Plusieurs chercheurs pensent trouver les secrets de la longévité sans maladie dans les mécanismes de la restriction alimentaire. C’est la course pour élaborer cette « pilule de la longévité » !

« Vieillir, ça fait mal ! » C’est pour ne plus entendre cette plainte dans les maisons de retraite que le généticien Hugo Aguilaniu espère mettre au point des molécules capables de nous faire vieillir en bonne santé. Car si nous gagnons chaque année trois mois d’espérance de vie, ce bonus est associé à une explosion de cancers, maladies du métabolisme ou neurodégénératives. La biologie est cependant pleine de promesses.

Après l’enthousiasme d’Étienne Beaulieu pour la DHEA et les rêves du généticien Miroslav Radman d’un élixir rendant nos protéines inaltérables, plusieurs équipes dont celle d’Hugo Aguilaniu (ENS/CNRS/Université Lyon 1) pensent avoir trouvé une clé de la longévité dans la piste de la restriction alimentaire. C’est en effet en le soumettant à une sévère diète que le généticien est parvenu à garder frétillant jusqu’à six mois un ver minuscule, C. elegans, qui meurt habituellement au bout de deux semaines. La souris, elle, a gagné 25 % de longévité. « Ça marche aussi chez le primate. Chez l’homme, on ne sait pas mais on pense que oui », explique le jeune chercheur de 39 ans.

« Mais je ne recommande pas une telle diète ! », s’empresse d’ajouter Hugo Aguilaniu, effrayé par l’engouement autour de la restriction alimentaire. Car avaler moins de 1 000 calories quand on pèse 70 kilos a pour conséquence d’être déprimé, agressif et obsédé par la faim. Même si le gène ApoE, impliqué dans le transport du cholestérol, est surreprésenté chez les centenaires, il n’existe pas « un » gène de la longévité. Ils sont une cinquantaine, impliqués pour l’essentiel dans le métabolisme et la résistance au stress, à jouer un rôle dans ce processus. Autant de pistes affolant chercheurs et candidats à l’immortalité. C’est le cas du gène DAF-2 favorisant la croissance. Une mutation sur ce gène a été étudiée sur 150 personnes. Aucune n’a eu de cancer ni de maladie métabolique, ce qui est impossible dans une cohorte « normale » de cette taille. Petit souci : ils étaient tous nains.

« Si on arrive à comprendre tous ces mécanismes, on pourra agir pour avoir les effets positifs sans avoir les effets négatifs », explique Hugo Aguilaniu, pour qui « il sortira des choses d’ici à une dizaine d’années ». La molécule qui donnera la pêche jusqu’à 130 ans pourrait aussi être combinée à la Rapamycine, un immunosuppresseur découvert dans les sols de l’île de Pâques et qui prolonge la vie des souris. Quelle qu’elle soit, cette potion magique « ne sera pas présentée comme une pilule de la longévité car cela prendra la durée d’une vie pour l’expérimenter et il est peu probable qu’un laboratoire s’engage sur cette durée », estime le chercheur. Mais toutes les grandes firmes pharmaceutiques sont sur les rangs au sein de leurs départements « vieillissement ». Et c’est aussi le défi que s’est lancé Google dont la société de biotechnologies Calico déroule le tapis rouge aux meilleurs chercheurs de la planète.

Qui décrochera la poule aux œufs d’or et avec quelles intentions ? Pour Hugo Aguilaniu, il devient urgent d’avoir une réflexion sociale et philosophique sur le sujet car c’est « la suite normale de l’évolution humaine » : « Il y a un siècle, 50 % des enfants mourraient avant dix ans puis les antibiotiques sont arrivés. Un jour, les maladies du vieillissement deviendront les infections d’hier ». De quoi mourra-t-on alors ? « On trouvera bien quelque chose », sourit le biologiste qui ne croit pas à l’immortalité.

Montaron

Vues : 79

Les commentaires sont fermés pour ce billet

Commentaire de JF@ le 28 octobre 2014 à 8:16

© 2019   Créé par cyril colibris.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation