J’aime les grands froids, la mort peut y réchauffer les cœurs.

 

Il suffit de quelques degrés de moins  pour que la misère qui arpente les trottoirs soit enfin vue.

Des milliers de personnes sans abri ou mal logées sont pour une fois prises en considération. Ceux qui vivent dans les voitures ou  dans les caravanes de fortune sont reconnus pour leur courage à affronter cette situation.

On découvre  que tous ces gens travaillent, mais qu’ils n’ont pas assez d’argent pour mieux se loger. Le froid révèle la dureté de leurs vies.

 

Ils ne sont plus des nantis, profiteurs du système tels qu’on les présente aujourd’hui.

Parce qu’ils risquent de mourir, ils ne sont plus des ennemis qui soit disant vivent au crochet de la société.  Dans cette France où l’on veut faire croire que la  pauvreté est une affaire de fainéants, de resquilleurs, le froid révèle la tragique vérité.

 

Alors on ouvre des gymnases, leurs histoires plus tristes les une que les autres  font la « une » du journal  de 20h. On ose promouvoir la voix de l’entraide et de la  solidarité.

J’aime voir les associations préoccupées par le sort des personnes isolées. J’applaudis quand enfin des voisins osent se rencontrer, qu’ils cessent d’avoir peur, de taper à la porte d’à coté, qu’ils s’inquiètent pour un habitant de leur immeuble.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’il faut que  la mort rôde pour qu’apparaisse la solidarité qui réchauffe les cœurs.

 

Enfin, je suis heureuse d’entendre des enfants appeler leurs parents pour leur demander : «  est ce que ça va ? » Eux qui n’avaient plus rien à leur dire, s’autorisent cette proximité qui les effraye parfois.  Ils osent appeler !  Comme si le danger mettait les pouces aux colères et sifflait le break en disant : « on est une famille ! » Des vieillards isolés sont émus qu’on se rappelle d’eux. Oserai je penser qu’ils peuvent après cela mourir en paix !

 

 

 

Car dans quelques jours, la température remontera et l’illusion d’un monde confortablement installé dans une douceur technologique, s’installera à nouveau. Il rejettera ceux qui, à la grâce d’un coup de froid ont été serrés dans les bras.

Les gymnases remettront à la rue des milliers de personnes, jeunes, moins jeunes, vieillards,  enfants. Les projecteurs de l’information s’éteindront sur les millions de mal logés, on retrouvera cette sordide polémique sur les profiteurs qu’il faut démasquer, châtier.

La mort aura disparu de la scène, la glace des cœurs reprendra sa place.

En fait, j’ai honte quand le temps se radoucit, je vis dans une société sans chaleur. Les gens meurent  dans nos pays riches, leur misère est recouverte d’une implacable hypocrisie. Je me souviens de sœur Emmanuelle disant : « quand j’étais en Égypte j’ai rencontré la pauvreté, en France j’ai découvert la misère, les gens sont tellement seuls ! ».

La chaleur des appartements isole les individus et cela me fait peur. Décidément j’aime les grands froids ou la mort ramène les uns et les autres à la vie communautaire. 

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Commentaire de Dujardin Richard le 13 février 2012 à 19:24

Juste merci pour tes mots, pleins de sensibilité et de vigilance.

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