Les 19 et 20 septembre, l'édition 2020 des Journées européennes du patrimoine mettra à l'honneur un produit du terroir français : le foie gras !

Des producteurs, notamment dans le Sud-Ouest, vont ainsi ouvrir leur exploitation aux visiteurs. Si l'initiative est portée à l'échelle nationale par le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras, chaque département organisera les visites sur son territoire.

Pour Nelly Tescari, de la chambre d'agriculture des Pyrénées-Atlantiques, l'objectif est de « faire connaître le foie gras aux consommateurs ». Ce rendez-vous permettra aussi de promouvoir la filière fortement impactée par la crise sanitaire. Le département des Pyrénées-Atlantiques a ainsi décidé de mettre en avant deux fermes, qui sont situées à Urt et à Arzacq-Arraziguet, et qui « font tout de A à Z » : de l'élevage à la vente, en passant par le gavage et la transformation. Élodie Desperben, de la FDSEA (fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) 64, ajoute que le but est de « mettre en avant la gastronomie du Sud-Ouest ».

En Dordogne, Albin Meynard, habitué à faire visiter son élevage, a accepté avec plaisir de « faire découvrir le métier ». « Le Cifog a mis en avant les élevages fermiers », précise-t-il. L'organisation a, en effet, choisi des exploitations qui font du circuit court, qui, contrairement au circuit de distribution, qui ne fait pas intervenir plusieurs opérateurs dans l'élaboration du foie gras. Un choix stratégique en France, premier pays producteur et consommateur de foie gras du monde. Albin Meynard voit dans les Journées européennes du patrimoine un événement qui lui permettra de partager les valeurs de sa production fermière, de parler directement avec les consommateurs, à l'heure où la filière est critiquée par les associations de défense des animaux. « Certes, elles dénoncent des choses réelles, mais il y a aussi les bons côtés, dont elles ne parlent jamais », affirme l'éleveur.

En Dordogne, toujours, Florian Boucherie, éleveur en circuit court, privilégie la vente directe et la qualité à la quantité. « À l'heure de l'agribashing, il faut rappeler le bien-fondé de notre métier », dit-il, avant d'affirmer qu'il est prêt à en montrer le plus possible, y compris le gavage : « Pourquoi pas, si ça tombe au moment des visites ? » Dans sa ferme familiale du Gers, Pierre Peres fait déjà régulièrement visiter son exploitation aux gourmets. En septembre, il montrera comment il fait son foie gras, qui, pour lui, fait partie intégrante du patrimoine du Sud-Ouest. Fier de son élevage, il veut aussi que le public puisse constater ses efforts en matière de bien-être animal et d'environnement : « Les animaux sont en forme et pas maltraités. »

Tous les éleveurs le répètent : ils n'ont rien à cacher. « On n'a pas honte », renchérit Élodie Desperben. Des propos qui peuvent poser question quand on sait que les gestes barrières liés à la fois au coronavirus et à la grippe aviaire empêcheront les visiteurs d'entrer dans les bâtiments dédiés aux canards. C'est pourquoi Élodie souhaite faire des vidéos qui montreront l'intérieur des locaux. Une manière pour elle de répondre aux « mauvaises images » diffusées sur la filière du foie gras. Dans sa ligne de mire, l'association L214, figure de proue de la lutte contre la souffrance animale, qui fustige justement la présence cette année des producteurs de foie gras aux Journées européennes du patrimoine.

« Les animaux ne profitent pas du “patrimoine” », ironise Brigitte Gothière, cofondatrice de l'association. Elle dénonce le « très fort lobbying pour faire inscrire le foie gras comme patrimoine dans la loi ». En effet, selon l'article 654-27-1 du Code rural et de la pêche maritime adopté en 2006, « le foie gras fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé en France. On entend par foie gras le foie d'un canard ou d'une oie spécialement engraissés par gavage. » Ce qui fait polémique dans cette définition, c'est le gavage, qui n'est pourtant pas nécessaire d'après les membres de L214. De nombreux pays européens l'ont ainsi purement et simplement interdit, privilégiant une méthode plus douce qui permet d'obtenir un résultat similaire, sans rendre le canard malade. « C'est une pratique barbare d'un autre temps », assène Pauline Laporte, référente de l'association à Lyon. Elle milite donc pour changer la loi et éviter ainsi le gavage, même si elle admet que L214 ne s'en contentera pas.

Certaines étapes du processus de fabrication du foie gras seront occultées, selon Brigitte Gothière : « Vont-ils réellement montrer le gavage ? » Quant à la grippe aviaire, c'est pour elle une « bonne excuse », une façon d'éviter de montrer l'étape principale dans la fabrication du foie gras. « C'est une opération marketing ! » Elle critique en outre l'industrialisation de la filière. Un aspect que ne montrera pas le Cifog lors des Journées européennes du patrimoine. Une initiative qui n'est donc pas représentative de la situation selon Brigitte Gothière. Pauline Laporte précise que les éleveurs se préoccupent uniquement du côté produit, invisibilisant ainsi les animaux. « [Ceux-ci] ne sont pas des ressources à notre disposition. La question culturelle ne doit pas occulter leur souffrance. » Et aucune exploitation, même en circuit court, ne vaut mieux qu'une autre, selon elle, puisque le résultat est le même.

Pauline Laporte évoque aussi les alternatives végétales au foie gras, « qui ne changeront rien à nos traditions », assure-t-elle. D'ailleurs, le foie gras n'est pas si vieux d'après Brigitte Gothière, qui fait remonter son histoire française à environ 200 ans. Une période courte quand le Cifog explique que les Égyptiens ont inventé le foie gras il y a 4 500 ans. En 2019, l'association avait révélé l'envers du décor d'une fabrique de foie gras, le Domaine de La Peyrouse, exploitation du lycée agricole de Périgueux. Domaine qui avait été récompensé par une médaille d'or au Concours général agricole 2019. L214 avait notamment montré des images de canetons vivants jetés à la poubelle. Le foie gras étant fait uniquement à partir de canards mâles, les femelles leur sont inutiles.

Toujours en 2019, le Cifog avait publié en enquête en partenariat avec le CSA, rapportant que 95 % des Français s'accordent à dire que le foie gras fait partie du patrimoine hexagonal.

PORTEVIN

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Commentaire de JF@ le 7 août 2020 à 7:32
Commentaire de JF@ le 7 août 2020 à 7:32

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