C’est une petite lettre « p » esquissée sur un fruit rouge !

Elle s’affiche discrètement sur la vitrine d’une centaine de commerces de Montreuil, Bagnolet et au Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis, signalant qu’ils acceptent déjà les paiements en « pêche », la monnaie locale née à Montreuil, en juin 2014. Ce samedi 12 mai, la pêche est officiellement lancée dans la capitale, devenant ainsi une monnaie francilienne. « Il y a encore beaucoup à faire : informer le grand public, démarcher les entreprises, densifier le réseau, soulignait en avril Lucas Rochette-Berlon, coprésident de l’association Une monnaie pour Paris, qui porte le projet. Mais le jeu en vaut la chandelle : dynamiser l’économie locale et le lien social. »

L’eusko au Pays basque, le sol-violette à Toulouse, l’abeille dans le Lot-et-Garonne ou encore la doume dans le Puy-de-Dôme. Depuis 2010, les monnaies estampillées « locales et complémentaires » se multiplient en France. Il en existe aujourd’hui une cinquantaine. Toute la difficulté consistera à persuader au-delà du cercle des professionnels et particuliers déjà engagés dans le « consommer autrement ». Dans les rues de Montreuil, quatre ans après le lancement de la pêche, l’enthousiasme de certains commerçants est un peu retombé.

« Passé l’effet de mode des débuts, on voit beaucoup moins de clients l’utiliser », observe-t-on à la boutique de fleurs Pompon, près de la mairie de Montreuil. Les habitants, quant à eux, oscillent encore entre scepticisme et curiosité. « Payer en pêches ? O.K., mais nous, on galère : on n’a pas d’euros à changer », résument Johanna et Hocine, tous deux étudiants. « On touche ici au principal défi : sortir des centres-villes et convaincre un public plus large que ­ consommer en monnaie locale ne coûte pas plus cher », affirme Matthias Charre, de l’association gérant le cairn, créé en septembre 2017 à Grenoble, et qui regroupe déjà 1 100 utilisateurs.

Franchir ce cap exige un travail de terrain colossal reposant pour l’essentiel sur l’énergie des bénévoles. Certains finissent par s’essouffler. D’autres peuvent compter sur le soutien des collectivités locales. En effet, une poignée accepte les paiements en monnaie complémentaire pour quelques services municipaux (bibliothèques ou musées), comme la mairie de Grenoble.

« En dépit de leur dynamisme, les retombées économiques de ces initiatives restent très faibles », analyse Jérôme Blanc. A écouter leurs partisans, leur véritable ambition se situe peut-être ailleurs. « Ce sont avant tout des lieux d’éducation populaire, un laboratoire où les citoyens font un petit pas vers un mode de consommation plus respectueux de la planète », conclut Philippe Derudder, spécialiste de l’économie alternative et auteur de Monnaies locales complémentaires et citoyennes : pourquoi, comment ?, aux éditions Yves Michel.

CHARREL

Vues : 140

Les commentaires sont fermés pour ce billet

Commentaire de JF@ le 13 mai 2018 à 6:37
Commentaire de JF@ le 13 mai 2018 à 6:34

JF@

© 2020   Créé par cyril colibris.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation