autoriser le tir de loups est plus susceptible d’augmenter le braconnage que de le réduire.»

LeHir

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Commentaire de JF@ le 12 mai 2016 à 14:10
Commentaire de JF@ le 12 mai 2016 à 14:08
Commentaire de JF@ le 12 mai 2016 à 7:07

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