Travaux OGM financés par l'industrie !

Le chiffre est frappant : Selon une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), publiée le 15 décembre dans la revue scientifique PLOS ONE, 40% des recherches scientifiques menées sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) présentent un conflit d’intérêts financier !

En d’autres termes, ces travaux (ou les chercheurs qui les mènent) ont bénéficié d’un soutien économique de la part des groupes industriels actifs dans le domaine, comme l’américain Monsanto – en cours de fusion avec Bayer – ou le suisse Syngenta. Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs de l’INRA ont passé au crible 672 articles, publiés entre 1991 et 2015 dans des journaux scientifiques et portant sur l’efficacité et la durabilité de certaines plantes OGM qui produisent une bactérie nommée Bacillus thuringiensis (Bt).

«En soi, ce type de financement n’a rien d’illégal, rappelle Thomas Guillemaud, directeur de recherche à l’institut Sophia Agrobiotec et principal auteur de l’étude. Le problème, c’est que cette pratique semble avoir une influence sur les recherches concernées.» L’étude montre en effet que lorsqu’il existe un lien financier, les conclusions s’avèrent plus favorables aux intérêts de l’industrie semencière (+50%) que lorsqu’il n’y en a pas. Pire: les conclusions d’un même chercheur sur un même sujet sont en moyenne plus souvent bienveillantes à l’égard de l’industrie lorsque celle-ci participe au financement que quand elle ne le fait pas.

«La société attend des scientifiques que leur production soit impartiale, surtout lorsqu’il s’agit de sujets clivants comme les OGM. Nos travaux sèment un peu le doute sur l’indépendance des chercheurs, poursuit Thomas Guillemaud. Mais ils ne permettent pas de déterminer si les conflits d’intérêts sont la cause ou la conséquence.» En d’autres termes, de savoir si l’industrie influe sur le travail des chercheurs ou si elle finance préférentiellement des travaux qu’elle sait plus susceptibles d’aller dans son sens. Mais dans les deux cas, cette pratique pose problème. «L’homologation des OGM par les autorités repose sur les travaux scientifiques, note Thomas Guillemaud. Si ces derniers sont biaisés, sur quels critères trancher ?»

Ce n’est pas la première fois que des conflits d’intérêts viennent gangrener la science. Entre 1973 et 2001, par exemple, Ragnar Rylander, enseignant aux Universités de Göteborg et Genève, a produit divers travaux où il minimisait les effets nocifs du tabagisme passif. Problème: à la même époque, il était un consultant grassement payé par Philip Morris! Depuis cette affaire, l’UNIGE a totalement interdit les subventions de recherche issues de l’industrie du tabac. Mais pas des autres secteurs économiques. Selon Thomas Guillemaud, néanmoins, l’interdiction des capitaux privés n’est pas souhaitable: «Il est normal que les entreprises paient des recherches qui portent sur leurs produits, plutôt que cela soit la société civile qui règle la facture. Néanmoins, il faut garantir l’indépendance des chercheurs vis-à-vis de leur bailleur.»

Pour y parvenir, les scientifiques de l’INRA proposent la mise en place d’un fonds de recherche financé par l’industrie, mais piloté par un comité indépendant, qui allouerait les ressources aux scientifiques. Par ailleurs, les auteurs de l’article encouragent les revues scientifiques à explicitement faire état des conflits d’intérêts présents dans les études qu’elles publient. «Aujourd’hui, très peu de journaux imposent une telle pratique, note Thomas Guillemaud. Elle devrait pourtant être la norme.»

TDG

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Commentaire de JF@ le 23 décembre 2016 à 6:16
Commentaire de JF@ le 23 décembre 2016 à 6:12

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